BANGUI, RCA (AFP) - 15/03/2003

La capitale centrafricaine attaquée par les rebelles du général Bozizé    

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BANGUI, 15 mars (AFP) - 21h49 - Les rebelles centrafricains du général François Bozizé ont attaqué samedi après-midi la capitale, Bangui, où un de leurs responsables a affirmé en début de soirée qu'ils avaient pris le contrôle de l'aéroport et du Palais présidentiel. Le président centrafricain Ange-Félix Patassé, qui avait participé vendredi à un sommet de chef d'Etats à Niamey se trouvait à l'étranger au moment de l'attaque déclenchée en milieu d'après-midi par les rebelles.

L'avion qui devait le ramener à Bangui, avec une importante délégation, a été dérouté vers l'aéroport de Yaoundé, où il s'est posé en début de soirée, après avoir été pris pour cible par des tirs rebelles à Bangui alors qu'il s'apprêtait à atterrir, selon une source diplomatique ouest-africaine informée.

"Nos hommes ont pris le contrôle du Palais présidentiel et de l'aéroport", a déclaré dans la soirée un responsable rebelle, joint par l'AFP depuis Libreville sur un téléphone satellitaire.

Selon ce responsable, qui n'a pas souhaité révéler si le général Bozizé se trouvait actuellement à Bangui, les troupes rebelles n'ont pas rencontré de résistance de la part des Forces armées centrafricaines (FACA).

Le général Bozizé, ancien chef d'état-major des armées, était entré en rébellion contre le président Patassé en novembre 2001, et avait revendiqué la tentative de coup d'Etat du 25 octobre 2002 à Bangui.

On ignore depuis plusieurs semaines où se trouve le chef rebelle, qui avait trouvé asile en France début octobre 2002, après avoir séjourné pendant un an au Tchad.

"Les FACA n'ont pas combattu. Ils n'ont jamais combattu contre nous puisqu'une partie est avec nous et que les autres restent en dehors" du conflit opposant le général Bozizé au président centrafricain Ange-Félix Patassé, a déclaré le responsable rebelle joint par l'AFP.

"La plupart des militaires ont été désarmés" par le régime, a-t-il ajouté, pour expliquer le peu de résistance rencontrée par ses hommes.

Des tirs d'armes légères et lourdes, tantôt nourris, tantôt sporadiques, ont commencé à retentir à Bangui en milieu d'après-midi, en provenance de l'entrée nord de la ville, semant la panique parmi la population.

Ces détonations ont progressivement cessé à la tombée de la nuit, où ne résonnaient plus que des tirs très sporadiques, ressemblant à des sommations destinées à empêcher les habitants de sortir de chez eux.

Des centaines de Banguissois, hommes, femmes et enfants, ont fui en courant les quartiers nord de la ville, pour se réfugiés au sud ou à l'ouest de la capitale, dont les habitants restaient terrés chez eux.

La radio nationale et les autres stations émettant depuis Bangui ont cessé de diffuser environ une demi-heure après le début des tirs. Seule Radio France internationale (RFI) était encore captée en modulation de fréquences.

Des témoins fuyant les zones de tirs ont indiqué au correspondant de l'AFP à Bangui avoir vu des hommes en armes pénétrer dans Bangui à bord de véhicules 4X4, et prendre position en plusieurs points.

Selon ces témoins, ils arboraient des drapeaux et des fanions aux couleurs de la République centrafricaine (RCA) et demandaient aux civils qu'ils croisaient de ne pas avoir peur et de garder leur calme.

D'autres témoins ont indiqué avoir aperçu plusieurs dizaines de combattants du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, alliés au régime du président Patassé, fuir par le fleuve Oubangui vers la République démocratique du Congo, en abandonnant armes et bagages.

Un calme précaire semblait revenu dans la soirée à Bangui, où une partie de la population se livrerait au saccage et au pillage de résidences de dignitaires du régime, selon des témoignages concordants.

Selon ces témoignages, la résidence du président Patassé aurait été partiellement pillée, avant que des éléments rebelles n'en prennent le contrôle.

Le correspondant de l'AFP à Bangui a aperçu dans la soirée des Banguissois emportant avec eux des meubles, des ustensiles de cuisine et des appareils électroménagers qu'ils semblaient avoir volés.