Un mois après la dernière tentative de coup d'Etat en Centrafrique, le président
Ange-Félix Patassé semble vouloir opérer une ouverture politique en proposant un
dialogue avec l'opposition et la société civile, une offre généralement accueillie
avec scepticisme par les intéressés. "J'entends m'entretenir dans un bref délai
avec les leaders des partis politiques et de la société civile", a déclaré lundi
soir, dans un discours radiodiffusé, le chef d'Etat centrafricain. "Le dialogue
politique (est) indispensable à la cohésion nationale", a-t-il souligné,
répondant ainsi positivement à une vieille revendication de l'opposition.
"Le président Patassé nous a habitués à ce genre de promesses qu'il ne tient
jamais. Il avait promis de rencontrer les leaders des partis politiques après le coup
d'Etat (avorté) de mai 2001 pour un véritable dialogue. Mais il ne l'a pas fait. Est-ce
que cette fois il va tenir parole?", s'interroge Paul Bellet, président du Mouvement
National pour le Renouveau (MNR), porte-parole du groupe des partis politiques
d'opposition (GPO).
"Nous saluons cette décision de vouloir restaurer le dialogue national que nous
avons toujours réclamé", commente Louis Papeniah, député du Mouvement pour la
Démocratie et le Développement (MDD) de l'ancien président David Dacko.
"Ceci dit, poursuit l'élu, fallait-il toutes ces pertes en vies humaines, ces
dégâts matériels incommensurables pour en venir au dialogue, aux négociations? Nous
avons tergiversé pendant quatre ans, j'espère tout simplement que ce n'est pas trop
tard".
En 1998, après la série de mutineries qui avaient secoué la Centrafrique, le
président Patassé avait déjà promis un dialogue qui ne s'était jamais concrétisé.
Pour Mme Léa Koyassoum Doumta, secrétaire générale du Parti de l'Unité Nationale
(PUN) de l'ancien premier ministre Jean-Paul Ngoupandé, "si le président Patassé
propose ce dialogue du fond du coeur, nous pensons que le pays pourrait s'en sortir. Mais
si c'est du bout des lèvres, comme il l'a toujours fait, ce n'est qu'un trompe l'oeil et
les problèmes du pays vont demeurer".
De son côté, la presse était également dubitative face à ces propositions.
Sous le titre "le dialogue national est inévitable, mais pas le dialogue à la
Patassé", le quotidien indépendant "Le Citoyen" écrit: "le chef de
l'Etat s'est enfin adressé à la Nation. (...) Il accepte enfin le dialogue...Mais est-ce
avec ce "surhomme" insensible que les partis politiques et la société civile
vont discuter?".
L'absence de compassion du chef de l'Etat à l'égard des populations affectées par
les derniers combats, en particulier des victimes des multiples exactions de ses alliés,
les miliciens congolais, a profondément choqué l'opinion. Pour la première fois mardi,
le président Patassé a "présenté ses condoléances aux victimes de familles
éprouvées".
"De ce dialogue ouvert et à coeur ouvert dépendra l'avenir de la RCA, c'est à
dire celui de nos institutions, de notre économie et de la vie nationale", assure
"Le Citoyen".
Pour "Le Confident", autre quotidien indépendant, "le président
Patassé opte pour le dialogue mais son schéma reste flou".
"Reste à définir les enjeux de ce fameux dialogue, ses chances, ses capacités
à résoudre tant soit peu la crise et à instaurer l'autorité de l'Etat. Reste encore à
situer un cadre approprié pour un tel dialogue qui se veut historique, l'implication de
tous les acteurs politiques où qu'ils se trouvent est souhaitée par les
observateurs", poursuit le journal en référence aux nombreux opposants
centrafricains en exil à l'étranger.
Mais, déplore le quotidien, le chef de l'Etat "n'a pas fait allusion à un
dialogue sans exclusive".