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Les combattants qui ont aidé le
général François Bozizé à prendre le pouvoir attendent d'être payés
de retour. Et font monter les enchères. Pour apaiser ses anciens alliés, le président François Bozizé a mis de
l'argent sur la table. Le 20 avril, il leur a proposé 150 000 F CFA chacun
(228 euros). Un viatique pour revenir à la vie civile. Face à lui, quatre
hommes déterminés lui ont répondu - en arabe dialectal - que le compte n'y
était pas. Ils veulent 1 million chacun. S'agit-il d'une simple histoire de
mercenaires mal payés ? Pas si simple. Même si le gouvernement trouve 400
millions de F CFA, les mutins peuvent faire monter les enchères. Ces « libérateurs
» disposent de deux moyens de pression : la communauté tchadienne de
Centrafrique - plusieurs centaines de milliers de personnes - et le
gouvernement tchadien lui-même.
Tout commence en septembre 2002. Le chef rebelle François Bozizé est
pourchassé dans le nord de la Centrafrique par les troupes gouvernementales
d'Abdoulaye Miskine. Mais celui-ci commet une grave erreur. Il s'attaque aux
éleveurs et commerçants musulmans d'origine tchadienne. Son principal
lieutenant, le Tchadien Faki Ahmat - un Hadjeraï qui se fait appeler «
colonel Marabout » - passe avec 80 compagnons d'armes dans le camp de Bozizé.
Et le condottiere tchadien se transforme vite en homme d'affaires. En janvier
2003, il profite de son commandement en zone rebelle pour vendre les camions
des sociétés agricoles de Bossangoa.
Dès après la victoire sur Ange-Félix Patassé, le 15 mars 2003, il
devient encombrant. Ses hommes pillent Bangui et envisagent de braquer des
banques ! À l'appel de François Bozizé, désormais chef de l'État, le président
tchadien Idriss Déby dépêche 500 soldats à Bangui. Le colonel Marabout et
600 de ses compagnons sont quant à eux envoyés au Tchad, au Centre
d'instruction militaire de Moussoro. Il est ainsi neutralisé pour quelques
mois.
L'affaire rebondit en mars 2004. Au grand dam de Bozizé, les « libérateurs
» reviennent à Bangui. La plupart sont d'origine tchadienne, mais Idriss Déby
ne veut pas les garder. Officiellement parce qu'ils sont de nationalité
centrafricaine. En réalité parce qu'ils sont incontrôlables. À leur retour
à Bangui, le colonel Marabout et le colonel Ramadan - un autre Tchadien qui
avait rallié Bozizé dès son entrée en rébellion en novembre 2001 - reçoivent
des postes de conseillers au ministère de la Défense. Mais ils ne veulent
pas se contenter de ces strapontins.
Au lendemain du violent accrochage du 17 avril, la pression sur Bozizé
augmente. Plusieurs dizaines de soldats d'origine tchadienne qui avaient été
incorporés dans l'armée régulière désertent et rallient le camp des «
libérateurs ». Le chef de l'État mesure le risque. Il se rappelle que son
prédécesseur Ange-Félix Patassé est tombé précisément pour avoir fait
le contraire. « Ne touche pas aux Tchadiens de Centrafrique, sinon... » lui
avait dit publiquement Idriss Déby lors du sommet franco-africain de Paris en
février 2003.
Bozizé prend donc soin d'éviter tout nouvel affrontement avec les mutins.
Mieux : il s'associe les autorités de N'Djamena. Le 20, il a invité à la
table des négociations l'ambassadeur du Tchad à Bangui et un mystérieux
officier tchadien arrivé le 18 au soir. Objectif : empêcher toute connivence
Déby-« libérateurs ». Et le soir, en sa résidence du Kilomètre 11, peut-être
François Bozizé relit-il cette maxime de Machiavel : « Le prince dont le
pouvoir n'a pour appui que des troupes mercenaires ne sera jamais ni assuré
ni tranquille, car de telles troupes sont ambitieuses et infidèles. » Christophe Boisbouvier |
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