AFRIQUEDUCATION - BIMENSUEL DU 1er au 15 DECEMBRE 2002

REVELATIONS SUR L'AFFAIRE ZONGO OIL

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Rien ne va plus en Centrafrique.

Le président Ange Félix Patassé est aujourd’hui aux abois après avoir assuré une gestion patrimoniale de l’Etat comme le montre l’histoire de la société Zongo Oil qui, pour faire diversion, a changé de dénomination pour devenir Trans Oil.

Le gouvernement centrafricain a écrit au secrétaire général des nations-unies, Kofi Annan, pour qu’il saisisse le Conseil de sécurité au sujet de la tentative de coup d’état du 25 octobre. Cette requête appelle notamment le Conseil de sécurité à se prononcer sur ce qu’elle considère comme l’implication du Tchad dans ce coup de force : « La communauté internationale doit exiger du Tchad le retrait de sa horde de tueurs et de pillards » a indiqué le ministre centrafricain des Affaires étrangères Agba Otikpo Mézodé.

De son côté, le Tchad nie toute implication dans cette crise et accuse plutôt les forces loyalistes centrafricaines d’avoir massacré 150 civils tchadiens à la sortie nord de Bangui, juste après l’arrêt des combats dans la capitale centrafricaine. C’est dans ce climat surchauffé de la classe politique dans son ensemble que l’ancien patron de Zongo Oil, le centrafricain Sani Yalo, aujourd’hui diffamé, a choisi de faire des révélations sur « l’Affaire Zongo Oil » qu’il connaît bien pour avoir été son géniteur jusqu’à son départ forcé du pays.

Sani Yalo, l’homme que Patasséa décidé d’abattre


SANI YALO

C’est quoi Zongo Oil ?

Société de droit congolais (démocratique( et centrafricain créé avec la bénédiction du président Ange Félix Patassé dans le cadre des accords de défense entre la RDC de Laurent Désiré Kabila et la RCA, Zongo Oil avait des missions bien précises : « couvrir les besoins en pétrole de l’AFDL de Laurent Désiré Kabila dans le Nord de la RDC (Equateur), région qui partage une même frontière avec la partie sud de la RCA, mais aussi ceux des alliés de Kinshasa, à savoir, les Ougandais, les Rwandais et les Tchadiens. C’est la raison qui a poussé le président Patassé à susciter (sous sa haute surveillance), la ctréation d’une structure de ravitaillement de ce marché juteux », indique Sani Yalo. Zongo Oil naît alors en 1998. Jeune cadre dynamique, il en devient le directeur général après la tenue d’un conseil d’amnistration la même année.

 

« Le travail de Zongo Oil consistait à acheter du carburant en hors taxes chez Petroca, la compagnie nationale centrafricaine de pétrole, grâce à l’exonération exceptionnelle que le chef de l’Etat avait accordée à cette société, afin de le revendre de l’autre côté du fleuve Oubangui, en RDC. A Petroca, Zongo Oil payait au comptant son carburant, soit une quantité qui représentait 500.000 à 600.000 litres par mois rien que pour les forces de Laurent Désiré Kabila. Quand on ajoutait les militaires rwandais, ougandais et tchadiens, nos livraisons atteignaient facilement 1.700.000 litres par mois », poursuit-il.

Zone de Texte: Ange Félix Patassé est à la
tête de toutes les affaires  juteuses de la Rca.
Tout se passe correctement jusqu’au jour où le président du groupe parlementaire MLPC (parti du présidentPatassé) à l’Assemblée nationale, Eric Sorongopé, interpelle le gouvernement sur le fait qu’une société fictive, à savoir, Zongo Oil, achète des produits pétroliers hors taxes pour les revendre à Bangui au lieu de les exporter. Le gouvernement d’Anicet-Georges Dologuélé est solidement en place. ANGE FELIX PATASSE« C’est ainsi que son ministre délégué aux Finances, Théodore Dabanga, envoie une mission de contrôle de 7 inspecteurs de finances au bureau de Sicotrans-Zongo Oil (créée en avril 1991, Sicotrans qui était également dirigée par Sani Yalo partage les locaux avec Zongo Oil, ndlr), explique Sani Yalo.

 

Première surprise désagréable : « l’ordre de mission est signé le 17 mars 1998, mais les inspecteurs de finances se pointent dans la société le 15 mars, c’est-à-dire, 2 jours avant », ce qui veut dire, selon lui, que la mission commence de façon illégale avant de faire l’objet d’une régularisation ultérieure. Mais n’ayant rien à se reprocher, il donne son accord pour que la mission commence son enquête. Après vérification, celle-ci ordonne un redressement de 91.245.002 f cfa sous réserve que Zongo Oil produise des documents douaniers adéquats visés à la fois à Bangui et à Zongo.

 Zone de Texte: Le tribunal classe
l’affaire sans suite
avec comme motif « absence d’infraction »
Les inspecteurs ont raison de faire ce constat car les produits pétroliers partis avec les documents douaniers à Zongo n’étaient pas encore retournés à Bangui au moment où s’effectuait ce premier contrôle. Un délai de 8 jours est alors donné au directeur général de Zongo Oil pour les produire. Entre temps, le ministre de l’Energie et des Mines, Serge Wafio, a déposé, de son côté, une autre plainte auprès de la direction générale de la gendarmerie parce qu’une société fictive, selon les termes de sa plainte, en l’occurence Zongo Oil, se livrerait à la fraude sur le marché pétrolier. Une enquête de la gendarmerie est alors diligentée, laquelle va jusqu’au tribunal qui classe l’affaire sans suite avec comme motif « absence d’infraction ».

 Commence alors l’épisode Christian Sambia.

Ancien directeur général-adjoint de la Douane, il a été relevé de ses fonctions et est devenu un simple inspecteur des finances à l’Inspection générale des finances (IGF). « Il me rencontre au restaurant Trois Marocains (aujourd’hui fermé, ndlr), à Bangui, et me fait comprendre qu’il me cherche afin que je lui prête une somme de trois millions de f cfa pour lui permettre de faire soigner deux de ses petits frères malades », précise Sani Yalo qui lui donne rendez-vous le 1er mai 1998 à son bureau où il ordonne au comptable de lui avancer 500.000 f cfa. Il ne peut faire plus, dit-il, les salaires de ses deux sociétés venant d’être payés. Sambia n’est pas content de la somme reçue. Il utilise un de ses frères qui est le conseiller juridique du premier ministre Anicet-Georges Dologuélé pour coincer Yalo.

 La vérité est que Bangui connaît des clans à cette période, et parmi ceux-ci, il y en a deux qui se mènent une guerre fratricide. Le clan de la primature dirigé par le premier ministre veut à tout prix privatiser Petroca afin d’engranger des marges non négligeables. Cette guerre s’explique parce qu’après les élections législatives de 1998, un des membres du clan rival auquel appartient Sani Yalo pourrait remplacer Dologuélé à la primature, et c’est vrai qu’on cite régulièrement le nom de Dogo-Nedjibhe comme probable futur premier ministre, ce qui irrite énormément le tenant du poste, Anicet-Georges Dologuélé. Dans cette lutte de clans, ce dernier est soutenu par l’actuel président de l’Assemblée nationale, Dondon Konambaye, son oncle, tandis que Sani Yalo, Dogo-Nedjibhe et leur clan se targuent du soutien du MLPC originel.

Zone de Texte: Le premier ministre signe
un ordre de mission en
date du 19 mai 1998 avec
début de la mission...
le 15 mars 1998
Voilà pourquoi quand Sambia dit à Dologuélé qu’il est capable de « coincer » Yalo, le premier ministre annule l’ordre de mission n° 330 du 17 mars 1998 et signe un autre en date du 19 mai avec début de la mission ... le 15 mars.

« Dologuélé garde les 7 inspecteurs de finances de la dernière mission qui a été rendorcée par deux personnes dont Christian Sambia lui-même qui en devient le responsable-adjoint et Omer Kowa Kowa. Ce dernier est l’ami de la belle-mère de Dologuélé. Autant dire donc qu’il a deux personnes sûres au sein de la mission chargée d’inspecter les comptes de Zongo Oil ». Pour Sani Yalo, l’objectif poursuivi par Dologuélé est simple : faire éclater le cercle du président Patassé qui est composé de lui Yalo, du directeur de cabinet du président de la République Beti Marasse et du premier ministrable Dogo-Nedjibhe, afin qu’il conserve non seulement son poste à la primature mais privatise comme il l’entend la société Petroca qui ravitaille Zonto Oil en pétrole.

Comme il n’a rien à se reprocher, Sani Yalo donne l’accord pour que la mission procède aux vérifications nécessaires. Au bout de quelques jours d’enquête, les inspecteurs relèvent des droits compromis de 439 millions de f cfa et collent une amende de 1.318 milliard de f cfa à Zongo Oil, soit une somme totale à débourser de 1.757 milliard de f cfa.

Socotrans-Zongo Oil fait appel à ses deux avocats centrafricains : Maître Zarambo et le défunt Elimane Kane. Lors de la première séance de travail qui a lieu dans les locaux de la société, Me Zarambo a l’honnêteté de révéler à Sani Yalo que Christian Sambia étant son parent, il ne peut efficacement plaider contre lui. Me Kane se saisit alors de l’affaire tout seul. C’est ainsi qu’il écrit à Sambia pour réclamer le remboursement des 500.000 f cfa prêtés quand il voulait soigner ses jeunes frères. Ensemble, les deux avocats écrivent, ensuite, au premier ministre afin de discuter et de trouver un compromis dans cette affaire. Dologuélé fait le dos rond parce qu’il entend utiliser cette affaire pour montrer à Patassé que ses protégés doivent de l’argent au trésor public. « Il entend aussi protéger son fauteuil à la primature en montrant que son grand rival Dogo-Nedjibhe, membre du clan adverse qui trempe dans la magouille, ne mérite pas d’occuper une telle fonction ». ajoute Yalo.

 Christian Sambia qui nie avoir contracté un emprunt est vite placé sous un mandat de dépôt par le procureur le 5 mai 1999. Yalo doit alors supporter le courroux de l’ensemble du clan Dologuélé. Balayant d’un revers de la main cette décision du procureur, le premier ministre en personne décide de le faire libérer. Les magistrats sont outrés. Pour situer la rapidité d’exécution de Dologuélé, « on note que l’audience de Sambia a eu lieu le 23 août 1999 à 8 heures du matin et le tribunal de grande instance de Bangui l’a condamné à 6 mois d’emprisonnement avec sursis, à une amende de 250.000 f cfa et à rembourser les 500.000 f cfa. Mais à 11 heures, soit trois heures plus tard, un autre ordre de mission n° 1153 du 23 août était déjà signé par le ministre délégué aux Finances pour qu’il retourne contrôler la société Zongo Oil », précise le patron de Zongo Oil.

La gestion d’Anicet-Georges Dologuélé à la primature est au centre de l’Affaire Zongo Oil.


 

Résultat : en sept mois d’activité qu’ils ont passés au peigne fin, ils ont estimé que la société devait jusqu’à 3,018 milliards de f cfa à l’Etat. D’où les deux questions suivantes :

Primo : que peut-on attendre réellement d’une personne qu’on a fait condamner au tribunal et qui vient assurer le contrôle de votre entreprise ? Alors que Sambia a maille à partir avec la justice, c’est lui qu’on désigne pour venir contrôler Zongo Oil.

Secundo : lequel des trois montants devrait-on considérer comme valable ?

91 millions de f cfa (1998)

1,757 milliard de f cfa (1998)

3,018 milliards de f cfa (1999)

Voilà comment Dologuélé a eu les mains libres pour arriver à ses fins en tentant d’allier à sa cause la Banque mondiale et le FMI, mais aussi son fervent soutien à l’Assemblée nationale, Dondon Konambaye. Il a pu privatiser à vil prix la société Petroca. Pour preuve, cette société qui réalisait un chiffre d’annuel de 30 milliards de f cfa a été cédée à 1,8 milliard de f cfa. Une somme qui n’a même pas permis le paiement de l’indemnité de départ du personnel qui s’élevait à 2,120 milliards de f cfa, ce qui a obligé l’Etat à trouver des moyens propres pour payer le reliquat de la somme non couverte par la privatisation qui a profité aux compagnies Elf, Total et Shell.

En 2001, la société Zongo Oil est transformée en Trans Oil avec comme président directeur général, la même personne : Ange Félix Patassé. En réalité, de son haut-lieu, il a tout manigancé, su tirer les ficelles, jusqu’à la chute de Sani Yalo.  Cette fois, il ne se cache plus et nomme carrément son fils, Patrice patassé, directeur général. « Mais rien n’a changé dans le fond en dehors des simples appellations. Les statuts de Zongo Oil n’ont fait que se transposer su Trans Oil. Quant au PDG de Trans Oil, il n’a guère changé. C’est toujours le même », avoue Sani Yalo.

Zone de Texte: Pour avoir la vie sauve,
Sani Yalo a dû fuir
la RCA laissant sur place
famille et biens
Après avoir failli au moins à quatre reprises être assassiné par la garde présidentielle de Patassé, Sani Yalo a dû quitter le pays laissant famille et biens pour avoir la vie sauve. Sinon, son corps serait actuellement entre quatre planches. Toutefois, il n’a pas encore dit son dernier mot dans cette affaire qui connaîtra sans doute de nouveaux rebondissements.

Aristide Koné