FODEM - FRANCE - le 25 mars 2004.

Face aux incertitudes, le Centrafrique retient son souffle !

1 An déjà ! 1 An à peine ! 9 mois encore !

La transition en Centrafrique dérive doucement vers un avenir incertain. L'esprit de consensus, socle fondateur de la "transition " ouverte le 15 mars 2003 par la prise de pouvoir du Président François BOZIZE, s'est effrité sous la pression économique et sociale.

L'Etat en faillite, s'économise !

L'Etat dépense plus qu'il n'a de recettes. Pour résoudre le problème, il met en cause l'augmentation de la masse salariale du a un nombre croissant et trop élevé de fonctionnaires (il faut pour les payer 2,7 à 3 milliards de Francs CFA / Mois aujourd'hui contre 2,2 il y a un an). Pour résoudre le problème, le gouvernement " ingénieux " a choisi de baisser les salaires de tous les fonctionnaires de 30%. Le président BOZIZE lui à par contre déclaré cette mesure impopulaire et a annoncé le 15 mars 2004 qu'elle ne toucherait que les hauts fonctionnaires. Il faudrait que BOZIZE le dise à son ministre des finances et à son premier ministre pour que les autorités s'entendent sur la stratégie à adopter et ne donnent pas l'impression de naviguer à vue.
Le gouvernement échoue à engager un programme économique capable de générer des recettes suffisantes, en mobilisant les ressources nationales dont, pourtant, notre pays ne manque pas : agriculture, eaux et forêts, mines, ressources énergétiques, … et les observateurs se demandent comment le gouvernement pourra honorer pour la fin avril 2004, les actions prioritaires édictées par la dernière mission conjointe du FMI et de la BM en Centrafrique, du 18 janvier au 1er février. Selon la lettre du continent du 04 mars 2004 "… Empêtre par le FMI et n'arrivant pas a boucler les fins de mois de ses fonctionnaires, Bozize a vu arriver Aristide comme "Papa bonheur" ! Selon nos informations, on négocierait déjà "la villégiature" du président haïtien autour de 5 milliards F CFA ". Dés lors, on comprend pourquoi le régime ne décolère pas du départ soudain dans la nuit du 14 au 15 mars de Jean Bertrand ARISTIDE.
Le fait est que pour les centrafricains, l'action du gouvernement dans le domaine économique tarde à se faire ressentir, d'autant plus que la situation sociale et sanitaire des familles centrafricaines s'est considérablement dégradée depuis l'arrivée au pouvoir du Général François BOZIZE. Avec 95% de la population vivant sous le seul de pauvreté de moins d'un (1) dollars par jours, les attentes du peuple centrafricains sont aujourd'hui la satisfaction des besoins élémentaires à la survie : se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner.
Serions nous " éternellement condamnés " à " quémander une aide extérieur " ou a " brader notre sous-sol " ?

Catastrophe humanitaire et anarchie à l'horizon !

Sur le plan sanitaire, "C'est la dernière opportunité d'agir avant qu'on ait vraiment l'anarchie et une catastrophe humanitaire", a déclaré lors d'un point de presse le conseiller humanitaire spécial pour le Centrafrique, Ramiro Lopes da Silva. L'Onu demande une aide d'urgence de 6 millions de dollars pour pouvoir vacciner les enfants menacés par de nombreuses épidémies.
La pauvreté et le dénuement extrême dans lequel vivent les centrafricains a considérablement contribué à aggraver le climat de tension et la psychose ambiante.
Le phénomène de justice populaire se développe ainsi que la délinquance, sans oublier les rackets, les pillages en règles auxquels se livrent des éléments armés d'origines diverses et les violences physiques sur les personnes.
Même si l'on constate une meilleure maîtrise du territoire national. Il est clair que le travail de sécurisation de l'ensemble du pays et de la population centrafricaine est loin d'être terminé, tout comme le ramassage des armes accumulées lors des diverses crises militaires. Le pays reste une véritable poudrière.
Il faut soutenir, le courageux peuple centrafricain qui vie quotidiennement dans sa chair et son cœur, la douleur présente des blessures du passé.

Le dialogue social sous tensions !

Après avoir testé la voie de la fermeté et n'ayant pas hésité à engager un bras de fer (en principe coûteux en jour de grèves) avec les syndicats de la fonction publique et les étudiants, le gouvernement s'est enfin résolu à ouvrir des négociations sur les questions du règlement des salaires à terme échu, des arriérés de salaires et de la réduction des salaires.
La réduction des salaires, la solution ultime pour un gouvernement en panne d'imagination. Au lieu de trouver des solutions pour rendre les centrafricains plus prospères, le gouvernement préfère les enterrer vivant dans la misères ultime en là leur faisant partager. Les dirigeants actuels de la Centrafrique feraient mieux de sortir de leur Tour d'Ivoire pour constater l'état de misère et de détresse de la population centrafricaine.
Le Forum Démocratique pour le Modernité (FODEM - Parti de Charles MASSI) a déclaré le 23 février 2004 que "Cette nouvelle mesure gouvernementale n'est que la conséquence de l'inertie d'un pouvoir qui a cru que la chute du régime antisocial de Patassé ouvrirait automatiquement les vannes du financement extérieur et qui s'est cantonné (...) à la recherche de la légitimation", il "… s'étonne que cette mesure, fort impopulaire, porteuse de danger d'instabilité sociale, soit envisagée alors que le Premier ministre Célestin Gaombalet n'a pas encore présenté à la Nation son programme économique et que la loi de finances 2004 est toujours à l'état de projet", si cette décision "venait à être mise en exécution, elle porterait un coup d'arrêt aux activités commerciales et agricoles et mettrait en péril de nombreuses vies humaines".
Sur le plan social, la vie reprends peu à peu son cours normal dans Bangui, mais la peur et le sentiment d'insécurité sont palpables et freinent le redémarrage de l'activité sociale et économique du pays. Nul doute que les tensions sociales pèseront de manière déterminante au moment des rendez-vous électoraux de novembre 2004 à janvier 2005.
On se souviendra que le régime du Président BOZIZE a accumulé en 1 an : 6 mois d'arriérés de salaires. Il aurait donc appliqué de fait 50 % de réduction sur la masse salariale de 03/2003 à 03/2004. Alors comment appliquer une réduction de 30 % sur les salaires alors que le gouvernement en un (1) an est à peine arrivé à payer 50 % de la masse salariale ?

La classe politique s'inquiète et s'impatiente !

Le climat politique tend à se dégrader sous la pression. Le consensus qui a porté le Général BOZIZE au pouvoir le 15 mars 2003 s'est effrité sous la pression sociale et à l'approche des échéances électorales. La mise en place " démocratique " du dispositif électoral se fait attendre.
Le FODEM a rendu public son retrait de la Concertation des Partis Politiques d'Opposition (CPPO) car " La situation politique créée par le changement du 15 mars 2003 nécessitait la désignation d'un nouvel objectif, avec un adversaire précis, la clarification de leur position au sein de la C.P.P.O. des différentes formations politiques au regard du nouveau pouvoir et la mise en place d'une Direction formelle, avec des dirigeants crédibles. " Communiqué du FODEM, Bangui, 13 mars 2004
L'Union Africaine, les Etats-Unis, l'Europe, la France, la communauté internationale et les centrafricains souhaitent l'organisation d'élections libres et transparentes dont la légitimité et la crédibilité seront incontestables et attendent du Président BOZIZE qu'il honore ses propres promesses faites au soir du 15 mars 2003.
Pour les observateurs, il ne fait aucun doute que les états-majors politiques ont entamé leur veillée d'arme. Ils attendent des garanties permettant l'organisation d'élections libres et transparentes.
Le 10 mars 2004, Alpha Omar KONARE, Président de la Commission de l'Union Africaine, en rencontrant à Bangui, les plus aux responsables de l'Etat Centrafricain et le Président BOZIZE s'est exprimé ainsi : " J'ai quelque chose sur le cœur que je m'en voudrais de ne pas exprimer. Je voudrais demander à mon frère le président BOZIZE de ne pas se porter candidat à la prochaine élection présidentielle de 2005 " "… afin d'être en accord avec ses propres promesses faites au lendemain de sa prise du pouvoir, mais surtout pour éviter de détruire tout le travail positif qu'il a réalisé grâce aux soutiens de ses frères Centrafricains et africains ainsi que des amis de la Centrafrique dans le monde …" … " le peuple pour ce qu'il en sait n'a pas grand chose à voir dans cette affaire, et qu'il en appelait à sa conscience d'homme et de responsable politique face à des réalités objectives ".
L'organisation des prochaines échéances électorales montre des signes de faiblesse pouvant à terme, remettre en cause la crédibilité des résultats électoraux. Selon le gouvernement, si la communauté internationale ne donne pas d'argent pour le financement du processus électoral, on ira avec les moyens du bord : le recensement de la population effectué fin 2003 pourrait servir de liste électorale et le ministre de l'intérieur se chargerait d'organiser les élections. Cela est inacceptable pour le Conseil National de Transition (CNT) qui considère qu'il faut mettre en place une Commission Electorale Mixte et Indépendante (CEMI). Le bras de fer a commencé entre le CNT et les autorités dirigeantes de la transition. Le Président du CNT, Maître Nicolas TIANGAYE a annoncé le 15 mars 2004 sur les ondes de RFI, qu'il ne serait pas candidat car il dirige une institution de la transition. Le ton est donné !

Avant que les mêmes causes produisent les même effets !

Dans ce climat d'incertitudes économiques, de tensions sociales et d'effervescence politique, la Centrafrique retient son souffle. Les centrafricains très inquiets sur leur avenir souhaiteraient que pour une fois les intérêts particuliers des dirigeants de la transition, de la classe politique, des syndicats, des étudiants et de la société civile s'inclinent devant l'intérêt général.
Les Centrafricains espèrent que le prochain Président saura diriger la Centrafrique et aura un projet crédible et sérieux pour ramener la Paix et la Prospérité pour Tous. Les Centrafricains se souviennent encore des promesses faites il y a tout juste un (1) an et pourquoi ils ont marché dans la rue pour saluer le départ du Président PATASSE.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour l'avenir du pays. La prochaine visite du FMI et de la Banque Mondiale est fixée pour la fin avril 2004
Faisons en sorte que les espoirs déçus, les promesses non tenues et les ambitions du peuple centrafricain ne soient pas éternellement sacrifiés sur l'hôtel de la corruption, de la gabegie et de la mauvaise gouvernance.

ERIC NERIS
FODEM France
Chargé des relations extérieures.