AFP BANGUI, le 14 mars 2004.

RCA: un an après le coup d'Etat, le consensus s'effrite

BANGUI, 14 mars (AFP) - 17h29 - Un an après le coup d'Etat qui a porté François Bozizé au pouvoir en Centrafrique, le consensus autour du régime de transition s'est effrité au contact d'une grave crise économique, et l'accueil du président haïtien déchu Jean Bertrand Aristide a encore exacerbé les tensions politiques.

Signe de ce mécontentement, les partis associés au sein du régime de transition ont décidé de boycotter les festivités du premier anniversaire du "sursaut patriotique" du 15 mars 2003, date à laquelle le général Bozizé a renversé le président Ange-Félix Patassé.

"Le consensus politique marche mal, il n'a pas été ce qu'il devait être: une concertation permanente entre les parties prenantes au processus de transition" devant mener à des élections en janvier 2005, estime le porte-parole de la Concertation des partis politiques d'oppositionex-opposition au régime Patassé), le général Timothée Malendoma.

"Et c'est pour cela qu'on ne peut fêter avec faste le 15 mars", poursuit M. Malendoma, également membre du Conseil national de transition (CNT), le parlement de transition qui, début février, avait déjà "stigmatisé le peu de respect porté aux institutions de la transition" par le gouvernement.

L'annonce récente par le gouvernement d'une réduction des salaires des 24.000 fonctionnaires centrafricains, qui n'ont plus été payés depuis novembre 2003, a suscité la colère quasi-unanime de la classe politique, de la population et des syndicats.

La grogne touche aussi les étudiants, en grève pour obtenir trois trimestres d'arriérés de bourses, et les retraités, dont le 2e trimestre 2003 est en cours de paiement.

Jeudi, à la télévision nationale, le ministre des Finances, Jean-Pierre Lebouder, a tenté d'expliquer à la population la nécessité de réduire les dépenses budgétaires, supérieures de plusieurs milliards de francs CFA (plusieurs millions d'euros) au recettes.

En 2003, les indicateurs économiques de ce pays d'Afrique centrale, miné par 25 ans de chaos politico-financier, étaient au niveau de 1997, a-t-on appris auprès du ministère des Finances.

"L'année dernière, nous avons réussi à équilibrer le budget grâce à un appui financier extérieur de la Cémac (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale), la Chine, la France et l'Union européenne, qui nous ont versé 10 milliards de francs CFA (15 millions d'euros). Mais en 2004, aucune aide n'est prévue", a précisé une source proche du gouvernement.

L'abattement des salaires, l'épurement des effectifs de la fonction publique, dont certains sont fictifs ou morts, et le contrôle des régies financières devraient permettre à l'Etat de réduire fortement ses dépenses, a ajouté cette source.

La corruption au sein des douanes, des impôts et du Trésor, ainsi qu'un tissu économique exsangue, avec seulement une vingtaine d'entreprises imposables, ont entraîné un taux de prélèvement plus faible qu'en Sierra Leone ou en Somalie, selon la même source.

Dans cette situation de crise, la venue de M. Aristide, logé au Palais présidentiel depuis le 1er mars et qui s'est en outre révélé un hôte turbulent et incontrôlable, a cristallisé les mécontentements.

Plusieurs formations politiques ont réclamé son départ, accusant le gouvernement d'avoir accueilli quelqu'un dont aucun autre pays ne voulait.

Au-delà, nombre de partis ont mal accepté le caractère unilatéral de la décision d'accueillir le président déchu, reprochant à M. Bozizé de ne pas les avoir consultés.

Lors d'une rencontre jeudi avec les partis politiques, le chef de l'Etat avait tenté en vain de justifier cet accueil.

"Nos dirigeants passent leur temps à régler les problèmes avec Aristide et non les problèmes réels de la transition avec la révision de la Constitution, les remous sociaux, etc...", s'inquiète Jean-Baptiste Nouganga, le coordonnateur des activités du Parti social démocrate (PSD), premier parti à avoir demandé le départ de M. Aristide.