AFP, Bangui, 10 novembre 2004

L'armée accusée d'exécutions dans la lutte contre les "coupeurs de routes"

Confrontée à la multiplication des actes de banditisme dans plusieurs provinces du pays, l'armée centrafricaine a fréquemment recours aux exécutions sommaires pour se débarrasser des "coupeurs de route", indiquent de multiples témoignages recueillis par l'AFP.

Pendant la période d'août à octobre, des unités de l'armée ont déclenché dans plusieurs provinces du nord-ouest du pays une grande offensive contre ces "zaraguinas" et autres braqueurs, qui s'est soldée par la capture et la mort de plus d'une vingtaine d'entre eux, selon ces mêmes témoignages.

Sollicité par l'AFP, le chef d'état-major des forces armées (Faca) a démenti ces accusations. "L'état-major n'a pas été informé de cas d'exécutions sommaires auxquelles l'armée procéderait (...), et moins encore de coupeurs de route qu'elle aurait capturés", a assuré le général Antoine Gambi.

Depuis plusieurs mois, l'activité des "coupeurs de route" et des braqueurs s'est singulièrement intensifiée dans les provinces du nord-ouest de la Centrafrique, faisant régner la terreur parmi les populations locales, selon des sources concordantes.

Se déplaçant à dos de chameaux ou de chevaux, ces bandits de grand chemin, pour la plupart des anciens de la rébellion dirigée jusqu'en 2003 par le général François Bozizé, plus rarement des membres de tribus rivales, prennent possession des villages, où ils pillent ensuite tout ce qui leur passe sous la main, argent, animaux domestiques ou biens de valeur.

Souvent, ils prennent en otages les enfants des éleveurs en réclamant des rançons qui peuvent atteindre jusqu'à 3 millions de francs CFA (environ 4000 euros). Depuis le début de l'année, plus d'une cinquantaine d'enfants d'éleveurs peul, appelés ici "M'bororos", ont ainsi été kidnappés autour des localités de Carnot, Baoro, Berbérati, Yaloké, Bossembélé ou encore Bossangoa.

Face à la recrudescence de ces attaques, d'importants effectifs de police, de gendarmerie ou des Faca, épaulés par des archers peul, ont été mobilisés pour traquer les pilleurs. Avec, semble-t-il, un certain succès.

Au moins 60 enfants pris en otages ont ainsi été libérés par les archers et les Faca dans ces provinces, assure-t-on à la gendarmerie de Carnot.

Témoins de cette guerre sans merci, les habitants des ces régions affirment que les forces de l'ordre ne reculent devant aucun moyen pour éliminer ceux de leurs adversaires qui tombent entre leurs mains.

"Certains sont soumis à une mort lente et atroce. Ils sont placés dans leur propre tombe qu'ils ont creusée et abattus de plusieurs balles dans le corps", ont affirmé des témoins à l'AFP. "D'autres ont été décapités ou battus jusqu'à ce que mort s'ensuive. D'autres encore ont été tués et leurs corps affreusement mutilés montrés au public".

Des accusations que réfute catégoriquement le général Gambi. "Lors des accrochages, c'est possible qu'il y ait des échanges de tirs pouvant faire des victimes, mais il ne saurait être question d'exécutions sommaires", a assuré le patron de l'armée centrafricaine.

Les organisations de défense des droits de l'Homme assurent, elles, ne pas être surprises par ces témoignages faisant état d'une pratique qu'elles dénonçent depuis de nombreuses années déjà.

"Nous avons depuis toujours dénoncé (ces) exécutions sommaires des malfrats (utilisées) sous le prétexte qu'il s'agit de la solution appropriée aux braquages, aux actes des coupeurs de route", assure le vice-président de la Ligue centrafricaine des droits de l'Homme N'ganatouwa Goungaye-Wanfiyo.

"Nous demandons donc aux autorités d'employer les moyens légaux pour combattre ces phénomènes, dans le respect des droits de l'Homme".

© Copyright AFP

POUR ALLER PLUS LOIN :  

CAP - PANA Bangui, Centrafrique, 25/09 - la Rédaction | 25.09.2004
Les bavures de l`armée centrafricaine à la une à Bangui (Pana)
Bangui, Centrafrique, 25/09 – (Pana) Les bavures de l`armée centrafricaine ont été à la une de la presse cette semaine, avec la mesure de radiation prise par le général François Bozizé à l`encontre d`un officier de la sécurité présidentielle.

FODEM BANGUI
COMMUNIQUE DU 20 SEPTEMBRE 2004
Relatif au rappel à l’ordre du Président BOZIZE aux Forces de Défense et de Sécurité
FODEM DOSSIER, Année 2004 - INSECURITE
L'insécurité en Centrafrique par Qui, pour Quoi ?