FORUM, le 14 avril 2004.

REFLEXIONS SUR L'INSECURITE ET LE DEVELOPPEMENT UN AN APRES LE DEPART DE PATASSE.
Saturnin NDOMBY. ( FRANCE)
(satndomby@hotmail.com)
 

LE PACTE DE REFORME POUR LA MODERNITE
www.fodem.org

L'un des devoirs régaliens d'un état de droit est de garantir la sécurité de tout citoyen. Quand l'état ne peut pas jouer ce rôle protecteur, le citoyen est en droit de s'interroger car celui a des devoirs mais aussi des droits.

Les différents combats politiques en Centrafrique ont toujours eu pour but, soit la mise en place de la démocratie, soit le retour de la démocratie. Mais il ne suffit pas de brandir le drapeau de la démocratie pour obtenir l'approbation nationale ou plus exactement, du plus grand nombre. Le véritable combat pour la démocratie, celle qui doit se faire à visage découvert, doit être l'ensemble des combats que constituent tous les combats pour la mise en place et le respect des principes démocratiques dans leur ensemble.

La liberté d'expression est un principe fondamental en démocratie. C'est le fondement même de la démocratie puisque c'est cette liberté qui garantit "in fine" le choix de ceux qui doivent nous gouverner. Les évènements en Centrafrique ces derniers temps montrent à l'évidence que nous sommes encore à des années lumières de ce que nous pensions être les raisons de notre mécontentement d'hier.

L'absence ou la disparition de la liberté de s'exprimer tendrait à faire croire que tout le monde pense la même chose. L'expression même de l'unanimité, ce qui serait la manifestation matérielle du consensus perdrait de sa valeur en supposant que tout le monde est d'accord. Notre culture de l'oralité ne se retrouve pas dans ces pratiques qui sont contraire à l'épanouissement et à la valorisation de ce que nous sommes.

La classe dirigeante dans son ensemble est en train de perdre de vue la mission difficile qu'elle s'est assignée.

La Centrafrique, comme la majorité des anciennes colonies françaises, est indépendante, il y a bientôt quarante-cinq ans. Il est vrai que nous n'attendons pas d'avoir des institutions démocratiques équivalentes en terme d'efficacité à celles par exemple de la France, qui, rappelons-le, s'est affranchie au douzième ou au treizième siècle selon que l'on remonte au baptême de CLOVIS ou à la bataille de VERDUN !

Au lendemain des évènements de Mars 2003, l'espoir dans le changement était telle que nous avions perdu le sens de la critique, cette critique constructive qui doit nous aider à avancer et à construire en respectant les principes démocratiques et en mettant résolument l'homme au cœur du changement. Il ne peut y avoir de respect quel qu'il soit, à commencer par le respect des droits de l'homme sans institutions démocratiques fortes. Les évènements de Mars 2003 nous donnaient l'occasion d'avoir ce débat, sereinement, et nous avions trouvé le moyen de passer à côté, tellement les ambitions des uns et l'absence de projets de société pour les autres étaient grandes.

Le peuple souffrait déjà de l'insécurité avant Mars 2003, et il suffit de prononcer le mot banyamulengé pour se rappeler ce qu'était l'insécurité. Rappelons-nous aussi que l'état lui même s'était acharné contre une partie de la population sous prétexte qu'elle forme un ensemble avec les responsables du coup de force ma,qué de ce mois de mai qui restera gravé dans nos mémoires.

La misère sociale, le travail non rémunéré, la pandémie du sida, l'absence d'avenir y compris celui de l'état lui même, sont autant d'insécurités vécues par le peuple centrafricain. Aujourd'hui, nous avons tendance à considérer que seuls les braquages en tout genre constituent l'insécurité. La seule liberté d'expression, lorsqu'elle est bafouée, constitue le début de l'insécurité et même l'installation de celle ci dans notre société. C'est pourquoi, nous devons nous unir pour nous battre afin de préserver cette liberté d'expression qui doit s'exercer dans le respect de la loi.

Le retour à la République après le départ de BOKASSA avait été marqué par le rétablissement de la liberté d'expression. Cette liberté d'expression était telle que la population croyait que c'est le seul corollaire de la démocratie. Si, vingt-cinq années après, le peuple devrait accepter qu'on le prive de ce qu'est pour lui la première preuve matérielle de l'existence de la démocratie, alors notre République est agonisante.

Il ne peut avoir de stabilité, de développement et de bien être dans l'insécurité. La lutte contre l'insécurité doit être pour l'état une question d'autorité républicaine.

L'insécurité sociale dont souffre le plus grand nombre en Centrafrique n'est pas forcément liée à l'absence ou à l'insuffisance de démocratie. C'est pourquoi, ce n'est pas l'absence de démocratie qui constitue un frein au développement et au bien être. La mauvaise gouvernance est la raison principale pour ne pas dire la seule raison qui justifie la part de l'état dans la justification de l'insécurité sociale. Le gouvernement devrait faire des efforts pour rendre sa politique économique et sociale visible et lisible si elle existe. La période de transition ne doit pas être un alibi pour un blocage des initiatives politiques. Le peuple attentif, a le sentiment que les ministères sont sans contenues politiques en terme d'objectifs à réaliser, même pour le court terme. Les conclusions des travaux des commissions du dialogue national voulu par tous, sont elles déjà ignorées ? La politique du gouvernement ne doit pas se limiter au seul respect de l'engagement vis à vis des salaires des fonctionnaires. Même dans ce cas, il faudra que le gouvernement mette en place un certain nombre de politiques visant à garantir cet engagement.

Le peuple Centrafricain est travailleur, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer quand on voit dans quelle misère il s'enfonce de plus en plus. Il suffit de se rappeler les sacrifices consentis par les salariés de l'état, sacrifices qui risquent de les conduire au purgatoire si on doit y ajouter la privation d'un certain nombre de libertés, telles les libertés de s'exprimer, de disposer et de jouir de sa propriété privée dans la paix.

Le peuple est capable de comprendre les difficultés et la situation économique du Pays dès lors que les hommes et les femmes en charge de le conduire, lui expliquent clairement la situation générale et que les efforts à consentir soient partagés par tous. Il ne serait d'ailleurs pas anormal de dire que ceux qui ont choisi de tracer le chemin doivent consentir plus d'efforts que tout le reste.

En Centrafrique, de tout temps ou presque, ceux qui font la politique et qui dirigent le Pays ont oublié ou n'ont jamais compris que faire la politique, c'est s'engager c'est s'engager pour améliorer la vie de tout le monde. Au pouvoir, ils passent plus de temps à réorganiser, à nommer, et plus souvent selon des critères incompréhensibles, au lieu de rechercher des partenaires de développement. Le choix des acteurs politiques et économiques doit privilégier plus que jamais l'efficacité parce que le peuple a besoin de résultats.

Les responsables politiques consensuels doivent savoir aujourd'hui que le peuple les attents avec des fusils chargés à la sortie de la transition. Si la transition réussit, ils seront intronisés, si non, ils seront décapités. L'arrêt du processus démocratique, la suspension de la constitution de 1995 par les évènements de Mars 2003 a été un risque énorme qu'il faut assumer aujourd'hui Le soutien de la classe politique dans son ensemble au Général Président dés le 15 Mars 2003 ne doit pas se transformer pendant les moments difficiles que nous connaissons aujourd'hui à la corde qui soutient le pendu. Si la transition échoue, ce sera l'échec de toute la classe politique et inutile de vous rappeler pourquoi. C'est la raison pour laquelle la transition ne doit pas bâillonner les libertés. Elle doit encourager toutes les initiatives devant nous conduire à la mise en place de véritables projets de société bénéfiques pour tous.

La situation politique et économique en Centrafrique est telle que la conjugaison du pessimisme et du désespoir, alimentée par l'absence d'engagements politiques à travers des projets économiques et sociaux réalisables à très court terme, a transformé la majorité des centrafricains en grands blessés dans une ambulance qui, elle même, manque de carburant. L'état doit garantir la sécurité du peuple sur tout le territoire nationale et permettre la lutte contre l'insécurité sociale. Mais le bien être de chacun ne dépend pas que du politique. Il y a les domaines régaliens de l'état sur lesquels on peut porter des jugements à défaut de juger sur la réalisation ou non de projets de société. Chaque citoyen doit être acteur de son bien être et acteur du développement. Pour cela, il a besoin que le pouvoir lui fixe un cadre clair et lui présente un certain nombre de garanties. Ce sont les citoyens qui créent la richesse et non l'état. Mais ils ont besoin d'avoir confiance en eux et en ceux qui les conduisent.

L'objectif quotidien de chaque famille centrafricaine aujourd'hui est d'avoir à manger. La Centrafrique dispose d'une surface arable considérable. N'y a t il pas là une absence de politique et de prise de conscience nationale ? Pour exemple, la CHINE, avec une surface arable lilliputienne arrive à nourrir plus d'un milliard d'hommes.

Plus que jamais, nous devons replacer l'homme au cœur de notre projet de société et pour cela, nous devons commencer par le respecter, y compris dans sa différence; c'est l'esprit même du consensus, faute de quoi, nous risquons d'entrer dans une phase anti-consensuelle de la transition, ce qui conduirait à des conséquences désastreuses quant à l'avenir de notre démocratie et de notre Pays à tous.

Saturnin NDOMBY. ( FRANCE) ( satndomby@hotmail.com )