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Faut-il, une fois encore, attendre que nos
provinces soient dévastées, que les roquettes tombent sur nos toits, que
nos femmes et nos filles soient violentées et nos biens pillés, comme
lors de la dernière crise militaire que nous venons de vivre pour,
ensuite, nous en remettre à la communauté internationale ?
Le 15 mars 2003, le régime du Président
PATASSE, mal réélu, qui avait tourné le dos au peuple, adopté
l'intransigeance au Dialogue et aux concessions politiques comme mode de
gouvernement, a été renversé par les armes.
Les centrafricains ont salué ce changement et
la communauté internationale en a pris acte, comme étant l'unique moyen
de sortir du blocage de la vie démocratique.
Le Général François BOZIZE qui a pris la
tête de cette Transition dite " consensuelle ", se donnait pour
mission de corriger les errements de son prédécesseur et d'organiser des
élections transparentes et crédibles, puis se retirer.
A quelques mois des échéances électorales,
ce chèque en blanc donné par le peuple centrafricain, dans l'ivresse de
la chute du Président PATASSE, au Général BOZIZE, se révèle n'avoir
été qu'un marché de dupes. Le masque du libérateur désintéressé
n'était que le cheval de Troie de la recherche du pouvoir pour le
pouvoir.
Son Projet de Constitution, son Code Électoral
promulgué à la sauvette, non seulement réhabilitent les errements de
PATASSE mais enterre le consensus réalisé au Dialogue National. La
Constitution institue un pouvoir autocratique, le Chef de l'État disposant
de la totalité des pouvoirs et l'Assemblée Nationale, reléguée au
rôle de chambre d'enregistrement.
Le Code
Électoral, parfait manuel de hold-up
électoral légal et planifié, enlève toute surprise au résultat des
prochains scrutins. Les Présidents des Centres de Dépouillement et les
scrutateurs sont nommés par Arrêté du Ministre de l'Intérieur 45 jours
avant les scrutins. Cette disposition, qui n'avait pas été examinée par
le Conseil National de Transition, a été rajoutée à la dernière
minute par le Gouvernement.
De même, latitude est donnée aux Présidents
des Centres de Dépouillement, de différer au lendemain le décompte des
votes et à placer les urnes en " lieu sûr ", c'est-à-dire au
domicile des Sous-Préfets.
Plus grave, les candidats sont sélectionnés,
non pas par la compétence mais par l'argent, consacrant le retour au
parti unique. Il faut 250.000 F. CFA de caution par candidat à la
députation et 10 millions F. CFA à la présidentielle.
Au total, il faudra débourser 40 millions F.
CFA de caution en 2005, contre 15 millions F. CFA en 1998/1999 pour
participer à la totalité des scrutins.
Si 40 millions F.CFA de caution ne garantissent
pas une victoire électorale, investis dans une rébellion armée, ils
peuvent se révéler financièrement rentables et déstabiliser
durablement un pays.
Le candidat BOZIZE, qui cultive la paranoïa
sécuritaire en accusant ses adversaires de préparer des coups d'État et
rébellions armées, ne peut oublier qu'il doit sa fonction actuelle à
l'intransigeance au Dialogue et aux concessions politiques de son
prédécesseur.
Malheureusement, la communauté internationale,
la CEMAC et l'Union Européenne, qui avaient reconnu le régime de Bangui,
restent muettes devant cette dérive, dit-on, " faute de meilleur
candidat ".
Pourtant, en 18 mois au pouvoir et en l'absence
de toute opposition, le Général BOZIZE a montré les limites de sa
capacité à gérer l'État et s'est révélé incapable de se démarquer
des pratiques autoritaires, claniques et familiales du régime de PATASSE
qu'il a renversé par les armes.
Les mêmes maux, qui ont provoqué l'immense
misère populaire sous l'ancien régime sont revenus avec plus d'acuité :
- achat massif d'armes de
guerre et formation d'une armée familiale parallèle, des escadrons de la
mort, pour imposer le hold-up électoral en préparation, alors que les
centrafricains subissent famine, pauvreté, misère et meurent, faute de
soins ;
- gestion scabreuse des
Finances Publiques, avec la dilapidation des recettes de l'État dans des
activités électorales du candidat BOZIZE et la pression de certaines
officines sur les Finances Publiques et prédation des ressources
naturelles ;
- multiples, coûteux et
infructueux voyages du Président BOZIZE à l'étranger qui assèchent le
Trésor Public et certains qui jettent le discrédit sur notre pays, comme
le déplacement de Düsseldorf en Allemagne ;
- atteintes massives aux Droits
de l'Homme et impunité pour leurs auteurs, écoutes téléphoniques et
surveillances systématiques des adversaires politiques ;
- volonté de muselage de la
presse privée indépendante, de mise au pas des avocats, et mépris
ostentatoire envers le Conseil National de Transition ;
- monopolisation des médias d'État
par le couple présidentiel pour discréditer leurs adversaires politiques
dans les églises et en province, en les présentant comme les futurs amis
des banyamulengués.
Le FODEM rappelle que les banyamulengués ont
combattu aux côtés du Chef d'État Major, le Général François BOZIZE,
dans la sanglante répression de l'acte salutaire du 28 mai 2001 qui
aurait pu mettre hors d'état de nuire le pouvoir anti-démocratique du
Président PATASSE et sont revenus à Bangui le 25 octobre 2002, violer
nos femmes et nos filles, piller nos biens, à la faveur de l'attaque par
sa rébellion.
Devant la gravité du danger qui guette notre
pays, le FODEM appelle à la mobilisation de toutes les Forces Vives de la
Nation pour exiger l'ouverture du Dialogue, en vue de procéder à la
modification du Projet de Constitution, avant le Référendum, et du Code Électoral,
pour rétablir le consensus.
Face à l'absence de transparence et de
crédibilité des prochaines élections, le FODEM demande solennellement
à la Communauté Internationale, notamment à la C.E.M.A.C. et à l'Union
Européenne, qui finance le processus électoral, de reconsidérer sa
position face aux manœuvres du candidat François BOZIZE, qui portent en
elles les germes d'une instabilité politique grave en Afrique Centrale.
Bangui, le 02 septembre 2004
Charles MASSI
Conseiller National
Président du FODEM
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