FODEM, le 21 nov 2004.
AIDE-MÉMOIRE DE LA MISSION DU FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL
24 - 31 OCTOBRE 2004
BANGUI

FMI/BANQUE MONDIALE/GOUVERNEMENT CENTRAFRICAIN : TOUT EST A REPRENDRE !

AIDE-MÉMOIRE DE LA MISSION DU FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL

 

24 - 31 OCTOBRE 2004

 

BANGUI

1 . Dans le cadre du programme d'assistance post-conflit approuvé le 23 juillet 2004, par le conseil d'administration du Fonds Monétaire International (FMI), une mission du FMI a séjourné à Bangui pendant une semaine pour analyser l'évolution récente de l'économie, évaluer la mise en œuvre du programme et discuter le budget 2005. La mission s'est félicitée de la bonne coopération et préparation des autorités, ce qui a permis d'avoir des discussions très fructueuses.

A. Évolution récente de l'économie

2. La République centrafricaine (RCA) entre dans une période électorale, et la mission profite de cette occasion pour saluer les progrès réalisés jusqu'à ce jour dans ce processus. La mission souhaite le bon déroulement des élections, ce qui devrait favoriser la bonne gouvernance, la stabilité et ainsi créer un climat propice au retour de la croissance économique.

3. La mission note que suite à la fin du conflit en mars 2003, il y a eu une amélioration progressive de la situation sécuritaire dans le pays, bien que certaines zones rurales restent perturbées par le banditisme. Le renforcement de la sécurité est une condition fondamentale pour la relance économique de la RCA. Toutefois, il est à noter que jusqu'à présent l'économie reste quasi-stagnante. Si la production des produits vivriers a apparemment augmenté, d'autres secteurs ont connu un déclin, notamment le secteur bois. Dans le contexte d'une amélioration des conditions de transport, les prix des produits alimentaires ainsi que l'indice des prix à la consommation ont baissé.

4. Depuis le début de l'année 2004, les autorités ont adopté une série de mesures visant à renforcer les finances publiques. Malheureusement, la situation s'est dégradée depuis le premier trimestre de l'année, particulièrement en ce qui concerne les recettes. Ainsi, les problèmes de maîtrise des dépenses et de comptabilité publique restent un souci majeur. Certains facteurs hors du contrôle des autorités ont joué un rôle dans la mauvaise performance des finances publiques-les cours mondiaux du pétrole, la situation de l'économie, et la faiblesse des institutions-néanmoins il apparaît que le problème de la corruption reste grave t s'est même aggravé. En outre, un thème récurrent est la non-mise en application des mesures prises par les autorités pour équilibrer la situation. Dans ces conditions, les objectifs du programme à fin septembre-c'est à dire la position nette du gouvernement, la non-accumulation d'arriérés, et la balance primaire-n'ont pas été atteints. En l'absence d'efforts soutenus pour redresser ces faiblesses et de résultats significatifs, les objectifs du programme pour fin décembre ne pourront pas être atteints, ce qui remettra en cause les perspectives d'un nouveau programme financé par le FMI en 2005.

B. Observations et recommandations de la mission

5. Tenant compte de la situation actuelle, et du souhait des autorités d'éviter le dérapage du programme, la mission encourage vivement les autorités à faire face à ces difficultés en prenant les mesures correctives nécessaires. Les efforts du gouvernement devront cibler entre autres l'augmentation conséquente des recettes de l'Etat, la maîtrise du circuit de la dépense, l'élaboration d'un budget 2005 contenant des objectifs réalisables, la bonne gouvernance et l'assainissement du secteur financier.

Douanes

6. Le niveau des recettes provenant du cordon douanier continue à se dégrader et ce, malgré la mise en place de plusieurs mesures recommandées par les mission d'assistance technique. On note ainsi les difficultés considérables qu' éprouve la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) à améliorer et à sécuriser les recettes douanières.

Concernant la mesure sur les marchandises d'origine CEMAC qui bénéficient de l'exemption des droits de douanes, la mission remarque que cette mesure n'est pas strictement appliquée, ce qui engendre des pertes importantes des droits de douanes. La mission souhaite que les autorités centrafricaines, se basant sur les recommandations de l'expert en douanes de la coopération française et s'appuyant sur la formation que les agents ont reçue, mettent l'accent sur la sur la mise en œuvre effective de cette mesure.

7. La mission note aussi que la mesure introduisant une"garantie financière auprès de la recette de destination n'est pas appliquée du fait des difficultés auxquelles font face les importateurs pour réunir la somme nécessaire. L'équipe du Fonds recommande aux autorités d'établir un nouveau montant pour cette garantie qui répondrait mieux aux contraintes des opérateurs économiques, et de mettre en place cette mesure au plus vite.

8. Concernant les recettes liées à l'exportation du bois, le gouvernement est conscient, des difficultés qu'il éprouve à vérifier et sécuriser ces recettes. Aussi, les autorités devraient considérer élargir les responsabilités de la société de vérification et de Sécurisation et de vérification des recettes d'exportation de bois. Parmi ces responsabilités, on devrait inclure la vérification physique des volumes exportés par les sociétés ainsi que la mise en place d'un système de traçabilité du bois exporté, ce qui devrait permettre de prouver l'origine légale des grumes, et le suivi du recouvrement des droits et taxes de sortie.

9. Compte tenu de la structure des prix des produits pétroliers, et de l'absence de variation dans les prix à la pompe, la hausse des cours mondiaux a réduit les recettes de l'Étal Malgré qu'un recul des prix mondiaux est attendu en 2005-ce qui réduirait l'impact sur la fiscalité pétrolière, la tendance sur le moyen terme reste néanmoins au dessus du niveau qui prévalait avant la flambée des prix. Par conséquent et pour sauvegarder les recettes, la mission recommande aux autorités d'envisager une prochaine augmentation des prix à la pompe qui, la mission note, n'ont pas changé depuis plusieurs années.

Impôts

10. La mission remarque qu'il y a encore des efforts à faire au niveau de la DFGE. En particulier, il est nécessaire de transmettre à la DFGE tous les dossiers des grandes entreprises en vues de la constitution d'un dossier unique par contribuable, gage de l'amélioration du contrôle sur pièces. Ainsi, la DGID devrait garantir le recouvrement en mettant en œuvre les procédures de recouvrement forcé à l'endroit des gros reliquataires, y compris les entreprises publiques.

11. En ce qui concerne le contrôle fiscal, la mission recommande d'affecter à la DFGE des vérificateurs choisis parmi le meilleurs cadres de la DGID et de leur fixer des objectifs quantitatifs. Ainsi à f'in décembre, chaque vérificateur devrait avoir achevé quatre vérifications générales de comptabilité. De cette manière, la DGID devrait finaliser tous les dossiers en cours de vérification et mettre tous les droits compromis en recouvrement. Les contrôles ponctuels devraient être renforcés, et d'ici fin décembre, chaque :vérificateur devra avoir achevé dix contrôles ponctuels. Au niveau de l'impôt libératoire, en dépit de quelques efforts, les abus restent importants, aussi les autorités sont encouragées à redoubler leurs efforts dans ce domaine

12. Quant à l'identification des contribuable (NIF), la mission note avec inquiétude qu' un problème informatique empêche sa mise en .application. La mission suggère aux autorités d'intégrer dans l'immédiat le logiciel de gestion du NIF dans le système informatique de la DGID.

Dépenses et gestion du trésor

13. Du fait du très faible niveau des recettes, enregistrées lors du troisième trimestre de l'année, le gouvernement a été contraint à fortement restreindre son programme. La mission note qu'avec une fermeté sur les dépenses d'ici à la fin de l'année 2004, l'objectif du programme sur la position nette du gouvernement (PNG) pourrait être atteint. Dans ce contexte, l'équipe du Fonds conseille vivement aux autorités de minimiser les dépenses non salariales sur l'exercice 2004. Ainsi, l'équipe encourage les autorités à éliminer les dettes croisées vis-à-vis des entreprises publiques pour l'année en cours. On note les efforts fournis par les autorités afin d'améliorer la gestion de la trésorerie, notamment la fermeture de la plupart des comptes du gouvernement auprès des banques commerciales. Néanmoins, certains comptes ont été maintenus par erreur. La mission prend note de la volonté des autorités de rectifier cette situation. En ce qui concerne la fonction publique, la mission constate l'augmentation des effectifs en 2004. L'État n'ayant déjà pas les moyens de prendre en charge les fonctionnaires existants, le gouvernement est encouragé à limiter les recrutements au simple remplacement des départs.

14. La mission reconnaît l'importance que les autorités attachent au prêt qui leur a été accordé par la BEAC pour faire face aux obligations salariales .compte tenu du manque de ressources intérieures. Cependant, l'utilisation de l'ensemble de ce financement pour les dépenses coUrantes plutôt que pour baisser les obligations du gouvernement vis-à-vis des banques commerciales, représente une opportunité manquée d'améliorer la gestion de la trésorerie en réduisant les taux marginaux appliqués aux créances de l'Etat. En outre, un prêt à un taux d'intérêt de dix pour cent remboursable sur trois ans pèse lourdement sur les finances publiques et court un risque élevé de se transformer en arriérés après la période de grâce. Finalement, l'utilisation de ces ressources au profit des dépenSes, plutôt que pour améliorer PNG, risque d'engendrer un surpassement' important des" plafonds contenus dans le programmé pour la PNG et le solde budgétaire, ce qui mettrait gravement en cause la réussite du programme. La mission encourage donc les autorités à ne pas tirer sur la balance restante du prêt, ou de l'utiliser ainsi que tout autre appui budgétaire (y compris ceux de l'Union Européenne) pour réduire ses dettes vis-à-vis des banques commerciales.

15. La mise en place de la Commission chargée du recensement des arriérés intérieurs de :l'État est une étape importante dans la résolution du problème des arriérés intérieurs. La ',mission souhaite que son travail soit fait rapidement et puisse mener à une vérification satisfaisante des arriérés.

Loi de Finances 2005

16. Le très faible niveau des recettes en 2004 n'offre pas aux autorités une grande marge de manoeuvre comme point de départ pour l'élaboration du budget 2005. Dans ce contexte, la mission souhaite vivement que le budget 2005 reflète un niveau de ressources intérieures réalistes, et pat conséquent une enveloppe restreinte des dépenses. Les dépenses pourront être éventuellement révisées à la hausse selon la disponibilité de ressources extérieures. Dans ce, contexte, la mission préconise pour le budget 2005 un objectif des recettes de [8,2] pour cent du PIB et un solde budgétaire de [-3,8] pour cent du PIB. Compte tenu de la part importante de la masse salariale dans les dépenses, il est essentiel d'éviter toute augmentation de la masse salariale en 2005 par rapport à 2004. Il est attendu que les comptes d'affection spéciale : soient finalement supprimés dans la Loi de finances 2005.

Gouvernance

17. L'amélioration de la gouvernance économique et la lutte contre la corruption représentent un défi majeur pour la RCA. Malheureusement, le nouvel organigramme du Ministère de la Justice comprenant un Pôle financier et une Agence judiciaire de l'Etat - un indicateur structurel du programme - n'a pas été mis en place. Vu le problème grave de la corruption, la mission recommande aux autorités de mettre en place cette mesure dès que possible.

18. La pratique récente d'accorder sans grande transparence des autorisations .exceptionnelles pour l'importation des produits pétroliers représente déjà un important manque à gagner pour l'État. En outre, si cette pratique est étendue, l'État pourrait subir des pertes fiscales énormes. La mission encourage donc les autorités à supprimer tou1es ces autorisations, ou du moins à s'assurer que tous les importateurs soient soumis à la même structure de prix et s'acquittent totalement des droits et taxes requis.

19. La mission souhaite rappeler l'importance de la fonction de l'audit interne et des contrôles au Ministère des finances. Dans ce sens, la suspension de l'Inspection générale des finances (IGF) sans la mise en place d'une structure alternative pour la remplacer, est regrettable. La mission accueille favorablement la fin de cette suspension mais regrette toutefois le fait que l'IGF n'ait plus aucun effectif et par conséquent ne puisse plus remp1ir ses fonctions. La mission encourage donc la reconstitution des effectifs de l'IGF"plus rapidement possible.

20. La mission note le progrès achevé sur la FURCA, tout en remarquant que ce travail , dure depuis plusieurs années et elle espère qu'il sera achevé dans le court terme.

21. La transparence des opérations de l'administration est un élément-dé dans l'amélioration de la bonne gouvernance. La mission appelle les autorités à recommencer la publication des données sur les finances publiques, et à s'assurer que toutes les requêtes et attributions de permis dans les secteur forestiers et miniers soient publiées.

 

Secteur financier

22. Reflétant la longue série de difficultés qu'a connues l'économie centrafricaine, et les besoins de I:État en ressources, le secteur bancaire demeure toujours faIble. La mission encourage le gouvernement à fournir des efforts afin de réduire ses créances auprès des banques, ce qui devrait libérer des ressources pour l;économie. Ainsi les autorités monétaires sont encouragées à gérer les refinancements de manière à renforcer la viabilité des banques commerciales.

C. Conclusion

23. La mission est consciente de la position très difficile dans laquelle la RCA se trouve ainsi que des efforts déjà entrepris par le gouvernement Toutefois, la mise en œuvre satisfaisante de l'actuel programme post-conflit servira comme point de départ pour un nouveau programme avec le FMI en 2005. Les résultats décevants du programme à fin septembre, s'ils ne sont pas corrigés de manière significative, mettent en cause l'appui ,financier du PMI pour au moins la majeure partie de l'année prochaine. Néanmoins, des actions concrètes et fermes de la part des autorités au courant du dernier trimestre visant à faire face aux faiblesses observées jusqu' à présent et à se rapprocher des objectifs du programme, pourront assurer un démarrage plus rapide des négociations en vue d'un nouveau programme. Ces négociations pourrait se dérouler immédiatement après les élections. La mission reconnaît que les besoins de la RCA restent importants, et se joint aux autorités centrafricaines pour solliciter L'intensification de l'aide et de l'appui de la Communauté internationale.

24. La mission voudrait remercier les autorités pour leur accueil chaleureux et leur excellente coopération tout en leur souhaitant un bon déroulement du processus électoral.

Recommandations principales de la mission

1. Au 31 décembre, chaque vérificateur devra avoir achevé quatre vérifications générales de comptabilité.

2. Les contrôles ponctuels devraient être renforcés, et d'ici fin décembre, chaque vérificateur devrait avoir achevé dix contrôles ponctuels.

3. Etablir un nouveau montant pour la garantie financière auprès de la recette de destination qui répondrait mieux aux contraintes des opérateurs économiques.

4. Intégrer le logiciel de gestion NIF au système d'informatisation de la DGID.

5. Elaborer un budget 2005 sur la base d'un niveau des recettes [8,2] pour cent du PIB et un solde budgétaire de [-3,8] pour cent du PIB.

6. Mettre en place le nouvel organigramme du Ministère de la justice comprenant un Pôle financier et une Agence judiciaire de l'État.

7. Supprimer toutes les autorisations exceptionnelles pour l'importation des produits pétroliers, ou du moins s'assurer que tous les importateurs soient soumis à la même structure de prix, et s'acquittent pleinement de tous les droits et taxes requises.

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AFRIQUE CENTRALE.INFO - 6/11/2004 - suite de l'article


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FODEM - Bangui, 27 octobre 2004
CLIMAT DE FIN DE RÈGNE SUR FOND DE SCANDALES FINANCIERS