FODEM - BANGUI - le 07 MAI 2004.

MÉMORANDUM RELATIF AU PROCESSUS ÉLECTORAL

Des partis et syndicats dénoncent les textes sur la Cémi


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A la Très Haute Attention de Son Excellence,

Le Général de Division François BOZIZE

Président de la République, Chef de l’État

 

Les partis politiques signataires du présent Mémorandum : la Concertation des Partis Politiques de l’Opposition (C.P.P.O.), le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (M.L.P.C.), le Forum Démocratique pour la Modernité (FODEM), l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (A.D.P.), le Parti Libéral Démocrate (P.L.D.), le Mouvement des Verts de Centrafrique (M.V.C.) ;

 Voudraient porter à l’attention de Votre Excellence, que certaines dispositions de l’Ordonnance n° 04.010 du 30 avril 2004 portant création de la Commission Électorale Mixte Indépendante (C.E.M.I.), vident cet important organe de sa substance aux fins de réduire les prochaines consultations électorales à de simples formalités administratives. Par la même occasion, ils invitent le Gouvernement à revenir aux Recommandations du Dialogue Nationale sur la C.E.M.I., la Constitution et le Code Électoral, devant garantir l’organisation, en janvier 2005, d’élections transparentes et crédibles.

 En effet, le 15 mars 2003, la rébellion armée que vous dirigiez a mis fin au régime du Président PATASSE. La communauté internationale qui a condamné cette rupture brutale du processus démocratique, a exigé le retour rapide à l’ordre constitutionnel normal.

 Ce retour à la Démocratie devait passer par la tenue d’un Dialogue National (D.N.), seul à même de dresser un état des lieux et d’engager un processus consensuel, condition première de la reprise, en faveur de la République Centrafricaine, de l’aide bilatérale et multilatérale suspendue depuis le 15 mars 2003.

 Ce Dialogue National s’est tenu à Bangui du 10 septembre au 27 octobre 2003 et a rassemblé 400 Délégués venus de l’intérieur et de l’extérieur du pays. Des Recommandations et Résolutions pertinentes portant sur les textes juridiques devant régir les futures élections : Commission Électorale Mixte Indépendante (C.E.M.I.), Avant-projet de la Constitution, Projet portant Code Électoral, ont été adoptées par consensus général.

 Deux Chefs d’État, leurs Excellences les Présidents Omar BONGO ONDIMBA du Gabon, Parrain du Dialogue National, Denis SASSOU NGUESSO du Congo-Brazzaville, le Représentant Personnel du Président du Tchad Idriss DEBY, ont honoré de leur présence ce grand rendez-vous de réconciliation nationale.

 A cette occasion, Votre Excellence avait pris le ferme engagement, non seulement de respecter les Recommandations et Résolutions qui seront issues du Dialogue National, mais encore de les mettre à exécution, pour marquer la différence avec votre prédécesseur, Ange Félix PATASSE qui prenait des engagements mais refusait de les mettre en application.

 Afin de garantir une bonne fin de la transition, le Gouvernement s’était engagé, le 03 juin 2003 à Libreville, devant les Chefs d’Etat de la C.E.M.A.C. et le 12 juin 2003 à Bruxelles, devant l’Union Européenne, à tenir une feuille de route en vue de l’organisation des futures élections dans la paix.

Ce pari ne pouvait être tenu que grâce au respect du calendrier électoral et à la mise en place d’un organe indépendant chargé de la préparation, de l’organisation, de la supervision et du contrôle du processus électoral. Cet organe, pour être véritablement indépendant, devait être celui adopté par consensus au Dialogue National, c’est-à-dire, dépouillé de la présence, tant au niveau de la Coordination Nationale que des Comités Locaux, des Préfets, Sous-Préfets, Maires et Présidents de Délégations Spéciales.

La création d’une Commission Electorale Mixte Indépendante (C.E.M.I.) a été acceptée comme préalable au démarrage du processus électoral, aussi bien par le Gouvernement, le Conseil National de Transition, les Forces Vives de la Nation, le Dialogue National et la Communauté Internationale.

Le 30 avril 2004, se conformant au chronogramme établi par les bailleurs de fonds et accepté par le Gouvernement et le Conseil National de Transition, Votre Excellence a promulgué l’Ordonnance n° 04.010 portant création de la Commission Electorale Mixte Indépendante (C.E.M.I.), ainsi que le Décret d’Application n° 04.145 portant organisation, composition et fonctionnement.

 L’examen détaillé des deux documents fait apparaître de profondes modifications opérées par le Gouvernement, par rapport aux Recommandations du Dialogue National et le vote des deux Projets amendés en Seconde Lecture par le Conseil National de Transition.

1.      De l’indépendance et de l’autonomie de la C.E.M.I.

L’Article 5 de l’Ordonnance établit que : « Ne peuvent être désignés, en qualité de Présidents des Comités Locaux de la C.E.M.I., dont ils sont membres de droit, les Sous-Préfets, les Chefs de Poste de Contrôle Administratif (P.C.A.), les Maires et les Présidents des Délégations Spéciales des Communes, ainsi que les Présidents des Comités Administratifs d’Arrondissements ».

L’Article 7 stipule : « Dans le cadre de sa mission, la C.E.M.I. est autonome. Elle élabore, en conséquence, son Règlement Intérieur et son Budget qui sont entérinés par Décret pris en Conseil des Ministres ».

L’Article 4 du Décret n° 04.145 portant application de la C.E.M.I. dispose : « Un Président : une (01) personnalité centrafricaine neutre, élue par les membres de la Coordination Nationale, sur proposition conjointe du Premier Ministre et du Président du Conseil National de Transition, à raison de deux (02) candidats par personnalité ».

L’Article 5 de ce Décret fixe arbitrairement la répartition des postes du Bureau, suivant un calcul politique bien établi.

 La présence des Sous-préfets, Chefs de Poste de Contrôle Administratif (P.C.A.), Maires et Présidents des Délégations Spéciales, membres de droit de la C.E.M.I., ainsi que l’approbation de son Règlement Intérieur et de son Budget par Décret pris en Conseil de Ministres, prive cet important organe, garant de la bonne organisation des prochaines consultations électorales, de toute indépendance et de toute autonomie.

 Il est à rappeler que l’implication de ces Autorités locales au sein de la C.E.M.I. a conduit au hold-up électoral de 1998 et 1999, avec comme conséquences la succession des crises militaires ayant ensanglanté le pays et entraîné l’éviction de l’ancien régime, le 15 mars 2003.

 Le refus du Gouvernement de ne pas tenir compte des enseignements du passé, des suggestions des Forces Vives de la Nation, du Comité du Suivi des Actes du Dialogue National et de celles de la Communauté Internationale, relève d’une volonté manifeste de conduire le pays vers de nouvelles crises aux conséquences incalculables.

 Il transparaît clairement du Décret d’Application de la C.E.M.I., la recherche de la marginalisation des partis politiques que Votre Excellence n’a cessé de diaboliser, comme étant l’unique source des maux dont souffre notre pays, alors que la gestion de la Transition tarde à répondre aux aspirations du Peuple Centrafricain.

 Pour toutes ces raisons, le 02 mai 2004, quinze (15) partis politiques et la Coordination des Centrales Syndicales ont dénoncé cette dérive autoritaire qui rompt le consensus sur une question aussi capitale que le processus électoral en le verrouillant au profit de l’Administration, sur la base de préoccupations purement électoralistes et l’intention affirmée de confisquer le Pouvoir.

 Le 03 mai 2004, la Présidente du Comité de Suivi des Actes du Dialogue National a, dans un communiqué, rappelé les prescriptions du Dialogue National en matière d’élections générales, qui vont dans le sens de la position défendue par les partis politiques.

S’il y avait la volonté de garantir l’indépendance de la C.E.M.I., les Présidents de la Coordination Nationale et des Comités Locaux  ne devaient être élus que parmi trois (03) membres proposés par les trois (03) entités.

 Car, pour être neutres, les quatre (04) personnalités proposées par le Premier Ministre et le Président du Conseil National de Transition n’en sont pas moins tributaires, à certains égards, de l’autorité de proposition.

 Aussi, les partis politiques se sont-ils employés à impliquer la Communauté Internationale afin qu’elle interpelle le Gouvernement Centrafricain, en guerre contre le consensus national, les Recommandations du Dialogue National et le Conseil National de Transition, pour qu’il respecte les prescriptions du Dialogue National en matière des textes juridiques des futures élections générales.

Il convient de rappeler, une fois encore, que les modifications profondes opérées par le Gouvernement sur le Projet d’Ordonnance et le Décret d’Application, adoptées en Seconde Lecture par le Conseil National de Transition, vont à l’encontre de l’engagement pris le 12 juin 2003, devant l’Union Européenne, à Bruxelles, par le Gouvernement, de prendre dûment en compte les Avis et Recommandations du Conseil National de Transition.

2.      De la rupture du consensus et du Dialogue.

Le verrouillage du processus électoral, fortement planifié, s’inscrit dans une logique bien définie : celle de la confiscation du pouvoir au moyen d’une pure formalité administrative, contraire à la volonté populaire.

 Ce faisant, le Gouvernement prend sur lui une grave responsabilité, en verrouillant d’avance le processus électoral et en rompant le consensus et le dialogue, seuls à même d’assurer le retour de la République Centrafricaine dans le concert des Nations démocratiques.

De façon générale, le Gouvernement a entrepris depuis quelques temps de se dérober du consensus et du dialogue permanent. Les faits sont nombreux qui qualifient cette gestion solitaire de la Transition et du processus électoral :

 -         Le Gouvernement est en opposition avec les Recommandations essentielles du Dialogue National, notamment en ce qui concerne la neutralité de la C.E.M.I., dépouillée des Représentants de l’Exécutif.

-         Il ne prend plus en compte les Avis du Conseil National de Transition, désormais confiné dans le rôle d’un organe purement consultatif.

-         Il ne prend plus de dispositions garantissant la sécurité sur toute l’étendue du territoire national, condition première de l’organisation d’élections transparentes et loyales.

-         La mesure de l’abattement des salaires a été appliquée sans tenir compte du consensus dégagé au sein du Conseil National de Transition et sans prendre en considération les préoccupations des partenaires sociaux, s’agissant d’un acte impopulaire et antisocial.

3. De l’enjeu de la C.E.M.I.

L’enjeu de la C.E.M.I. est celui du retour à la légalité constitutionnelle, dans la paix, en janvier 2005. Il appelle la garantie de neutralité de cet organe et commande la recherche systématique du consensus sur le sujet.

Le lancement du recensement électoral par le Ministère de l’Intérieur, en dehors de la C.E.M.I. est une preuve suffisante de cet entêtement à privilégier le passage en force.

 CONCLUSION :

L’enjeu de la C.E.M.I. qui est celui de la Démocratie exige qu’elle soit soustraite à la seule appréciation d’un Gouvernement coupé des exigences du Dialogue National et de la Communauté Internationale.

Afin d’enrayer les risques de nouvelles crises en Centrafrique, au moment où l’Afrique Centrale s’achemine vers la stabilité politique, les signataires du Mémorandum demandent à Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, de respecter le consensus général obtenu au Dialogue National sur la C.E.M.I, l’Avant-Projet de la Constitution et le Projet portant Code Electoral, ainsi que le vote du Conseil National de Transition sur les Projets d’Ordonnance et le Décret portant création de la C.E.M.I., en rétablissant :

1.      l’indépendance de la C.E.M.I. par l’exclusion des Comités Locaux des Sous-Préfets, Chefs de Poste de Contrôle Administratif, Maires et Présidents des Délégations Spéciales des Communes, ainsi que des Présidents des Comités Administratifs d’Arrondissements.

2.      son autonomie : le Budget et le Règlement Intérieur de la C.E.M.I. doivent être élaborés et adoptés par ses Membres.

Il paraît inconcevable que la C.E.M.I. fasse entériner son Règlement Intérieur par une Institution à l’égard de laquelle elle est censée être indépendante.

 3.      les Présidents de la Coordination Nationale et des Comités Locaux doivent être élus parmi trois (03) candidats proposés par chacune des trois (03) entités (Partis Politiques, Administration et Société Civile) aux différents postes du Bureau, et non imposés par le Gouvernement.

4.      la mise en place immédiate de la C.E.M.I. et non trois (03) mois avant les élections, afin qu’elle reste l’unique interface entre les parties prenantes aux élections et les bailleurs de fonds.

5.      l’arrêt immédiat du recensement électoral déjà engagé par le Ministre de l’Intérieur, Chargé de l’Administration du Territoire. La C.E.M.I. demeure le seul organe habilité à procéder au recensement électoral.

Si la Commission Electorale Mixte Indépendante devant préparer, organiser, superviser et contrôler les élections présidentielle et législative de janvier 2005 était celle promulguée par l’Ordonnance du 30 avril 2004, il y a de fortes chances que les autres textes fondamentaux subissent le même sort.

L’Avant-Projet de la Constitution et le Projet d’Ordonnance portant Code Electoral déjà disponibles, confirment qu’il s’agit de textes juridiques taillés sur mesure pour un Président déjà élu, avec des dispositions permettant d’exclure les autres candidats, comme le montant élevé des cautions, la résidence et la propriété bâtie.

Les Centrafricains ont accepté de passer en pertes et profits les conséquences des tragiques évènements du 28 mai 2001, du 25 octobre 2002 après l’attaque de Bangui par la rébellion que dirigeait Votre Excellence, le pillage des biens ayant suivi le changement du 15 mars 2003, comme le prix à payer pour se débarrasser d’un Président antinational et antisocial.

Revenir, un an à peine après ce changement à la réhabilitation de la Commission Electorale Mixte Indépendante de 1999 de l’ancien Président Ange Félix PATASSE est inacceptable pour le Peuple Centrafricain qui a déjà consenti beaucoup de sacrifices en vies humaines.

Convaincus que Votre Excellence, qui a été témoin de la douleur du Peuple Centrafricain au cours des années écoulées et qui s’est engagé devant la Nation et la Communauté Internationale de créer les meilleures conditions pour un retour à la légalité constitutionnelle, en janvier 2005, dans la Paix, mettra tout en œuvre pour que les préoccupations exprimées par les signataires du présent Mémorandum soient prises en considération,

 Veuillez agréer, Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, l’expression de notre Haute Considération.

Bangui, le 07 mai 2004

ONT SIGNE :

Pour :

C.P.P.O.                    Général Timothée MALENDOMA

M.L.P.C.                    Hugues DOBOZENDI (Abstention)

FODEM                     Charles MASSI

A.D.P.                        Joseph DOUACLE

P.L.D.                         Gaston BEYINA GBANDI

M.V.C.                       Laurent-Avit BOKONAS

 

Ampliation :

-   Son Excellence Omar BONGO ONDIMBA, Président en exercice de la C.E.M.A.C.

-   Monsieur le Président de la République Française

-   Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies

-   Monsieur le Président de la Commission de l’Union Européenne

-   Monsieur le Président du Conseil National de Transition

-   Madame la Présidente du Comité de Suivi des Actes du Dialogue National

-   Monseigneur Paulin POMODIMO, Archevêque de Bangui

-   Monsieur le Représentant Résident du P.N.U.D.

Des partis et syndicats dénoncent les textes sur la Cémi

BANGUI, 2 mai 2004 (AFP) - 20h50 - Une quinzaine de partis et les centrales syndicales centrafricains ont accusé dimanche le gouvernement du président François Bozizé de "verrouiller" la transition et le processus électoral, après l'adoption le 30 avril des textes créant la Commission électorale mixte indépendante (Cemi).

Dans un communiqué remis à l'AFP, les signataires estiment que "ces textes ont été vidés pour l'essentiel de l'objectif recherché, tant par le Dialogue national, que par le Conseil national de transition (CNT, Parlement de transition), à savoir l'indépendance de la Cemi".

Dénonçant un "verrouillage systématique de la transition et du processus électoral en cours", ils dénoncent notamment le fait que le décret présidentiel sur la composition de la Cemi permette à des autorités locales, notamment préfets et sous-préfets, d'y siéger.

Le CNT avait rejeté cette possibilité lors des deux lectures auxquelles avaient été soumis les projets de textes sur la Cemi, redoutant qu'elle n'ouvre la voie à des fraudes.

"Cette démarche du gouvernement met un coup d'arrêt dangereux au principe de la gestion consensuelle de la transition. Elle remet en cause les engagements du gouvernement vis-à-vis de l'Union européenne (UE) visant à prendre dûment en compte les avis et recommandations du Conseil national de transition", affirme le communiqué.

"Elle laisse augurer de ce qui adviendra des avis du CNT" sur "les projets de Constitution, de Code électoral, de lois sur les partis politiques et les collectivités territoriales", ajoutent les signataires évoquant "des manoeuvres de confiscation du processus de transition, dans le but de vicier la préparation et la bonne tenue des différentes élections".

La Cemi est chargée d'organiser et de superviser le référendum sur la nouvelle Constitution et les différents scrutins présidentiel et législatifs de retour à l'ordre constitutionnel, prévus entre octobre 2004 et janvier 2005.

L'actuel gouvernement de transition est issu du coup d'Etat du 15 mars 2003, au cours duquel le général François Bozizé a renversé le président Ange-Félix Patassé.

Parmi les partis signataires figurent le Forum démocratique pour la modernité (Fodem) de Charles Massi, ex-opposant au régime Patassé, et la Concertation des partis politiques d'opposition (CPPO, ancienne coalition de l'opposition au précédent régime).