AFRIQUEDUCATION - BIMENSUEL DU 1er au 15 DECEMBRE 2002

ANGE-FELIX PATASSE ET SA REPUBLIQUE DANS LA TOURMENTE 

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1) Le Colonel Miskine de retour à Bangui
Contrairement à ce qui est dit à Bangui par les tenants du régime de Technicien supérieur en travaux agricoles Ange Félix Patassé, les mercenaires et maquisards qui défendent le pouvoir sont de plus en plus malmenés par les Forces armées centrafricaines insurgées (FACI), nouvelle appellation de soldats insurgés. De Kaga-Bandoro, les FACI ont dernièrement progressé vers Bossangoa qu'elles ont encerclé et pris. Les " soldats " de Technicien supérieur ont réagi sans succès au point que même la Garde présidentielle a été mise en déroute. La route Douala-Bangui dont le caractère vital dans le ravitaillement de la capitale centrafricaine ne fait l'objet d'aucune contestation est désormais coupée et contrôlée par les FACI au niveau de Bossambele. Pour faire face à la situation, Patassé a demandé au colonel Miskine de revenir dare dare à Bangui.

2) Viktor Anatolevic Bouts, un grand ami du président Patassé
Arrivé à Bangui en 1997, le Russe Viktor Bouts a créé une flotte aérienne de complaisance, la Centrafrican Airlines (CAL), qui comptait 22 avions. Partenaire de Patassé dans cette juteuse affaire, Viktor Bouts traitait beaucoup plus avec Michel Bangué-Tande considéré comme l'homme des affaires obscures de Patassé. Pour ceux qui l'ignorent, Bangué-Tande est l'oncle d'Eric Sorongopé, l'ancien ministre des Finances aujourd'hui aux arrêts, et du défunt premier ministre Jean-Luc Mandaba. En échange des facilités qu'il avait grâce à ses entrées à la présidence, Bouts payait une redevance annuelle de 3 milliards de f cfa dont on n'a jamais su qui en était exactement le bénéficiaire. Pour la petite histoire, ses avions de complaisance avaient souvent semé la confusion dans l'esprit de gens y compris dans celui de certaines hautes autorités africaines. En l'an 2000 par exemle, un incident est survenu à Libreville lors d'un Sommet de chefs d'Etat. Alors qu'on annonçait l'arrivée de Patassé par un boeing de la CAL (ce qui étonna le président Bongo qui avait pourtant mis un avion à sa disposition), c'est finalement la vice-président de la République de Gambie qui sortit de l'appareil, à la grande surprise du président gabonais et de son service de protocole.

3) Patassé ouvre deux nouveaux comptes bancaires à Monaco
On ne sait jamais de quoi demain sera fait, dit l'adage populaire : Technicien supérieur en travaux agricoles, Ange Félix Patassé, ne le sait que trop bien. Pour éviter des lendemains qui déchantent une fois éjecté du pouvoir, il a envoyé son fils Patrice Patassé, le directeur général de Trans Oil, ouvrir deux comptes bancaires à Monaco en août dernier. Patrice Patassé pour l'occasion était accompagné par un diamantaire juif qui officie dans la zone de l'Opéra à Paris. Comme quoi, Patassé fils n'a pas encore les reins solides en affaires pour pouvoir ouvrir tout seul, comme un grand, deux comptes bancaires à Monaco. On notera simplement que les titulaires de ces deux comptes qui sont renfloués presque chaque semaine à coup de dizaines de milliers d'euros, ont pignon sur rue à Bangui. Il s'agit de Trans Oil et de Colombe Mines, toutes deux propriété du président Patassé.

4) Une force de la Cemac, pour quoi faire ?
Charles Massi oeuvre pour la tenue d'une table ronde intercentrafricaine à Libreville.Certains hommes politiques centrafricains de premier plan n'ont pas peur de demander à quoi servirait réellement aujourd'hui une force militaire de la CEMAC ? C'est le cas de l'ancien ministre et député Charles Massi, condamné à mort par Patassé alors qu'il était absent de la RCA lors de la tentative du putsch du 28 mai 2001. Une force de la CEMAC pour garder Patassé ou le peuple centrafricain, se demande-t-il ? Alors qu'il a passé une bonne moitié du mois d'août à Libreville où il a été reçu par le patriarche Omar Bongo à qui il demande la convocation à Libreville d'une table ronde sous son égide entre le pouvoir de Bangui et l'opposition (lire Charles Massi sur tous les fronts dans le numéro 119 du 1er au 15 novembre 2002), il pense aujourd'hui que le rôle et la mission de la CEMAC sont dépassés à moins qu'elle vienne créer les conditions en vue du départ de Patassé. Attendue depuis le 2 novembre 2002 conformément aux dispositions prises le 2 octobre 2002 à Libreville, cette force n'est toujours pas arrivée à Bangui en dehors de la dizaine de militaires gabonais partis en éclaireurs pour identifier le terrain.

5) Paul Barril, un mercenaire qui a honte de se faire appeler ainsi.
Contrairement à ce qu'il dit à qui veut l'entendre, l'ex-capitaine du GIGN Paul Barril, condamné par la justice française dans l'affaire des " Irlandais de Vincennes ", est un mercenaire, c'est-à-dire, " un soldat étranger à la solde d'un Etat ", comme l'indique le dictionnaire universel francophone à la page 806. Non seulement Barril est un mercenaire, mais il est à la tête d'une vingtaine de mercenaires qu'il dirige avec un certain Lionel Gane, un ancien tôlard qui tenait des boîtes de nuit pour des filles de joie banguissoises, à savoir, Songo Night et La Breuvoire. Que fait Barril auprès de Patassé, un "ami " de 20 ans ? Selon certains éléments des Forces armées centrafricaines insurgées (FACI), il s'occuperait spécialement de l'exfiltration des génocidaires rwandais de la RDC en RCA. Quand il dit qu'il " recrute " et " entraîne ", c'est d'eux qu'il s'agit. Il les recrute à travers la Société centrafricaine de protection et de sécurité (SPC), laquelle avait été créée par le Togolais Koffi René, beau-frère du président Patassé, en association avec les Sud-Africains de la Société Executive Outcome. Patassé s'est brouillé avec les Sud-Africains pour une affaire de gros diamant qu'ils lui caché. Patassé n'a pas eu gain de cause même en demandant l'intervention à l'époque du président Nelson Mandela qui lui avait opposé une fin de non recevoir parce qu'il s'agissait d'une affaire strictement privée entre Patassé et cette société de mercenaires. Executive Outcome a quitté Bangui mais la SPC fonctionne toujours et reste la structure par laquelle on recrute les hommes en armes pour faire le feu en Centrafrique.

6) Sani Yalo prépare une contre-offensive foudroyante.
Homme d'affaires centrafricain de premier plan qui a failli au moins à quatre reprises être assassiné par le président Ange Félix Patassé, Sani Yalo a fini par quitter la sous-région pour se réfugier en Europe d'où il prépare la contre-offensive (finale) en compagnie d'un groupe de compatriotes. S'il a décidé de sortir de sa réserve, aujourd'hui, c'est dit-il surtout pour restaurer la vérité dans l'affaire Zongo-Oil où il est accusé de tous les maux alors que les cerveaux de l'escroquerie de cette entreprise ne sont autres que le président Patassé lui-même et son ancien premier ministre Anicet-Georges Dologuélé. Outre Patassé qui est en plein dans son collimateur, Dologuélé, qui est l'actuel directeur général de la Banque de développement des Etats de l'Afrique centrale (BDEAC) à Brazzaville, risque de perdre très vite le sommeil dans les semaines à venir. Spécialiste des coups tordus quand il était premier ministre, Dologuélé est accusé par Yalo de s'être sérieusement enrichi lors de la privatisation de Petroca. De telles révélations ne seraient pas de nature à garantir la tranquilité de l'actuel directeur général de la très sérieuse BDEAC. Affaire à suivre.