AFP BANGUI, le 17 avril 2004.

Echanges de tirs entre armée centrafricaine et ex-"libérateurs" à Bangui

BANGUI, 17 avr (AFP) - 22h48 - Des échanges de tirs ont opposé samedi en fin d'après-midi dans le nord de Bangui l'armée centrafricaine, appuyée par la Force de paix de la Cémac (Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale) à d'ex-combattants de la rébellion de François Bozizé, a constaté un journaliste de l'AFP.

Ces affrontements ont duré moins d'une heure, et samedi en début de soirée la situation était redevenue calme et les tirs avaient cessé.

Ils ont fait au moins trois morts et sept blessés a indiqué une source proche de la présidence qui n'a pu préciser à quels rangs appartenaient les différentes victimes, soulignant que certains blessés étaient gravement atteints et que le "bilan est susceptible de s'alourdir".

Les soldats centrafricains et la force Cémac sont intervenus après que d'anciens "libérateurs", nom donné aux ex-combattants de la rébellion qui a porté au pouvoir le 15 mars 2003 l'actuel président François Bozizé, eurent érigé des barricades au PK11, dans le nord de Bangui, et se furent livrés à des violences sur la population, selon les autorités.

"Devant la violence des exactions commises par certains +ex-libérateurs+, l'usage des armes a été rendu nécessaire", a expliqué, sur les ondes de la radio nationale Alain Georges N'gatoua, conseiller en communication du président Bozizé.

"Ne trouvant pas assez importantes les indemnités qui leur ont déjà été versées, et appliquant visiblement un plan prévu à l'avance, ces derniers ont entrepris de bloquer les sorties de la capitale, tout en s'en prenant à une partie de la population", a poursuivi M. N'gatoua.

Il a confirmé la fin des hostilités en indiquant que "l'intervention rapide des forces de l'ordre soutenue par une unité militaire de la Cémac a permis de rétablir la sécurité dans ces quartiers à forte population".

Le PK11 est la zone où réside le président Bozizé.

Les exactions des "libérateurs" - dont seule une partie a été intégrée dans l'armée et dont certains ont conservé leurs armes - contre la population de Bangui ou de la province ont été fréquemment dénoncées depuis leur prise de la capitale centrafricaine le 15 mars 2003.

Fin décembre, lors des obsèques de l'ex-président David Dacko, l'archevêque de Bangui, également président de la conférence épiscopale de Centrafrique, Mgr Paulin Pomodimo avait, dans des termes durs, dénoncé les exactions des forces de sécurité.

La Ligue centrafricaine des droits de l'Homme (LCDH) avait elle aussi dénoncé mi-novembre les exactions de certains ex-rebelles, qui "sous le prétexte d'être des +libérateurs+ (...) et se sentant assurés d'une impunité totale, terrorisent la population".

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, s'est déclaré le 8 janvier dernier "gravement préoccupé par la recrudescence des actes de viols, de braquages et d'atteintes au droit à la vie perpétrés dans l'arrière pays (centrafricain) et à Bangui", dans un rapport-bilan de la situation des six derniers mois de 2003 en Centrafrique.

Fin février les policiers centrafricains s'était dit eux aussi victime des exactions des "libérateurs", les accusant de multiplier humiliations, coups et blessures, ainsi que menaces de mort à leur encontre jusque dans les propres locaux de la police.