FODEM FORUM, 05 mai 2004

Pétrole : un nombre croissant de pays se tournent vers l'Afrique
Colloque sur le pétrole et la sécurité en Afrique
Par Susan Ellis
Rédactrice du « Washington File »


www.fodem.org

vendredi 23 avril 2004
Washington
- L'importance croissante que l'Afrique revêt pour les États-Unis en tant que fournisseur de pétrole et partenaire dans la lutte contre le terrorisme a fait l'objet d'un colloque organisé le 13 avril par le centre de réflexion de tendance conservatrice « American Enterprise Institute ».

« Le gouvernement des États-Unis doit continuer de considérer l'Afrique comme un continent d'importance stratégique » tant pour ses richesses naturelles que pour le maintien de la stabilité des pays africains de manière à prévenir le terrorisme, a déclaré le président de la société « Chevron Texaco Overseas Petroleum », M. George Kirkland, qui a été à la tête de la société « Chevron Nigeria Ltd ».

« L'Afrique offre l'une des meilleures perspectives du monde en ce qui concerne l'exploitation de nouveaux gisements de pétrole et de gaz naturel », a-t-il dit à son auditoire qui se composait de dirigeants d'entreprise, d'universitaires et de représentants du gouvernement.

Plus que jamais, il est « absolument essentiel » que les États-Unis diversifient leurs sources d'approvisionnement, et l'Afrique a un rôle important à jouer à cet égard. Près de un sixième des importations de pétrole des États-Unis provient de pays africains, et cette proportion devrait atteindre un quart dans les dix prochaines années.

Pour que l'offre de pétrole des pays africains puisse s'accroître, le gouvernement des États-Unis doit encourager un développement économique qui profite à toutes les couches de la population de ces pays. « Il doit créer un climat propice au renforcement des capacités africaines (...) au niveau des individus, des collectivités et des institutions. Il nous faut toujours avoir conscience que la croissance économique est indispensable à la réalisation de progrès dans les domaines social et politique en Afrique (...) Il ne peut y avoir de stabilité sans croissance économique.

« Le gouvernement des États-Unis peut favoriser cette stabilité en aidant les pays africains à instaurer l'État de droit, en offrant une formation et du matériel aux services de police africains et en aidant ces derniers à faire face d'une manière humaine aux troubles civils. Un bon exemple est l'aide financière (2 millions de dollars) que les États-Unis ont récemment consacrée à la formation de policiers nigérians de manière à leur permettre de maîtriser les troubles civils et aussi de s'attaquer à la criminalité organisée, en particulier au blanchiment de capitaux. »

Deux anciens volontaires du Corps de la paix en Afrique, MM. Jim Burkard et Anthony Carroll, qui sont maintenant l'un spécialiste des échanges avec l'Afrique (« Manchester Trade ») et l'autre directeur des services d'analyse des marchés pétroliers (« Cambridge Energy Research Associates »), ont également participé à ce colloque.

« Au cours des dix années à venir, a dit M. Burkhard, l'Afrique de l'Ouest va devenir un élément de plus en plus important de la diversification de l'offre de pétrole. Ce sera tout particulièrement important vu la baisse de la production pétrolière des États-Unis et également la diminution prévue de la production de pétrole en mer du Nord. Il s'ensuit que l'augmentation de la production en Afrique de l'Ouest contribuera à compenser la diminution de la production dans d'autres parties du monde et à maintenir la diversité de l'offre sur le marché pétrolier mondial. »

Quelque 20 % de l'accroissement de la production mondiale de pétrole d'ici à 2010 devraient avoir lieu en Afrique de l'Ouest, a-t-il précisé.

Bien que le pétrole fasse souvent la une des journaux, le gaz naturel est aussi important en Afrique. Les États-Unis, a-t-il fait remarquer, vont dépendre de plus en plus des importations de gaz naturel du monde, et l'Afrique de l'Ouest est bien placée pour fournir ce gaz. »

De son côté, un haut responsable du « Royal Institute of International Affairs » de Londres, M. Alex Vines, a déclaré que, outre les États-Unis, plusieurs pays se tournaient vers l'Afrique pour diversifier leurs sources d'approvisionnement. « A l'heure actuelle, le Japon cherche activement à diversifier son approvisionnement (...) et envisage d'ouvrir une ambassade en Angola uniquement pour avoir mieux accès au pétrole angolais. »

De même, le Royaume-Uni et la Norvège, dont la production pétrolière en mer du Nord diminue et qui ont une grande expérience du forage en haute mer, s'intéressent au golfe de Guinée.

Les pays pétroliers africains peuvent s'attendre à un accroissement de leurs recettes pétrolières au cours des prochaines années. Entre 2004 et 2010, ces recettes pourraient atteindre 110 milliards de dollars au Nigeria, 43 milliards en Angola et 10 milliards en Guinée équatoriale, qui compte moins de 500.000 habitants.

Par ailleurs, un grand nombre de pays déclarent qu'ils ont du pétrole ou qu'ils vont en avoir sous peu, a dit M. Vines en citant le cas de la Gambie dont la récente annonce a éveillé un très grand intérêt chez les médias.

Il y a aussi quelques pays comme la Guinée, dont le président, M. Lansana Conté, a dit très clairement qu'il ne cherchait pas à exploiter les ressources pétrolières de son pays à cause des problèmes que cette exploitation entraînait souvent. La Guinée, a-t-il indiqué, est un pays qui a la chance d'avoir d'autres matières premières productrices de revenus, notamment des diamants et de la bauxite.

M. Vines, qui collabore avec l'association américaine « Human Rights Watch », a fait remarquer que l'abondance de pétrole ne semblait pas contribuer à la réduction de la pauvreté dans les pays producteurs. Le secteur pétrolier, a-t-il dit, exige beaucoup de capitaux, mais peu de main-d'œuvre, et celle-ci doit être qualifiée. La plupart des grandes sociétés pétrolières qui sont implantées au Nigeria, en Guinée équatoriale et en Angola ont des difficultés à trouver sur place du personnel compétent. Elles « préfèrent investir dans des projets de prestige, notamment des centres médicaux, des campagnes d'information sur le paludisme ou des manifestations culturelles, plutôt que de s'attaquer à des problèmes plus difficiles ».

Les sociétés pétrolières devraient encourager le développement et investir dans les pays où elles sont implantées, a recommandé M. Vines en ajoutant : « Les revenus tirés de l'exploitation pétrolière devraient profiter à toute la population. La corruption et la mauvaise gestion des richesses pétrolières privent la population de la plupart des avantages de ces revenus. Les sociétés peuvent contribuer à financer le secteur de l'enseignement et de la formation et encourager des membres des classes moyennes à créer des entreprises en dehors du secteur pétrolier pour diversifier l'économie de leur pays. »

Quant à M. David Hale, économiste et fondateur du bureau-conseil « Hale Advisers », de Chicago, qui compte parmi ses clients des sociétés multinationales implantées notamment en Afrique du Sud, il a déclaré que le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) préconisé entre autres par le président de l'Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki, était susceptible de revêtir une importance historique. Il s'agit là, a-t-il dit, d'un projet élaboré par les Africains eux-mêmes en vue d'encourager la bonne gouvernance sur le plan politique, de renforcer l'État de droit et de créer un cadre facilitant la participation de l'Afrique à l'économie mondiale. « Après trente ans de chaos et de troubles civils, l'Afrique s'oriente maintenant dans la bonne direction », a-t-il dit.