AFP BANGUI, le 12 juillet 2004.

La Centrafrique s'attaque au fléau des mortalités maternelle et juvénile

 

BANGUI, 12 juil (AFP) - 12h24 - Le gouvernement centrafricain et les bailleurs de fonds ont décidé de s'attaquer au cours des dix ans à venir à la mortalité très élevée des femmes enceintes, des enfants et des nourrissons, principalement due à un manque d'infrastructures et de personnel médical.

Un plan en ce sens a été lancé dimanche à Bangui, à l'occasion de la Journée mondiale de la population, avec le concours de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) et du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

Objectif avoué: réduire de 75%, d'ici 2015, le taux de mortalité maternelle (décès de la mère imputable à la grossesse ou survenant au cours ou des suites de l'accouchement) et de 65% celui de la mortalité infanto-juvénile, en particulier les décès des nouveaux-nés.

"En RCA (République centrafricaine), la santé de la mère et de l'enfant de moins de 5 ans) demeure un problème", "et il est inacceptable d'assister à autant de décès causés par l'événement heureux en principe qu'est la naissance d'un enfant", souligne le gouvernement en préface de ce plan.

Car les chiffres, terribles, sont en constante progression ces dernières années. Selon les dernières statistiques officielles disponibles, le taux de mortalité maternelle est passé de 683 décès pour 100.000 naissances vivantes en 1988, à 948 décès en 1995.

Le taux de mortalité infantile est lui passé de 97 décès pour 1.000 naissance vivantes en 1994/95, à 103,6 en 2000.

Concrètement, plus d'un enfant sur dix né vivant en Centrafrique décède avant d'avoir atteint l'âge de 5 ans!

Presque 5% des nouveaux-nés décèdent dans le mois suivant leur naissance. Le taux de mortalité néo-natale (décès des nouveaux nés âgés de 0 à 28 jours) s'établit à 47,7 décès pour 1.000 naissances vivantes.

Ce chiffre ne représente que les décès enregistrés dans les cliniques, hôpitaux ou dispensaires, aucune statistique n'étant disponible pour les nombreux accouchements hors établissements...

Chaque jour en Centrafrique, 17 nouveaux-nés de moins de 28 jours et 4 femmes décèdent des suites de complications liées à la grossesse ou à l'accouchement, tel est le froid résumé des statistiques,.

Et pourtant, "les causes directes ainsi que les facteurs de la mortalité maternelle et néo-natale sont bien connus et scientifiquement documentés. De même que les solutions pour réduire cette mortalité maternelle et néo-natale existent, sont connues, bien documentées et applicables dans des pays comme la RCA", souligne le gouvernement centrafricain.

Parmi ces "causes et facteurs" figurent notamment le nombre insuffisant de structures sanitaires et de personnels qualifiés.

Le plan prévoit donc d'augmenter le nombre des services sanitaires de qualité et d'en faciliter l'accès aux femmes et aux enfants en zone rurale, ainsi que la mise en place d'une politique de santé maternelle, néo-natale et infantile.

On compte, en Centrafrique, une structure sanitaire pour 6.000 habitants, et un lit pour 1.095 habitants.

Une situation particulièrement catastrophique dans l'intérieur du pays. Seulement 17% des médecins et 10% des sages-femmes exercent ainsi hors de Bangui, alors que 60% de la population vit hors de la capitale.

Le déséquilibre en personnels est encore aggravé par les multiples crises politico-militaires qui ont secoué la Centrafrique ces dernières années.