On fait le lit, on s’y couche
La salle de conférences du ministère des Affaires étrangères de
Centrafrique est pleine des militants du MLPC (Mouvement de libération du
peuple centrafricain). Dehors, les tam-tams les banderoles et les fanions
sont au vent.
Le MLPC tient son congrès. Un seul point est inscrit à l’ordre du jour
: l’investiture du candidat qui portera les couloirs de ce parti à la
prochaine à l’élection présidentielle de janvier 2005 en RCA. Malgré
l’apparente sérénité qu’affichent nombres du bureau politique de ce
parti, l’absence des tenors est une préoccupation majeure : Ange-Félix
Patassé, le président déchu est exilé au Togo. Un procès contre lui
est pendant. Jean-Jacques Démafouth, ancien ministre de la Défense qui
s’est proclamé candidat est exilé en France. Ses sympathisants dans la
salle, chuchotent que son arrivée à Bangui est annoncé au 15 novembre
prochain. Jean Edouard Koyambounou ancien ministre des Postes et des télécommunications,
2e vice-pr ésident du MLPC est emprisonné à Ngaraba. Marcel Landégué,
membre influent de ce parti piaffe d’impatience pour annoncer sa
candidature à l’investiture.
Luc-Apollinaire Dondon Konamadaye , premier vice-Président qui dirige
les travaux est serein. Il calme les passions : " Notre parti a un président;
il est vivant (Ange-Félix Potassé Ndlr). Il est le candidat naturel à
la prochaine élection présidentielle. Applaudissements. Mais ce dernier,
tout comme Jean-Jacques Démafouth, est l’objet d’une plainte à
Bangui. Son éventuel débarquement à Bangui. Mpoko l’exposerait aux
poursuites judicaires tout comme il embarrasserait les nouvelles autorités
centrafricaines.
La singularité de la prochaine présidentielle centrafricaine est que,
des six candidats annoncés, quatre résident hors du pays ; il s’agit
de: Ange-Félix Potassé, André Kolingta, Jean-Paul Ngoumandé et
Jean-Jacques Démafouth. Seuls le professeur Abel Goumba et André Joseph
Bedounga sont à Bangui. François Bozizé ne s’est pas prononcé à ce
jour. Cependant, des manifestations populaires se multiplient dans
plusieurs villes l’invitant à annoncer sa candidature. Son indé cision,
ou plutôt son mutisme agace certains de ses stratèges en communication
qui pensent que, plus le mutisme perdure, moins leurs plans de campagne
seraient efficaces. Si à Bangui beaucoup se demandent encore si Bozizé
sera ou non candidat, d’autres ne laissent aucune place à
l’incertitude.
C’est le cas de Joseph Kiticki-Kouamba. Ce grand personnage à la
stature imposante, au pas lent et à la voix lourde est l’un des
confidents de Français, Bozizé en qui il avoue une amitié totale. Ils
ont partagé ensemble des moments exaltants et connu parfois les mêmes
angoisses. Au dernier remaniement ministériel de septembre, le président
Bozizé a fait revenir de France son ami de tout temps pour en faire
ministre de la Communication, de la réconciliation nationale, de la
culture démocratique et civique Joseph Kiticki- Kouamba a un carnet
d’adresses bien fourni en Europe en général et en France en
particulier. Il utilise à bon escient son répertoire pour effectuer des
missions stratégiques au profit de Bangui. Lorsqu’on amène Joseph
Kiticki-Kouamba à parler de la probable candidature de François Bozizé
à la présidence de la République, en guise de réponse, le ministre de
la Communication utilise une métaphore simple : " Ne nous demandez
pas de faire le lit pour que d’autr es viennent s’y coucher ! ".
On ne peut être plus clair.
Source : quotidienmutations.net