Sani Yalo, lhomme que Patasséa
décidé dabattre
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Cest quoi Zongo Oil ?
Société de droit
congolais (démocratique( et centrafricain créé avec la bénédiction du président Ange Félix
Patassé
dans le cadre des accords de défense entre la RDC de Laurent
Désiré Kabila et la RCA, Zongo Oil avait des missions bien
précises : « couvrir les besoins en pétrole de lAFDL de Laurent Désiré Kabila dans le Nord de la RDC (Equateur), région qui partage
une même frontière avec la partie sud de la RCA, mais aussi ceux des alliés de
Kinshasa, à savoir, les Ougandais, les Rwandais et les Tchadiens. Cest la raison
qui a poussé le président Patassé à susciter (sous sa haute surveillance), la
ctréation dune structure de ravitaillement de ce marché juteux », indique Sani Yalo. Zongo Oil naît alors en 1998. Jeune
cadre dynamique, il en devient le directeur général après la tenue dun conseil
damnistration la même année.
« Le travail de
Zongo Oil consistait à acheter du carburant en hors taxes chez Petroca, la compagnie
nationale centrafricaine de pétrole, grâce à lexonération exceptionnelle que le
chef de lEtat avait accordée à cette société, afin de le revendre de
lautre côté du fleuve Oubangui, en RDC. A Petroca, Zongo Oil payait au comptant
son carburant, soit une quantité qui représentait 500.000 à 600.000 litres par mois
rien que pour les forces de Laurent Désiré
Kabila. Quand on ajoutait les militaires
rwandais, ougandais et tchadiens, nos livraisons atteignaient facilement 1.700.000 litres
par mois »,
poursuit-il.
Tout se passe correctement
jusquau jour où le président du groupe parlementaire MLPC (parti du présidentPatassé) à lAssemblée
nationale, Eric Sorongopé, interpelle le gouvernement
sur le fait quune société fictive, à savoir, Zongo Oil, achète des produits
pétroliers hors taxes pour les revendre à Bangui au lieu de les exporter. Le
gouvernement dAnicet-Georges Dologuélé est solidement en place.
« Cest
ainsi que son ministre délégué aux Finances, Théodore Dabanga, envoie une mission de contrôle de 7 inspecteurs de
finances au bureau de Sicotrans-Zongo Oil (créée en avril 1991, Sicotrans qui était
également dirigée par Sani Yalo partage les locaux avec Zongo Oil, ndlr), explique Sani Yalo.
Première surprise
désagréable : « lordre de mission est signé le 17 mars 1998, mais
les inspecteurs de finances se pointent dans la société le 15 mars, cest-à-dire,
2 jours avant », ce qui veut dire,
selon lui, que la mission commence de façon illégale avant de faire lobjet
dune régularisation ultérieure. Mais nayant rien à se reprocher, il donne
son accord pour que la mission commence son enquête. Après vérification, celle-ci
ordonne un redressement de 91.245.002 f cfa sous réserve que Zongo Oil produise des documents
douaniers adéquats visés à la fois à Bangui et à Zongo.
Les inspecteurs ont raison
de faire ce constat car les produits pétroliers partis avec les documents douaniers à
Zongo nétaient pas encore retournés à Bangui au moment où seffectuait ce
premier contrôle. Un délai de 8 jours est alors donné au directeur général de Zongo Oil pour les produire. Entre
temps, le ministre de lEnergie et des Mines, Serge Wafio, a déposé, de son
côté, une autre plainte auprès de la direction générale de la gendarmerie parce
quune société fictive, selon les termes de sa plainte, en loccurence Zongo Oil, se livrerait à la fraude
sur le marché pétrolier. Une enquête de la gendarmerie est alors diligentée, laquelle
va jusquau tribunal qui classe laffaire sans suite avec comme motif « absence
dinfraction ».
Commence alors
lépisode Christian Sambia.
Ancien directeur
général-adjoint de la Douane, il a été relevé de ses fonctions et est devenu un
simple inspecteur des finances à lInspection générale des finances (IGF).
« Il me rencontre au restaurant Trois Marocains
(aujourdhui fermé, ndlr), à Bangui, et me fait comprendre quil me cherche
afin que je lui prête une somme de trois millions de f cfa pour lui permettre de faire
soigner deux de ses petits frères malades », précise Sani Yalo qui lui donne rendez-vous
le 1er mai 1998 à son bureau où il ordonne au comptable de lui avancer
500.000 f cfa. Il ne peut faire plus, dit-il, les salaires de ses deux sociétés venant
dêtre payés. Sambia nest pas content de la
somme reçue. Il utilise un de ses frères qui est le conseiller juridique du premier
ministre Anicet-Georges Dologuélé pour coincer Yalo.
La vérité est que
Bangui connaît des clans à cette période, et parmi ceux-ci, il y en a deux qui se
mènent une guerre fratricide. Le clan de la primature dirigé par le premier ministre
veut à tout prix privatiser Petroca afin dengranger des
marges non négligeables. Cette guerre sexplique parce quaprès les élections
législatives de 1998, un des membres du clan rival auquel appartient Sani Yalo pourrait remplacer Dologuélé à la primature, et
cest vrai quon cite régulièrement le nom de Dogo-Nedjibhe comme probable futur premier
ministre, ce qui irrite énormément le tenant du poste, Anicet-Georges
Dologuélé.
Dans cette lutte de clans, ce dernier est soutenu par lactuel président de
lAssemblée nationale, Dondon Konambaye, son oncle, tandis que Sani Yalo,
Dogo-Nedjibhe
et leur clan se targuent du soutien du MLPC originel.
Voilà pourquoi quand Sambia dit à Dologuélé quil est capable de
« coincer » Yalo, le premier ministre
annule lordre de mission n° 330 du 17 mars 1998 et signe un autre en date du 19 mai
avec début de la mission ... le 15 mars.
« Dologuélé garde les 7
inspecteurs de finances de la dernière mission qui a été rendorcée par deux personnes
dont Christian Sambia lui-même qui en devient le responsable-adjoint et Omer Kowa Kowa. Ce dernier est lami de la belle-mère de Dologuélé. Autant dire donc quil a deux personnes sûres au
sein de la mission chargée dinspecter les comptes de Zongo Oil ». Pour Sani Yalo, lobjectif poursuivi
par Dologuélé
est
simple : faire éclater le cercle du président Patassé qui est composé de lui Yalo, du directeur de cabinet
du président de la République Beti Marasse et du premier ministrable Dogo-Nedjibhe, afin quil conserve
non seulement son poste à la primature mais privatise comme il lentend la société
Petroca qui ravitaille Zonto Oil en pétrole.
Comme il na rien à
se reprocher, Sani Yalo donne laccord pour que
la mission procède aux vérifications nécessaires. Au bout de quelques jours
denquête, les inspecteurs relèvent des droits compromis de 439 millions de f cfa
et collent une amende de 1.318 milliard de f cfa à Zongo Oil, soit une somme totale à
débourser de 1.757 milliard de f cfa.
Socotrans-Zongo Oil fait appel à ses deux
avocats centrafricains : Maître Zarambo et le défunt Elimane Kane. Lors de la première
séance de travail qui a lieu dans les locaux de la société, Me Zarambo a lhonnêteté de
révéler à Sani Yalo que Christian
Sambia
étant son parent, il ne peut efficacement plaider contre lui. Me Kane se saisit alors de
laffaire tout seul. Cest ainsi quil écrit à Sambia pour réclamer le
remboursement des 500.000 f cfa prêtés quand il voulait soigner ses jeunes frères.
Ensemble, les deux avocats écrivent, ensuite, au premier ministre afin de discuter et de
trouver un compromis dans cette affaire. Dologuélé fait le dos rond parce
quil entend utiliser cette affaire pour montrer à Patassé que ses protégés doivent
de largent au trésor public. « Il entend aussi protéger son fauteuil à la primature
en montrant que son grand rival Dogo-Nedjibhe, membre du clan adverse qui trempe dans la magouille,
ne mérite pas doccuper une telle fonction ». ajoute Yalo.
Christian Sambia qui nie avoir contracté un
emprunt est vite placé sous un mandat de dépôt par le procureur le 5 mai 1999. Yalo doit alors supporter le
courroux de lensemble du clan Dologuélé. Balayant dun revers de
la main cette décision du procureur, le premier ministre en personne décide de le faire
libérer. Les magistrats sont outrés. Pour situer la rapidité dexécution de Dologuélé, « on note que
laudience de Sambia a eu lieu le 23 août 1999 à 8 heures du matin et le
tribunal de grande instance de Bangui la condamné à 6 mois demprisonnement
avec sursis, à une amende de 250.000 f cfa et à rembourser les 500.000 f cfa. Mais à 11
heures, soit trois heures plus tard, un autre ordre de mission n° 1153 du 23 août était
déjà signé par le ministre délégué aux Finances pour quil retourne contrôler
la société Zongo Oil », précise le patron
de Zongo
Oil.
La gestion dAnicet-Georges Dologuélé à la
primature est au centre de lAffaire Zongo Oil.
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Résultat : en sept
mois dactivité quils ont passés au peigne fin, ils ont estimé que la
société devait jusquà 3,018 milliards de f cfa à lEtat. Doù les
deux questions suivantes :
Primo : que peut-on attendre
réellement dune personne quon a fait condamner au tribunal et qui vient
assurer le contrôle de votre entreprise ? Alors que Sambia a maille à partir avec la
justice, cest lui quon désigne pour venir contrôler Zongo Oil.
Secundo : lequel des trois montants
devrait-on considérer comme valable ?
91 millions de f cfa (1998)
1,757 milliard de f cfa
(1998)
3,018 milliards de f cfa
(1999)
Voilà comment Dologuélé a eu les mains libres pour
arriver à ses fins en tentant dallier à sa cause la Banque mondiale et le FMI,
mais aussi son fervent soutien à lAssemblée nationale, Dondon
Konambaye. Il
a pu privatiser à vil prix la société Petroca. Pour preuve, cette
société qui réalisait un chiffre dannuel de 30 milliards de f cfa a été cédée
à 1,8 milliard de f cfa. Une somme qui na même pas permis le paiement de
lindemnité de départ du personnel qui sélevait à 2,120 milliards de f cfa,
ce qui a obligé lEtat à trouver des moyens propres pour payer le reliquat de la
somme non couverte par la privatisation qui a profité aux compagnies Elf, Total et Shell.
En 2001, la société Zongo Oil est transformée en Trans Oil avec comme président
directeur général, la même personne : Ange Félix
Patassé. En
réalité, de son haut-lieu, il a tout manigancé, su tirer les ficelles, jusquà la
chute de Sani Yalo. Cette fois, il ne se cache plus et nomme carrément
son fils, Patrice patassé, directeur général.
« Mais rien na changé dans le fond en dehors des
simples appellations. Les statuts de Zongo Oil nont fait que se transposer su Trans
Oil. Quant au PDG de Trans Oil, il na guère changé. Cest toujours le même », avoue Sani Yalo.
Après avoir failli au
moins à quatre reprises être assassiné par la garde présidentielle de Patassé,
Sani Yalo a
dû quitter le pays laissant famille et biens pour avoir la vie sauve. Sinon, son corps
serait actuellement entre quatre planches. Toutefois, il na pas encore dit son
dernier mot dans cette affaire qui connaîtra sans doute de nouveaux rebondissements.
Aristide
Koné