Le nouveau régime centrafricain a tenu sa promesse d'ouverture en annonçant un
gouvernement national de transition de 28 ministres, pour la plupart des techniciens issus
de toutes les obédiences politiques, militaires et ethniques, estiment mardi les
observateurs à Bangui. Mais en raison des intenses tractations qui ont précédé la
formation de cette équipe, le Premier ministre Abel Goumba, n'a que partiellement tenu
son pari d'un gouvernement "restreint" et "soudé", au risque de
sacrifier un peu d'efficacité sur l'autel du consensus.
Rassembleur sur le papier, le nouveau gouvernement va devoir mener de front des
priorités difficiles à concilier: régler de sérieux problèmes sécuritaires tout en
jouant la carte démocratique pour ramener au plus vite les bailleurs de fonds sans
lesquels il ne pourra rien à long terme.
"Tout le monde y est", y compris, avec deux ministres, le Mouvement de
libération du peuple centrafricain (MLPC) du président Ange-Félix Patassé, renversé
le 15 mars par le nouveau président autoproclamé, le général François Bozizé,
relevait mardi un journaliste centrafricain.
Le tandem de transition Bozizé-Goumba se taille néanmoins la part du lion, en
plaçant sous son contrôle les principaux postes de souveraineté.
M. Bozizé cumule avec la présidence le poste crucial de ministre de la Défense, de
la Restructuration des armées, et du Désarmement. Il devra ainsi redonner confiance à
une armée "tribalisée" et divisée par une décennie de crises militaires,
sous peine d'être déstabilisé à son tour.
Abel Goumba, 76 ans, nommé Premier ministre pour sa stature d'opposant historique et
intègre, s'assure la haute main sur un super-ministère de l'Economie, des Finances, du
Budget, du Plan et de la Coopération internationale.
Il lui faut remettre sur les rails des régies financières en lambeaux et s'efforcer
de restaurer au plus vite les réticences des bailleurs de fonds à collaborer avec les
régimes issus des armes.
Faire rentrer l'argent dans les caisses de l'Etat, rompre avec la culture de la
corruption, le défi est à la hauteur de l'immense attente sociale d'une population
clochardisée.
Les autres postes clés reviennent à des proches de M. Bozizé: Affaires étrangères
à Karim Meckassoua, représentant de la branche politique de son ex-rébellion,
Intérieur au lieutenant-colonel Michel Paulin Bondeboli, Communication et réconciliation
nationale à son porte-parole, le capitaine Parfait Mbaye.
Le nouveau régime se devait de donner des gages à la douzaine de petites formations
de la Concertation des partis politiques de l'opposition (CPPO), très hostile au régime
Patassé, qui obtient une dizaine de maroquins.
Mais ses leaders, comme Jean-Paul Ngoupandé, Charles Massi ou Paul Bellet restent en
réserve, avec sans doute à l'esprit la perspective des élections présidentielles
promises après la transition.
Selon des sources proches de cette mouvance, la formation du gouvernement a suscité un
houleux débat interne, certains dénonçant le traitement de faveur du Front Patriotique
pour le Progrès (FPP) de M. Goumba, qui hérite seul de cinq postes.
Il fallait aussi compter sur le Rassemblement démocratique centrafricain (RDC) de
l'ex-président André Kolingba, auteur d'un putsch manqué contre M. Patassé en mai
2001.
Le premier parti parlementaire d'opposition est représenté par son secrétaire
général, Idriss Salao, et l'avocat Assingambi Zarambaud.
Le tandem Bozizé-Goumba a enfin ratissé large avec des représentants des partis
centristes et de la précédente mouvance présidentielle.
Mais aussi de la société civile, représentée notamment par Jacques Bothy, un leader
syndical de la fonction publique, dont les agents cumulent jusqu'à 36 mois d'arriérés
de salaires.
Dans l'entourage de M. Bozizé, on estime que la transition pourrait durer "de 18
à 24 mois". "Vis à vis du FMI ou de la Banque mondiale, 18 mois, ce serait
mieux", commentait un diplomate.
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