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AFP Berbérati, 27 octobre 2004 Le calvaire des passagers du Berbérati-Bangui |
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BERBERATI (Centrafrique), 27 oct (AFP) -
10h01 - Berbérati, 06h00 du
matin. Une vingtaine de personnes se pressent sur les banquettes du taxi-bus
"Alliance". Destination Bangui, 700 kilomètres plus à l'est. Le
jour se lève, le véhicule démarre. Le long calvaire policier des passagers
vient de commencer.
La première station s'annonce quelques minutes seulement après le départ. Comme à l'entrée et à la sortie de chaque ville ou de chaque province, le taxi-bus s'arrête à une barrière. Dès lors, le scénario est immuable. "A koli a descend" (les hommes descendent), lance le chauffeur. Les neuf voyageurs mâles s'exécutent. L'apprenti les suit et disparaît sous une case. C'est là qu'il remet 500 ou 1.000 francs CFA (0,76 ou 1,5 euros) aux agents des forces de l'ordre, tapis sous les cases rondes en toit de chaume qui encerclent la barrière. L'auxiliaire, généralement un jeune homme recruté localement par les forces de l'ordre pour leur prêter main forte, entre en scène. Il collecte les pièces d'identité des hommes descendus du bus et les remet au chef. Un des passagers s'emporte. "C'est quoi tout ça ?", demande-t-il, "juste pour aller boire, manger, et insulter ou frapper les gens le soir sans raison!" Le gradé examine consciencieusement les cartes et reçoit un à un leurs propriétaires. Ses paroles sont codées. "Bi yé na sembé" (jette quelques jetons dans l'assiette) ou encore "Dé a sara mbi mingui, mou yé ni gué", (j'ai froid, donne vite). Scène mille fois répétée du racket ordinaire... Les "Bènguè" (musulmans) ou "kota Bongo" (grand boubou) sont les cibles favorites des policiers. Commerçants ou éleveurs tchadiens ou Africains de l'Ouest, ils ne peuvent pas passer une barrière sans être inquiétés. A Carnot, à 90 km au nord de Berbérati, un des "Bènguè" du taxi-bus tombe entre les mains d'un gendarme. Il résiste, vide discrètement ses poches (plus de 500.000 FCFA) dans celles d'un proche et va s'asseoir au pied du bus. Une heure plus tard, il rattrape, souriant, le véhicule entre Carnot et Baoro. Lui est passé entre les mailles du filet. Plus de vingt barrages coupent ainsi la route qui relie Berbérati à Bouali, à moins d'une cinquantaine de kilomètres de Bangui. Et à chaque fois, les mêmes tracasseries policières s'y répètent. Les passagers sont excédés. A Bouali, il est 23h40 lorsque les hommes descendent pour la énième fois de l'"Alliance". Franco, un mécanicien métis, craque: "tu sais lire ou non ? C'est écrit que je suis domicilié à Nola et que je suis mécanicien. Que je travaille ou non, en quoi cela te regarde-t-il ?". "Arrêtez, taisez-vous et suivez-moi", lui répond un auxiliaire. Franco refuse et s'en va. L'auxiliaire renonce. Dans le bus, le préposé aux "enveloppes" lui aussi est fatigué. Ce qu'il vient de lui marmonner à la barbe ne plaît pas au soldat qui l'interroge. "Le président Bozizé respecte les auxiliaires quand il passe ici, pourquoi pas toi ?", le tance le chef du poste. "Si tu continues, tu vas saigner du nez et je te tue ensuite. D'ailleurs, le véhicule ne bouge plus d'ici jusqu'au petit matin". Un silence de mort règne. "Je n'ai jamais eu de problème avec qui que ce soit", se défend l'apprenti. "Pourquoi j'en aurais avec vous qui avez une folle envie de tuer?". Le chef de poste intervient. "Vous nous taxez d'être des tueurs mais nous ne sommes pas tous les mêmes", plaide-t-il. Une pause. "Reprenez vos papiers et le billet de 1.000 FCFA et partez!" Il est plus de minuit. L'"Alliance" achève enfin son périple. Selon de multiples témoignages, le racket imposé à ses passagers par les forces de l'ordre est quotidien en Centrafrique.
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