Lundi, 11 mai 2004
[ Bangui - République Centrafricaine ]
Sylvain Nyéréré

Rupture ou malentendu ?
Jean-Paul Ngoupandé entre en scène.

Belle absurdité ! La page du consensus est bel et bien tournée? A qui profitera les fruits des futures échéances électorales en République Centrafricaine ? Rupture ou malentendu ? En tout cas, tout observateur sérieux qui aura écouté de bout en bout l’opposant - Conseiller Spécial de Bozizé, Jean-Paul Ngoupandé, hier sur RFI, ne manquera pas d’analyser sans passion ni émotion la situation de crise que traverse Bangui. L’ancien Premier Ministre Centrafricain est un homme hautement médiatique, ses déclarations sont de tout temps médiatisées, notamment par Radio France Internationale au point de susciter plusieurs interrogations dans l’opinion publique centrafricaine. Beaucoup se demandent, en effet, si Ngoupandé ne joue pas le jeu de Paris, ou vice - versa. Qu’à cela ne tienne, l’écrivain et homme politique défend des idéaux pour le moins sensationnels et évocateurs. Il réfléchit bien, trop bien même.

Mais seulement, la réalité centrafricaine le rattrape à chaque instant, et les observateurs le trouvent à la fois léger et lourd. D’autant que Jean-Paul Ngoupandé n’a jamais eu de position claire vis-à-vis des contraintes et des obligations politiques qui s’offrent au pays. Aussitôt après le 15 mars, il a été rappelé par l’actuel maître de Bangui à la Présidence de la République - un Conseiller spécial aux attributions bien spéciales - Dieu seul sait si la présence de ce farouche opposant de Patassé aux côtés de Bozizé n’était pas en soi une véritable caution morale qui aura convaincu la communauté internationale ! Cependant, au fil du temps, l’homme a été isolé, écarté et marginalisé à tout bout de champ. Il aura fallu un face à face exclusif, élargi à toute la classe politique centrafricaine, pour entendre Ngoupandé gueuler haut et fort sur son isolement. Véritable coup de théâtre ! Donc, la rupture ne datait pas d’aujourd’hui? Plusieurs opinions ont condamné, tant s’en faut, l’attitude de Ngoupandé ‘’en le critiquant de lâche’’. Pourquoi le Président du PUN a attendu des jours entiers pour ‘’annoncer’’ sa démission? Une démission qui n’est pas encore totalement rendue public, du moins le Président Bozizé ne serait au courant de rien - et selon la Présidence, Ngoupandé demeure toujours Conseiller spécial du chef de l’Etat.

Ceci est d’autant plus surprenant que JPN ne veut pas parler de rupture mais plutôt des malentendus. Il semble cacher à l’opinion bien de choses, bien des vérités. Du coup, sa fameuse campagne qui a démarré sans vraiment démarrer (Ngoupandé ignore encore s’il sera candidat ou pas) n’en est pas une. Du coup, ce jeu de cache– cache ressemble à une ‘’traîtrise politique’’, et témoigne de l’immaturité de l’intelligentsia centrafricaine qui ne se prononce jamais au temps voulu. La Rédaction


Jean-Paul Ngoupandé :

«Je tiens d’abord les idées qui sont les miennes »

Le Parti de l’Unité Nationale a totalisé six ans de son existence depuis le 4 mai 2004. A cette occasion, le président du PUN a fait le point sur le parcours accompli par son parti et a tracé les perspectives pour les combats à venir.

Le GUN, cette expérience politique à la tête de laquelle se trouvait Ngoupandé, bien qu’elle n’ait pas duré six mois «a marqué la réflexion de nombreux centrafricains» et ce sont ceux-là qui ont décidé de s’organiser sur la base de certaine réalités visibles. M. Ngoupandé a, par ailleurs, fait comprendre à l’auditoire lors de sa dernière conférence de presse «que cette expérience n’était d’ailleurs pas la seule,  pendant que l’on s’organisait à partir de l’intérieur, d’autres compatriotes en France initiaient des mouvements pour tenter de faire prendre conscience aux centrafricains de la déroute des dirigeant de l’époque». C’est dans ce contexte qu’est né le Pun.

Depuis cette date; le Pun continue a être à la pointe du combat pour l’unité, la paix et la démocratie et a pris une détermination de lutter pour un meilleur avenir du pays. C’est également dans cette optique que le Parti de l’Unité Nationale a pris l’engagement de soutenir la rébellion de Bozizé.

Depuis le 15 mars 2003, le Pun n’a pas ménagé des efforts pour aider à la réussite de la transition consensuelle . Mais seulement, depuis un certain temps, poursuit-il. «Un constat amer se fait sentir». C’est que la transition consensuelle s’éloigne peu à peu des objectifs qui lui ont été assignés ; « Nous sommes particulièrement préoccupés par des dérives qui, si l’on n’y prend garde, pourraient replonger le pays dans les affres de la violence et de la division », s’est indigné le président du PUN.

A noter que le leader du Pun a ensuite fait allusion sur sa démission aux fonctions du conseiller spécial du chef de l’Etat. A cet effet, il a fait savoir que si sa démission annoncée lors du deuxième congrès ordinaire de son parti n’est pas encore officialisée, c’est parce que «nous ne voudrions pas apparaître comme ceux qui mettent fin au régime de transition et le Pun fait tout pour que le pays aille aux élections dans le calme». Il est donc nécessaire, selon lui, de jouer le jeu du consensus jusqu’au bout en évitant une démission conflictuelle.

 

A propos de l’impunité

 

«Je trouve anormal qu’on arrête Koyambounou et pas Wafio », plus fourbe. Dans la même logique, il trouve que « le sacrifice doit être partagé. Nous allons souffrir tous ensemble pour préparer l’avenir des générations futures ».

Interrogé sur les troubles du PK 12 dont on dit que c’est lui qui aurait tiré sur les ficelles, il s’est dit insensible «à la rumeur et à la bêtise».Ngoupandé a, par contre, révélé une anecdote selon laquelle en novembre dernier, il aurait suggéré au président Bozizé de ne plus se comporter comme un chef de rébellion mais de déposer plutôt le problème des libérateurs sur la table du gouvernement. «Maintenant, avec ses multiples interventions, il est pris en otage par ceux qui l’ont aidé à conquérir le pouvoir».

Apostrophé sur sa position par rapport à la suppression du poste de vice-président de la République, l’orateur qui était entouré du vice-président du Pun M. Gaston Makouzangba et de l’attaché de presse du parti, notre confrère Faustin Bambou a été formel : « Je n’ai pas voulu qu’on humilie cet acteur de la vie politique», parlant du Pr  Abel Goumba . Signalons que sa position est critiquée par plusieurs cadres du parti.

 

Les élections

 

Un confrère a relevé qu’en 1999, le PUN avait réalisé un mauvais score à la présidentielle. Cet homme politique a cité l'exemple du FPP qui, en 1981, avait obtenu 1% des suffrages exprimés mais qui, lors des consultations populaires de 1999, a fait un pas de géant, allant même au deuxième tour avec le candidat du MLPC. Sur la même lancée, le conférencier a déclaré que sur le terrain, la santé de son parti va mieux « mais il y a encore beaucoup à faire. Le Pun d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier ».

Questionné par Christophe BOIBOUVIER de RFI sur sa probable candidature à la présidentielle, l’essayiste et l’ancien premier ministre centrafricain est resté quelque peu évasif: «Chaque chose a son temps… je soutiens d’abord les idées qui sont les miennes». Quelle drôle de nuance!

Sylvain Nyéréré

 

Le Confident