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centrafrique :
inhumation ou renaissance des
Aefiens ?
(29
mars 1959/29mars
2005)
Par :
Dr. Félix
YANDIA
Les
inquiétudes de la communauté internationale comme celles
des Centrafricains de tout bord concernant l’avenir immédiat
de leur pays sont justifiées. La voix du peuple, c’est la
voix de Dieu, dit-on. Une véritable malédiction pèse sur
certains hommes politiques : le tison ardent de
BOGANDA. Ce fut le 29 mars 1959 que disparaissait de
manière tragique Barthélemy BOGANDA, le père fondateur de
la République Centrafricaine et Patron de l’Afrique
Equatoriale Française (Gabon, Congo Brazzaville, Tchad et
la R.C.A). Quarante-six ans après, c’est à la veille du
46ème anniversaire
de cette disparition que doit se tenir le second tour des élections
présidentielles et législatives dans ce qui reste de sa République
Centrafricaine. Ce jour-là les différentes autorités du
pays vont, au rythme de la sonnerie aux morts, se recueillir
et déposer des gerbes de fleurs sur sa tombe et sur les
différents monuments aux morts de nos sous-préfectures.
C’est donc «De nos ancêtres, (que) la voix nous
appelle», lors de ce rendez-vous historique. Evidemment,
ceux qui n’écoutent que leur ventre n’y verront
qu’une simple coïncidence. Mais c’est toute la sous région
impliquée dans la vie politique centrafricaine qui est
menacée par ce tison ardent. Les responsables politiques de
même que les intellectuels véreux convergeant vers Doumbélane,
bien que la nourriture y devienne de plus en plus rare,
devront faire leur examen de conscience avant cette date
fatidique et cesser d’être les complices de cette tragédie
annoncée. Pour rafraîchir la mémoire et aider ainsi les
uns et les autres à repenser positivement dans l’intérêt
général, nous rappelons ici le film des principaux évènements
qui ont déterminé ce présent.
En
effet, la constitution présentée par B. BOGANDA et adoptée
par l'Assemblée Territoriale le 16 Février 1959 faisait déjà
de ce pays un Etat aux assises démocratiques. Ainsi, outre
le MESAN parti majoritaire du président fondateur B.
BOGANDA, on trouvait, entre autres, les partis
d’opposition comme le Mouvement pour l’Evolution de l’Afrique
Centrale (MEDAC) d’Abel NGUEDE GOUMBA actuel Vice Président
de la République et le Rassemblement Démocratique Africain
(R.D.A) dirigé par Darlan. Aussi, avant l’indépendance,
la première manifestation contre les lois de restriction
des libertés a eu lieu à Bangui le 17 novembre 1960, ce
qui démontre déjà l’attachement des Centrafricains à
un mode de vie véritablement démocratique. Les conditions
d’une alternance démocratique étaient donc réunies.
Pourtant,
le pouvoir va progressivement basculer vers les dérives
totalitaires. C’est ainsi que, le 23 décembre 1960, Abel
GOUMBA et plusieurs de ses partisans sont «matés» puis
arrêtés et le MEDAC dissout. Le MESAN devient un parti
unique. Son candidat David DACKO, seul candidat, est élu en
1964 à 99,99% des voix.
A
la Saint Sylvestre 1966, le colonel BOKASSA prend le pouvoir
et le 4 janvier,
la constitution démocratique conçue par le Président
fondateur, Barthélemy BOGANDA, est abrogée pour faire
place à la dictature. Mais au cours de ce règne de 14 ans,
on ne compte pas moins de quatre tentatives de coup d’état
et un coup de d’état effectif. Entre autres, on peut
citer la tentative de coup d’état du colonel Alexandre
BANZA (1969), celle d’Auguste MBONGO qui fut arrêté en
1973, puis le coup d’état du Général LIGOUPOU en 1974
et aussi la tentative de coup d’état de 1976.
Enfin,
le coup d’état de 1979, baptisé opération Barracuda,
qui installa DACKO au pouvoir. Ce dernier rétablit tout de
même une véritable vie démocratique, avant de remettre le
pouvoir en 1981 à un militaire, le Général KOLINGBA qui
forma un Comité Militaire de Redressement National (CMRN).
En
1987, avec l’aide des intellectuels, est instauré un
parti unique, philosophiquement qualifié de «multi
tendanciel», du même genre que le MESAN REVO de papa Bok,
par ses géniteurs et théoriciens, alors que le vent de la
démocratie tourbillonnait déjà sur le continent. C’est
aussi le début de l’administration tribalisée où tous
les directeurs généraux appartiennent à un même groupe
ethnique représentant moins de 1% de la population
nationale (dixit Kolingba), et que, même sans
soucis, les pêcheurs sont appelés dans la diplomatie, les
instituteurs nommés au grade de maître de conférence avec
rang de bibliothécaire à l’université de Bangui, que
des illettrés sont bombardés sous-préfets dans les régions
où existent les maigres recettes de l’Etat et surtout des
boeufs. Le salut du peuple centrafricain est venu du Palais
de Chaillot. Aujourd’hui encore, même dans un
gouvernement dit de consensus, cette pratique est encore
pire que durant les périodes précédentes. Après sa légitimation,
quelle sera la place réservée aux affamés acolytes contre
leur dignité perdue ?
En
1994, on assiste au retour d’une véritable vie démocratique
pluraliste grâce à la volonté du peuple aidé par
l’environnement international. La victoire est fêtée
tous les soirs par les nouveaux élus dans un éthylisme
incongru. Les mêmes méthodes de gouvernement refont vite
surface avec cette fois les conséquences que sont les mécontentements
sociaux et les multiples mutineries et tentatives de coups
d’états orchestrées par le régime déchu incapable de
digérer le désaveu démocratiquement exprimé. Ainsi, dans
le seul but de déstabiliser un régime populaire, les
structures économiques du pays sont laminées au fil des
coups d’Etat et des mutineries militaires. La paix sociale
est marchandée. Et le thème de la paix est devenu au
centre des campagnes électorales pendant que ceux-là mêmes
orchestraient des coups d’Etat et des mutineries et des
rebellions. Nous avons vu, au cours de cette même période,
le résultat des différents gouvernements d’union
nationale : des ministères entiers privatisés et
tribalisés dans le seul but de cumuler les trésors de
guerres pour les uns, et d’approvisionner les présidents
de leur parti respectif pour les autres.
Le
peuple ainsi libéré, par un Mouvement du même nom, est en
fin de compte trahi dans ses espoirs. Une partie de la
classe politique s’est entendue pour faire déguerpir un
président pourtant démocratiquement élu, afin, du moins
dans les intentions proclamées, de poser les bases d’un
processus de développement et redonner espoir au peuple
centrafricain. Le résultat se chiffre par des assassinats,
la destruction des potentialités économiques, l’insécurité
généralisée et la misère.
A
leur tour, les « libérateurs hétéroclites et en
armes» ont été accueillis par des patriotes sautillant,
sans canne, dans les rues de Bangui pour marchander leur
caution morale afin de se tailler leur part de gâteau
sanguinolent. Non et non, un vrai démocrate ne cautionne
pas un coup de force militaire, au contraire, il doit
combattre de telles pratiques.
Dans
un contexte où l’Unité nationale ainsi que la Dignité
de l’Homme centrafricain ont été mises à mal par les
différents hommes qui, les uns après les autres, ont trahi
notre devise, ce mois de mars 2005 représente une dernière
chance pour toute une Nation. Les valeurs qui constituaient
les fondements de cette nation sont redevenues des thèmes
rentables de campagne électorale, au même titre que la
paix sociale, pour ceux-là mêmes qui ont
consciencieusement bâti cette politique chaotique,
anti-nationale.
Le
second tour de ces élections, dont la date n’est pas
officiellement connue (!), tombe le dimanche 28 mars 2005 et
c’est sans doute ce qui justifie cette cachotterie. Légitimer
un pouvoir issu d’une rébellion militaire, aussi meurtrière
et destructrice, constitue un double crime qui ne peut
qu’encourager les velléités guerrières des assoiffés
de pouvoirs. De même, tout retour au pouvoir d’un ancien
président qui a semé les bases de cette politique dont
nous subissons encore aujourd’hui les conséquences serait
catastrophique. Il faut un nouveau visage capable de sortir
la RCA de cet engrenage de la haine, de la violence et du
tribalisme. Pour cela il nous faut un homme jeune, expérimenté
et capable de rendre compte au peuple à la fin son mandat.
Il
s’agit donc, pour chaque Centrafricaine et chaque
Centrafricain, d’un défi. Chacun doit en effet, en toute
liberté de conscience, prendre ses responsabilités
citoyennes pour la Renaissance d’une Nation malmenée
depuis son accession à la souveraineté internationale. La
patrie centrafricaine telle que souhaitée par B. BOGANDA
serait en danger si ce grand rendez-vous était manqué.
Les
journées de prières et de jeûnes populaires ne sont pas
seulement faites pour s’auto promouvoir au grade de général
d’armée. Les Diacres et les Pasteurs candidats savent déjà
ce qui leur reste à faire en ce dimanche 28 mars, jour de dépôts
de gerbes de fleur sur la tombe du père de la Nation :
prier à haute et intelligible voix et du fond du coeur, et
le tison s’abattra ou non.
Enfin,
Boganda est mort un jour avant la fin de son mandat de Président
du Grand Conseil d’A.E.F qui regroupait le Gabon, le Congo
Brazzaville, le Tchad et la RCA. Que les parrains, eux
aussi, consultent leurs conseillers occultes pour en savoir
davantage. De leur courage et de leur lucidité, l’avenir
de toute la sous région en dépendra. |
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Centrafrique :
DU PASSE VERS L’AVENIR
Dr Félix YANDIA
La République Centrafricaine est un état, une
nation aux multiples expériences démocratiques toujours
avortées. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets,
malgré un appel de la population pour un véritable
changement, pourquoi les processus démocratiques
n’ont-ils jamais été menés à leur terme dans ce pays ?
Alors, comment vouloir un changement en conservant par
ailleurs les mêmes acteurs politiques et les mêmes
anciennes pratiques politiques politiciennes ? Ce
pays a t-il une identité nationale après bientôt un
demi-siècle d’indépendance ? Les conditions de
transmission de ses valeurs sont-elles réunies dans cette
nation ? Quels sont le rôle et la place des partis
politiques, de l’État et de la société civile dans la
gestion et la transmission de ces valeurs, mais aussi de
cette identité ? Ces valeurs sont-elles prises en compte
dans nos différentes démarches, politiques ou sociales et
culturelles ? Comment peut-on envisager et parler de
changement politique si les hommes eux-mêmes ne modifient
pas leurs comportements et leurs discours ? Est-ce la Politique
elle-même qui doit changer en elle-même ou bien sont-ce
les hommes et les femmes qui font cette politique qui
doivent évoluer ? Cette communication est donc destinée
à contribuer à la définition d’une identité nationale,
fondement de tout processus de développement et de concorde
nationale. Pour situer mon propos, je me permets
de reprendre ici deux définitions, bien que élémentaires,
et pourtant inculquées aux élèves de collège dans un
pays de grande démocratie comme la France.
Etat :
territoire délimité par des frontières, sur lequel
s’exerce un pouvoir politique souverain et où des règles
communes organisent la vie en société.
Nation :
communauté humaine qui partage une même culture -et
affirme sa volonté de vivre ensemble, - qui partage une même
histoire, une même langue, - un même sentiment
d’appartenir à un groupe - et une volonté commune de
prise de conscience de l’identité nationale.
Je
commencerai cet exposé par une série d’interrogations
qui, j’espère, ne manquera pas de d’interpeller nos
consciences.
La
République Centrafricaine, située au cœur du continent
africain, couvre une superficie de 623 000 km2
(plus grande que la France) pour une population d’environ
seulement 3,6 millions d’habitants (même pas la
population d’un seul département français, encore moins
d’une ville comme Lyon). Les conditions naturelles, depuis
les temps reculés, y ont toujours été favorables à l’établissement
et à l’épanouissement des communautés humaines. Les
recherches anthropologiques et archéologiques montrent
qu’à différents endroits du pays les différentes phases
de l’évolution de l’humanité, de manière continue, y
sont présentes. Le vide oubanguien soutenu jusque là n’a
donc jamais existé. Les théories de migrations et
d’installations récentes des populations actuelles ne
sont qu’une vue de l’esprit.
En
effet, au moment de la pénétration européenne, ce
territoire était peuplé par des groupes de populations qui
sont les mêmes aujourd’hui. La majorité de ces
populations Sango, Gbaya, Gbaka, Banda…) a en commun
d’appartenir à une même famille linguistique appelée
oubanguienne. Les Européens avaient donc rencontré des
populations sédentaires, maîtrisant parfaitement leur
environnement. C’est le cas des populations de « la
route du Tchad » ou encore des populations riveraines
de l’Oubangui où cette adaptation et cette connaissance séculaires
du milieu naturel leur ont permis de se mettre au service
des différentes missions d’explorations et installations
coloniales ou parfois de les affronter vigoureusement.
La
question qui pourrait préoccuper les Centrafricains
aujourd’hui est celle de comprendre les postulats qui ont
présidé aux bases de l’écriture de l’histoire de leur
pays, la République Centrafricaine, et de chercher à
comprendre dans quelle mesure ces postulats n’ont pas
profondément influencé leur vie post coloniale.
1)
- Pour cela, on pourrait se demander dans quels intérêts,
et sur quelles bases, étaient conçues et formulées les
principales théories du peuplement et des migrations
qu’auraient connus ou effectués tel ou tel groupe de
populations et son arrivée quasi simultanée avec le
colonisateur.
2)
- Nous sommes aussi en droit aujourd’hui de nous
demander si les intentions étaient saines et les méthodes
objectives et quelles conséquences, positives ou négatives,
elles ont pu avoir sur le comportement individuel et
collectif du Centrafricain d’aujourd’hui.
Il
nous faut d’abord voir le contexte dans lequel cette
histoire a été progressivement construite.
Une
histoire légendaire
La
grande référence de l’histoire centrafricaine reste,
pour beaucoup d’historiens centrafricains, la thèse de P.
Kalck (1959 et 1974). Or, si la partie consacrée par cet
ami de la RCA aux périodes historiques, coloniale et
post-coloniale, reste une véritable référence pour
l’histoire centrafricaine, celle relative à l’histoire
ancienne constitue en revanche et selon ses propres termes,
« une solution de facilité », avec des
lourdes conséquences quant à la construction de
l’identité nationale centrafricaine.
En
effet, la question de l’origine des populations
centrafricaines constituait déjà une des préoccupations
majeures des différents explorateurs de la fin du 19ème siècle.
Dans leur démarche, et systématiquement, ils procédaient
par comparaison des coutumes et des mœurs des différents
groupes de populations rencontrées, faisaient des
rapprochement avec ce qui était déjà connu ailleurs en
Afrique, notamment sur
les populations de la vallée du Nil. Ce qui n’était que
de simples spéculations formulées par ces derniers étaient
reprises par l’administration coloniale avant de se
trouver cristallisé à partir de 1959 par la thèse de
Pierre Kalck. Dans une formulation incompatible avec les
données anciennes et récentes de la recherche
scientifique, les légendes sont admises comme Histoire
de la République Centrafricaine.
Ainsi,
selon A. M. Vergiat (1937 :37), les traditions Mandja « recueillies permettent
d’affirmer que dimba le génie d’eau, matérialisé par
un serpent d’eau aurait prêté son dos pour le passage
des Mandja » sur l’Oubangui. Aussi, on apprend que
les groupes de populations tels que les Banda, les Nzakara,
les Zandé, les Sango, tous originaires du Darfour, ne
seraient arrivés sur le sol centrafricain qu’entre 1830
et 1840. Les Gbaya chassés de l’Adamaoua par les Foulbés
ne seraient, quant à eux, venus que vers 1870. Il faut
noter que dans les livres d’histoire des collèges et lycées
du Cameroun, les Gbaya sont venus de Centrafrique. De même,
pour l’écolier gabonais, les populations Fang étaient
venues à la fin du 18ème siècle du territoire
actuel de la République Centrafricaine. C’est aussi
curieux de voir les Zandé partir des régions du lac Tchad
vers le XVIII ème siècle pour occuper un vaste territoire
allant des régions oubanguiennes au Barh el Ghazal
soudanais en passant par l’Ouellé congolais et y fonder
une dynastie qui a vu plus d’une cinquantaine de rois se
succéder avant le roi Bangassou que nous connaissons tous.
Il n’est pas rare d’écouter, de la bouche même de
certains Centrafricains désabusés, des reproches envers
ces ancêtres peu soucieux qui ont migré pour s’installer
dans un pays tel que la République Centrafricaine.
Il
faut dire que nombres de préjugés inculqués par l’éducation
allaient profondément influencer, en dépit de leur bonne
volonté, les travaux de ces Européens. Lorsqu’on sait
que l’histoire médiévale de l’Occident est fortement
dominée par les questions des migrations barbares, on
comprend alors l’influence de cette histoire sur la pensée
de leurs auteurs. De plus l’histoire de l’Europe est
celle des grands hommes politiques, des grandes réformes économiques….
Or l’histoire africaine d’une manière générale, et
centrafricaine d’une manière particulière, est une
histoire sociale, une histoire des villages, une histoire de
la vie quotidienne, bien différente de la mentalité européenne.
Une
adaptation inadaptée
Au
cours des 30 premières années d’indépendance, la répartition
ethnique sur laquelle s’appuyaient les Européens allait
évoluer vers une division territoriale sur la base du
milieu naturel. Ainsi, trois principaux groupes ont été définis,
à savoir : les populations de savane, les populations
de forêt, et les populations riveraines de l’Oubangui. Il
fallut attendre l’avènement de la démocratie pour voir
apparaître les notions de Nord et de Sud qui opposèrent la
population centrafricaine à elle-même. Dans ce contexte,
la naissance de plus d’une cinquantaine de partis
politiques allait reproduire le premier schéma ethnique,
tel que dessiné par les explorateurs. Chaque sous groupe
(ethnique) devait posséder son parti et son leader et cela
souvent au détriment d’une vision nationale.
Pour
conclure, je cite ici un chercheur français, Pierre Vidal,
archéologue, qui a travaillé durant des années en
Centrafrique, et qui, à propos de notre beau et cher pays,
la République Centrafricaine, écrivit ceci : « Il
n’y a pas et il n’y a pas eu un être humain
physiologiquement sain sans posséder l’idée de la durée,
du temps écoulé depuis les premières années de sa vie…
Il a vécu des évènements qui sont fixés par sa mémoire,
et d’une manière ou d’une autre, ces évènements sont
situés dans le temps de sa vie passée. Ce faisant, il a le
sens de son histoire personnelle qui est en partie celle du
groupe d’individus qui l’entourent et sans lesquels il
ne serait pas homme» (1982). C’est donc le sens de
cette histoire qui va contribuer à façonner son avenir, et
donc celle de la collectivité dans son ensemble. Il faut
donc cesser de vivre avec une histoire falsifiée, et
adopter une histoire réelle, dynamique, où chaque
conscience serait mise à contribution. Ainsi, au travers de
cette citation, je crois que nous n’avons pas le droit de
laisser tomber dans l’oubli notre mémoire collective,
notre histoire commune. Nous avons cependant le devoir de
renforcer notre identité nationale pour continuer à vivre
ensemble et en harmonie. Aussi, je crois que les
Centrafricains, hommes de la politique et de la société
civile, devraient œuvrer pour un bien être national, et
sortir de la langue de bois et du calcul politicien en
adoptant une politique digne d’une nation ambitieuse et
respectable, par de nouveaux comportements, envers et sur
cette terre de nos ancêtres, d’où « la voix
nous appelle ». |
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Centrafrique : palmarès et secret d’une longévité
politique africaine et mondiale,
(Réalités centrafricaines)
Par : Dr. Félix YANDIA
En
Afrique, « un vieillard qui meurt est une bibliothèque
qui se consume ». Cette affirmation d’Amadou Hampaté
Bâ est aujourd’hui démentie, et une fois de plus c’est
en République Centrafricaine. Aussi, la République
Centrafricaine est le seul pays en Afrique et même au monde
à détenir le record de longévité politique. Ce privilège
doit, en principe, honorer tout un pays. Abel Goumba, dans
la conception africaine, devrait symboliser le sage, et donc
celui que nous devons tous affectueusement et
respectueusement appeler le ˝Vieux˝. En effet de
Barthélemy Boganda, père de la nation centrafricaine, à
K. Nkrumah ou Ahidjo, en passant par Houphouët-Boigny et L.
S. Senghor, le général de Gaulle, Abel Goumba, 78
ans, est l’unique acteur politique parmi cette ancienne génération
à poursuivre son petit bonhomme de chemin. Aujourd’hui,
Vice Président de la République, il est candidat, de même
que le Président de la République François Bozizé. Une
telle longévité, pour quels résultats ? Comment
expliquer cette longévité, tant humaine que politique,
dans un pays où l’espérance de vie n’est plus que 39
ans ? Loin de lui souhaiter malheur, au contraire.
Mais, la bonne santé ne peut être le seul apanage des
hommes politiques (dont il est le symbole) théoriquement
chargés de gérer la chose publique et d’œuvrer pour le
bien-être collectif. Une retraite politique d’Abel Goumba
lui permettrait de dire quelques mots de moins « généraux »
à nos Généraux militaires.
1
– Des vraies fausses « mains propres » au
service de la nation :
Abel
Goumba, se targuant d’une expression auto affublée et mal
comprise par les étrangers, « mains propres »
du fait qu’il a couvert de tout son long, de tout son être,
les crimes, les viols, les pillages et les rackets orchestrés
d’un côté par des soit-disants « libérateurs » ;
- du fait qu’il n’a pas assumé ses responsabilités de
Vice Président de la République, après avoir êté relevé
pour incompétence notoire devant la grogne populaire ;
et donc devant l’obligation pour lui de justifier son
important salaire et tous les avantages et honneurs qui y
sont liés, il récidive. Les Centrafricains reprochent à
l’agrégé de médecine, Abel Goumba, de n’avoir, dans
le passé ou le présent, ni consulté un malade, ni même
prescrit un médicament dans un pays où la santé demeure
une préoccupation majeure. Aussi, il est connu comme
l’homme, qui, à l’époque coloniale, saluait les indigènes
la main protégé d’un mouchoir. De ce fait la
qualification ˝Maboko a Vourou ˝ est comprise
depuis lors par les Centrafricains comme désignant les
mains qui n’ont jamais travaillé et qui n’ont jamais
assisté les Centrafricains dans leurs différents malheurs.
Même si, par ignorance des réalités centrafricaines, la
presse étrangère lui tend une perche en traduisant
Maboko a vourou ou ˝mains propres˝ par
l’intégrité, l’homme semble mieux se sentir dans
l’opposition pour naturellement ne rien faire de ses
mains.
2
- Les raisons d’une retraite politique :
Le
Général François Bozizé est né en 1946. C’est aussi
l’année où B. Boganda fut élu député. Abel Goumba est
le compagnon des premières heures de Boganda, avant de
devenir l’un de ses farouches opposants. Devenu président
par la voie des armes, Bozizé, peut-être par calcul
politique (chacun de son côté), fait appel à lui pour cogérer
les affaires de l’Etat. De là à se demander si c’est
lui le vrai Abel ou plutôt le frère biblique. Le reste ne
se raconte plus. Aujourd’hui l’heure est aux bilans et
c’est l’occasion de montrer aux Centrafricains, ne fusse
qu’un seul de ses dix doigts de la main, gauche ou droite,
qui par un heureux hasard, serait resté propre.
Cet
appel est donc lancé principalement au Pr. Abel Goumba, en
même temps Vice Président et Candidat du « Consensuel »
avec le Président et à la Communauté Internationale.
Goumba, est supposé être « un sage » et
c’est à ce titre que je l’interpelle. Avec toute la
sagesse d’un vieil homme, même encore assoiffé de
pouvoir, j’en suis persuadé, il comprendra qu’il fait
la honte de tout un continent s’il ne réagit pas
autrement. Et je le répète, c’est la longévité
politique particulière de cet homme qui lui lance ce défi,
tout en le mettant devant des responsabilités historiques
et qui doit servir à quelque chose pour tout une nation.
Mais, déjà cette Histoire ne plaide pas en sa faveur. Plus
de cinquante ans de vie politique mérite une autobiographie
ou un mémoire digne pour la postérité. Déjà en lisant
les écrits et les textes fondamentaux que nous a légué le
Père fondeur de la République Centrafricaine, on se
demande pour quelles raisons Abel Goumba a choisi de faire
bande à part, tant les visions et les projets de Boganda
sont encore d’actualité même de nos jours en ce 21ème
siècle.
Aussi,
les Centrafricains se souviennent de cette sentence, radio télévisée, solennellement
lancée par feu le président Dacko lors des campagnes électorales
précédentes, de 1999. Il disait ceci : ˝Goumba
à ké sara Kwa na Zo pépé ˝, ce qui signifie littéralement,
Goumba refusait, refuse et refusera de collaborer. Au jour
d’aujourd’hui ce constat émis par un de ses compagnons
des premières années d’indépendance prend tout son sens
et devient une évidence.
Cette
déclaration sentencieuse remonte donc à l’époque
où faisait encore partie des slogans ˝Zo Kwé Zo˝,
traduisible par « chaque personne est une personne»,
ce qui cadre bien avec l’esprit d’Unité du président
fondateur, B. Boganda. Cette profonde pensée a été
reprise, avec toutes les variantes que nous connaissons, par
les différents régimes qui se sont succédés dans notre
pays. Maintenant que l’heure est au ˝Kwa na Kwa˝,
˝le travail rien que le travail˝, que les
Centrafricains traduisent eux, par ˝la mort rien que la
mort˝ ou encore, ˝le sang se paie par le
sang˝ prédisant ainsi sa fin. Tout est dans la
subtilité d’une langue comme nous le fait comprendre
˝Les mots étrangers˝, ce roman de l’écrivain
franco-grec Vassilis Alexakis, (2002, éditions Stock)
consacré au Sango cette langue nationale et officielle de
Centrafrique.
Revenant
à cette remarque, à l’époque énigmatique et
aujourd’hui révérencieuse, du Président David Dacko à
propos du peut-être "sage" Abel Nguédé Goumba,
nous pouvons, à nos dépens constater que ces observations
d’un vieux routier de la politique centrafricaine se
retrouvent aujourd’hui confirmées et surtout depuis le 15
mars 2003.
Ce
serait encore plus grave si tout un pays basculait en
dessous de la misère, alors, que la sagesse peut encore
l’emporter ! Cette sagesse-là commande au Vice Président
Abel Goumba, au moins une fois dans sa vie, d’œuvrer sans
attendre pour la réconciliation et la concorde nationale à
jamais mises à mal, en réunissant tous les protagonistes
et autres marchands d’illusions pour leur dire un mot de
sage ! Difficilement élu député au deuxième tour
dans son fief en 1988, et recueillant 6,6 % des suffrages,
je crois qu’il n’a plus rien à perdre. La
nervosité dévastatrice et les comportements agressifs de
certains de ses partisans, dans l’enceinte de
l’ambassade de Centrafrique à Paris, le trahissent. Proférant
en public des menaces à peine voilées, du genre «tu vas
voire, Goumba n’est pas éternel», comme s’il
s’agissait de l’Eternel lui-même qui parle d’un
pauvre mortel à un simple immortel. Au contraire, dès
lors qu’il a fait le choix de retrouver au plus vite son
poste préféré d’éternel opposant après les élections
de 2005, il doit œuvrer pour la Paix.
En
conclusion, le Professeur GOUMBA devrait retirer sa
candidature pour donner l’exemple aux autres candidats démocrates
retenus afin de ne pas cautionner ce duel entre général
de la division et général bien armé.
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CENTRAFRIQUE
MON PAYS: (J’ai vu, j’ai entendu
et je constate !)
Pour une paix durable en
Centrafrique nous devons prendre le mal par la racine,
c’est- à dire chercher à comprendre pourquoi il n’y a
eu ni de stabilité politique, ni de paix, durant ces vingt
dernières années, avant de rechercher des voies et moyens
d’une paix durable, pour un développement harmonieux,
dans un Centrafrique juste et prospère en cette de
mondialisation. Dans une vie, chaque homme dispose d’un
temps de parole bien limité, mais aussi, d’un temps
d’action. Nos hommes politiques ont épuisé leur temps de
parole. Qu’ils passent à l’acte tout en écoutant le
peuple qui jusque là n’a jamais parlé.
Deux faits historiques, mondialement connus, peuvent nous
aider à nous resituer. D’abord, quand les barbares débarquèrent
il y a 17 siècles dans l’Empire romain, c’étaient des
migrants qui croyaient un jour rentrer chez eux. Mais en ce
XXIème siècle leurs descendances sont encore là. En
France par exemple, ils se font tous appeler des Gaulois, et
aujourd’hui sont fiers de l’être et nous traitent
d’immigrés. Ensuite, rappelons-nous. Il y a seulement
deux siècles encore, le commerce triangulaire
(aujourd’hui mondialisation, selon moi) a généré des
guerres tribales partout en Afrique. Mais, déjà, ce sont
d’abord les dignitaires locaux, se contentant de
pacotilles et d’alcool (du beaujolais impérial, interdit
au peuple ?), qui chassaient et qui envoyaient leurs frères
en esclavage, loin, loin en Amérique ; cent millions d’âmes
paraît-il. Alors, alors, d’ici demain, on dira toujours
que c’est la faute du blanc. Mais ça s’appelle la
mondialisation. C’est d’abord quoi la mondialisation
pour nous Centrafricains ? Je ne sais pas, ce n’est pas
mon domaine de compétence.
En effet, depuis plus d’une vingtaine d’années, le
nombre de Centrafricains réfugiés politiques va
grandissant, au rythme des changements politiques dans leur
pays. Les réfugiés économiques (cadres et diplômés ne
pouvant rentrer au bercail), désemparés, ne savent plus à
quel saint se vouer. Pourtant, tous ces Centrafricains, et mêmes
les Ex dignitaires, ne rêvent que d’une seule chose :
rentrer un jour dans leur beau et cher pays pour y vivre en
paix et en sécurité. Mais comment et à quels prix ? Pour
les uns, sans être sûrs de redevenir « propriétaires des
recettes publiques », pas question de s’hasarder pour un
retour dans ce pourtant beau et riche pays. Pour d’autres
laissés pour compte, il faut souffrir en paix quelque part,
et ailleurs, et c’est une véritable désolation dans le désoeuvrement.
Ainsi, dans ce pays de 3,6 millions d’habitants, comptant
plus de 50 partis politiques, pour autant de sous-préfectures,
les appétits sont voraces. Dans ce pays subdivisé en 16 préfectures,
on compte autant de candidats aux élections présidentielles.
Il est donc facile de voir la cruauté que cela engendre,
mais aussi les risques encourus : une politique, sans foi ni
loi et sans vergogne, destinée à prendre en otage des
populations entières sur des bases essentiellement
ethniques et régionalistes. Cette politique ethnique et régionaliste
créée sur des bases purement égotistes, suscitant la peur
et le rejet de l’autre. Cette dangereuse politique est
entretenue par les dirigeants politiques, des intellectuels
également véreux, au détriment d’une vraie politique
nationale. Elle ne peut que conduire le pays dans l’abîme
total. Il ne nous reste qu’à voir Mbaïki, la fleur
retournée à la brousse, Mobaye, Kembé, Paoua,
Kaga-Bandoro, (…) avec leurs édifices publics
(essentiellement coloniaux, rappelons-le) en ruines, pour
comprendre que toute la population centrafricaine, du nord
au sud, d’est en ouest, souffre et fait les frais de cette
politique irresponsable. Tout n’est peut-être pas sombre
heureusement. Bangui commence à redevenir la coquette,
c’est bien et félicitations. C’est la preuve que nous
pouvons bien mieux, mais avec des hommes honnêtes et compétents,
chacun dans son domaine. Seuls les prédateurs et leur progéniture
peuvent s’exiler, et vivre aussi longtemps que l’éternité,
des fruits de leurs prédations et des aides plus ou moins
conséquentes du H.C.R. Il nous reste aussi à voir que, sur
ces quinze dernières années, plus de quarante (40) mois de
salaire (soit quatre ans !) demeurent impayés à ce jour.
Et ce n’est pas fini.
Nous sommes donc en face d’une classe politique engendrée
par un même système, un même type de régime, qui se bat
aveuglément dans le seul et unique but de se rapprocher de
nouveau des caisses du trésor public, privatisable à merci
et sans vergogne. Plus de vingt ans d’instabilité et
gestion (libre à chacun de la qualifier) ont profondément
liquéfié le pays. Les principaux acteurs de cette scène
politique sont encore et toujours là, cherchant à briguer
la magistrature suprême. Cette présence traduit sans équivoque
la gravité de la situation, et donc des préoccupations légitimes
que nous pouvons avoir.
Pour ne citer que les faits historiques que nous connaissons
tous, tels que la confiscation et l’utilisation des
salaires comme armes de dissuasion contre la masse
populaire, car « ventre affamé n’a point d’oreilles »,
ou encore les rapatriements manu militari ainsi que les sévices
moraux et corporels sur les opposants, ou encore les
villages incendiés, les exécutions extrajudiciaires
sommaires (politiques), les coups d’Etats à répétition,
les mutineries militaires, les rebellions (….), tous aussi
destructeurs et meurtriers les uns que les autres en témoignent.
Nous sommes aujourd’hui à la veille d’une campagne électorale,
et surtout présidentielle. Plus grave, il n’y a en fin de
compte qu’un seul profil de Candidat : anciens dignitaires
(qui cherchent à reconstituer leurs richesses simplement rétrécies).
Parmi eux, que ceux qui ont encore les mains propres lèvent
le doigt ! Encore plus haut, vers le ciel !
Ex Présidents, actuel Président, futur ex Président (cf.
un encadré du Canard Enchaîné au lendemain du 15 mars
ironisant : « Coup d’état en Centrafrique, un autre président
à renverser »), Vice Président et bientôt ex-Vice Président,
ex Ministres ou encore ex Ministres devenus ex Présidents
et tous les anciens ministres des différents régimes (il
est vrai que c’est difficile de s’y retrouver et j’ai
perdu le verbe). Malgré tout, il apparaît que tous ces
anciens ou anciens-anciens, premiers ou pas, possèdent la même
moralité et recherchent le même but, se venger tout en
brimant la population.
*En cette période de vaches, pour ne pas dire de
Centrafricains, maigres, d’où sort l’argent pour les
campagnes électorales destiné à acheter les voix, et les
cautions de 15 millions, puis 10 millions et enfin 5
millions de francs (ce n’est pas la peine de préciser, il
n’y a plus de FF) ?
*Pourquoi, bourreaux et victimes, galonnés d’hier,
aujourd’hui concurrents, se tendent-ils la main ? Sont-ils
vraiment sincères, ou doit-on craindre la grosse artillerie
d’autant plus le bourreau nous dit, «si ce n’est pas
moi, il n’y aura pas la paix dans ce pays». La victime
nous répond : « Kwa na Kwa, ou la mort rien que la mort».
* Comment expliquer qu’un Président détourne 70
milliards, alors que les arriérés de salaires cumulés
n’atteignent que 24 milliards ? Si c’est vrai, son
successeur espère-t-il en faire autant et en combien de
temps ? Compatriotes, faut-il encore attendre le retour et
dans combien de temps de Monsieur Avenir pour qu’il puisse
nous le dire ?
*Comment expliquer que c’est toujours avec la complicité
des civils que les coups d’Etats finissent par installer
durablement les militaires au pouvoir ? 14 ans de Bokassa,
12 ans de Kolingba et combien pour Bozizé ? Taisons-nous et
mangeons, Messieurs les Ex quelque chose. Comme
d’habitude, seules les interventions extérieures
finissent par les faire partir (Opérations Barracudas, Murs
de Berlin avec les exigences de la démocratisation imposées
par François Mitterrand).
*Comment comprendre la dispersion des alliés d’hier,
hommes politiques et militaires unis pour renverser un Président
(d’où qu’il viennent) pourtant démocratiquement élu
et dont le mandat arrivait à terme. Avaient-ils un
programme commun, ou celui du PUN ou du FPP ou encore celui
du FODEM… pour une gestion collégiale ? Quel était le
programme de Bozizé ? Le seul combat politique est-il celui
de faire partir à tout prix le locataire du Palais de la
Renaissance, quel qu’il soit ? L’homme qui sera élu en
2005, quel qu’il soit, sera-t-il respecté reconnu ? Et
l’opposition une opposition constructive, qui propose et
pas seulement contribuer à noircir (sans rire) et à mettre
les bâtons dans les roues dans ce contexte politique et économique
désolant ?
Evidemment, personne n’est responsable, nous dira-t-on.
Pendant ce temps, j’ai vu, et peut-être revu dans le désordre
total. Mais, dans tout ce que j’ai vu et peut-être revu
(mais pas tout cité par respect à mon pays.
J’ai vu qu’ils ont vu que ce que j’ai vu, le peuple a
vu. J’ai vu, et le peuple aussi a vu un pays béni où
vivent des hommes maudits. J’ai vu des Ex marchander la
Paix. J’ai vu que le peuple a vu qu’ils reviennent sans
la paix avec les mêmes chansons et les mêmes gbogborôh et
leurs canons rouillés. J’ai vu, récemment, des pauvres
paysans de Ouadda-Djallé labourer leur champ avec du bois
durci au feu ou des os taillés. J’ai vu des hommes aller
et revenir à pied de Bria, pour en rapporter tout
simplement une lame de fer. A Mobaye, j’ai vu un
commissaire de police faire fièrement usage d’un jouet de
bébé comme d’une sonnette pour appeler un subalterne. A
Bangui, j’ai vu des policiers matraquer les ramasseurs de
kinda gozo (sauterelles, que la nature nous donne), pendant
que les journalistes les interviewaient et les faisaient
danser. J’ai vu un pays où les tous Ex font un constat
global d’échec sur les 20 dernières années. J’ai vu
qu’ils ont vu, que ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait.
J’ai vu devant le siège d’un parti politique, un enfant
avec son pousse-pousse, être poursuivi et traqué, parce
qu’il a failli se faire tuer par un cortège présidentiel.
J’ai vu un dignitaire me dire « tu n’as pas compris ».
J’ai vu, et le peuple aussi a vu, des taxi mens
s’acquitter de leurs impôts. J’ai vu des rues et des
avenues défoncées. J’ai vu des policiers racketter.
J’ai vu des Ex trop parler de paix, et organisant
trimestriellement des mutineries. Aussi, j’ai vu E lé
songo avec des armes. J’ai vu qu’il a vu que j’ai
compris. J’ai vu tous ces Ex nous parler d’avenir, et ne
pas présenter un bilan. J’ai vu, pendant les campagnes électorales,
les paysans me dire, « c’est le seul moment pour manger,
c’est la démocratie, tout le monde peut venir ». J’ai
vu qu’ils ont vu que je rêve pour un beau pays qu’ils
se sentent incapable de réaliser. J’ai vu, et le peuple
aussi, des gens, le colt bien en vue, interrompre un
pasteur, dans son prêche dominical pour répondre à
l’appel téléphonique de l’autorité. J’ai vu un Président
traumatisé et devenu parano, à la suite des mutineries et
des coups d’Etats trimestriels. J’ai vu, dans un aéroport
parisien, un Président en larmes. J’ai vu, dans un aéroport
parisien, un Ministre incapable de savoir de quel poste
ministériel il était le titulaire. Alors, alors… Dans
mon pays, j’ai vu des intellos radoter.
Aussi, j’ai vu que les anciens Présidents, l’actuel Président,
les futurs Présidents, ont compris, tout le monde a vu
qu’ils ne nous diront pas la vérité sur le fond de leurs
pensées, et les vraies raisons pour lesquelles ils veulent
devenir Président. J’ai vu, dans les veillées mortuaires
des proches du Président, des intellos et des Ministres ou
ex Ministres se battre pour être en vue, en distribuant le
café à la peuplade (pour une fois qu’ils piquent la
place de leurs servants) et aux gens réellement éprouvés.
J’ai vu qu’ils ont vu, que si nous avons compris, ils
sont perdus. J’ai vu, et le peuple aussi a vu, un pays où
coulent le lait et le miel dans certaines gorges. J’ai vu
un candidat annuler une réunion, parce que, au dernier
moment paraît-il, un cabri affamé, a dévoré son discours
essentiellement sur papier. J’ai vu, des enfants tués par
des balles appelées perdues. J’ai vu la chaise d’un
ami, qui venait de se lever, traversée par une balle,
toujours appelée perdue. J’ai vu des Présidents prédisant
la famine et la mort. J’ai vu des gens affamés et des
morts, par balles ou par manque de moyens. J’ai vu dans un
pays, un pays de la débrouille. J’ai vu certains
dignitaires se dire « le petit il a raison ». J’ai vu,
qu’ils ont vu, que… je vous demande de compléter la
liste. J’ai vu qu’ils ont compris et qu’ils nous
observent, alors et alors, complétez-la pour en rigoler.
Dans ce pays, j’ai vu des gens créer des Partis
politiques, juste pour marchander des postes ministériels.
J’ai vu des pasteurs et des diacres, un revolver dans une
main et la bible dans l’autre. J’ai vu un Ministre dévorer
un poulet braisé entier, avec un long pain bien beurré et
un service de café, au petit déjeuner, pendant ce temps,
les parents venus le solliciter attendre au portail. J’ai
vu des gens détourner des barils de pétrole alors que le
pays en manquait. J’ai vu qu’ils ont vu que j’ai vu
que les hommes capables se taisent. J’ai v, un pays où
tout est de la faute du Président. J’ai vu des anciens
syndicaux se convertir et tout cela pour la mangeoire.
J’ai vu un Président appeler une population déjà affamée
à baisser la tête, à se soumettre au jeune et à
continuer de prier. J’ai vu un Ministre détourner le
regard, et la tête avec, pour me faire croire qu’il ne
m’a pas vu. J’ai vu des Ministres dire « c’est grâce
à mon cerveau que je se suis "parvenu" », et
c’est la vérité. J’ai vu un pays ne pas accueillir les
enfants de son fondateur et même pas la veuve. J’ai des
intellos baisser la culotte. J’ai vu dans ce pays, un Ex
Empereur, bible dans la main se couronner apôtre pour la
Paix. J’ai vu un pays où meurent tous les jeunes et un
pays où seuls les hommes politiques vivent vieux. J’ai vu
un pays où les dignitaires se plaignent plus tous les
autres. J’ai vu qu’il a vu que j’ai vu et que j’en
souriais, tout-en m’en foutant. J’ai vu des innocents en
garde à vue et des voleurs en liberté. J’ai vu un ex
Ministre me faire l’accolade bien appuyée et très
sonore, comme si j’étais un sourd et non voyant. J’ai
vu qu’ils ne veulent pas que ce secret de famille soit
connu ! Alors, alors je veux qu’on change. Je radote, je
sais, mais n’y a-t-il pas de quoi radoter ?
Dans ce pays, j’ai vu des candidats dénoncer la prédation,
la gabegie, le clientélisme, et tous ces maux qui font mal.
J’ai vu, dans ce pays, qu’on ne combat ni même ne dénonce
ces maux. J’ai vu, un autre ex, et même un ex-ex,
m’aborder dans la rue, pour me parler de ses problèmes.
J’ai vu un ex ministre attendre un bus, transport en
commun, à des heures de pointe ! J’ai vu la peuplade lui
rappeler sa belle époque ! Dans ce pays, j’ai vu des
candidats parler de Paix. J’ai vu des dignitaires me dire
: parlant ainsi, tu ne vas pas "manger" dans ce
pays ! J’ai vu qu’il a vu que j’étais désolé.
J’ai vu des procès politiques en fin de règne, mais pas
des procès de dignitaires en pleine gloire, au moment des
faits. J’ai vu, dans ces pouvoirs, de l’impunité, des règlements
de comptes, entre nouveaux dignitaires et déchus. J’ai
vu, toujours, les mêmes« moudjou vouko, na bé ti lo koééééé
». J’ai vu qu’ils ont vu que j’ai vu leur catalogue
programme. J’ai vu qu’ils ont vu que le peuple a vu l’état
des routes, des écoles, des hôpitaux, de l’agriculture
et j’en passe. J’ai vu que le peuple a vu tout ce
qu’ils proposent de réaliser en cinq ans sans lui dire où
trouver l’argent. J’ai vu des candidats proposer des
machines à sous. J’ai vu des dignitaires monter quatre à
quatre les marches de l’assemblée, la dépouille d’une
femme de Président sur l’épaule. J’ai vue des
dignitaires ne pas inviter ni la veuve, ni les orphelins
d’un Président fondateur. J’ai vu des promotions dans
la haute classe politique pour garantir une protection
mutuelle. J’ai vu des ministres avec leur chien méchant.
J’ai vu des dignitaires envoyer leurs enfants faire des études
à l’étranger. J’ai vu des dignitaires détruire nos écoles.
J’ai v, des Ministres avec leurs portails sévèrement
gardés. J’ai vu un ministre répondre à un ancien collègue
quémandeur, que son chien n’avait pas encore mangé.
Mais aussi, et encore, j’ai vu un Président entouré
d’une bande d’escrocs. J’ai vu un président
parcourant le monde pour vendre du diamant. J’ai vu une
femme se gaver dans la marmite d’un ministre en fuite.
J’ai vu des candidats braver les intempéries et les
routes chaotiques en plus des zaraguina (coupeurs de routes)
pour se rendre dans des contrées encore habitées par des
hommes, parler aux cabris malheureusement en pèlerinage ou
décampés au Tchad. J’ai vu, et en France, chez un
consul, toute une cantine remplie de 10.000 Fcfa. J’ai vu
que le peuple en a vu de toutes les couleurs. J’ai vu
qu’ils ont vu que j’ai vu. J’ai vu qu’ils ont vu que
j’ai vu que 60 mois (combien d’années ça ?) de bourse
de nos enfants à l’étranger ne sont pas payés. J’ai
vu qu’ils se font appeler « Excellence », et dans quels
domaines. J’ai vu, à Bosemptélé, des camions de
militaires recharger et transporter les marchandises des
Libanais, pour contourner la douane. J’ai vu un
Centrafricain détenir le record mondial de longévité
politique. J’ai vu l’espérance de vie d’un
centramachin cadavérique. J’ai vu des militaires faire la
guerre dans leur propre pays. J’ai vu que le peuple va
continuer de voir, et d’en voir. J’ai vu qu’ils ont vu
que nous voulons un président Honnête et Sérieux. J’ai
vu que ces Présidents ont vu que j’écris Président avec
un grand P, sans un pet et dans la paix. J’ai vu des pêcheurs
pécher dans la diplomatie et comme ambassadeurs. J’ai vu
des gens, bien gros et bien gras, se tenir orgueilleusement
et sans la honte ni pitié, devant des gens maigres et affamés,
pour faire campagne. J’ai vu un Général prêcher la Paix
sans péter, sans l’Unité.
Ce n’est pas fini, encore, j’ai vu des candidats en
campagne reçus par des chiens habillés de tee-shirts à
leur effigie. J’ai vu pousser des villas, ensuite détruites
et pillées par la peuplade. J’ai vu des dignitaires fiers
et pleins d’orgueil, puis les mêmes, déchus et anéantis,
réduits à vivre dans la clandestinité ou même sans
liberté. J’ai vu tout un gouvernement s’islamiser, et
c’est la politique. J’ai vu à Paris un désoeuvré,
voyant les chances de son candidat s’envoler, péter les
plombs. J’ai vu des militaires appelés pour sauver le
pays. J’ai vu des gens ordonnées rentrer dans ce désordre
(et si Boganda voyait çà, quelle honte aurions nous ?).
J’ai vu un Empereur déclarer que « la politique, ce
n’est pas pour les enfants ». J’ai vu un Président déclarer
« comment peut-on faire dépecer par autrui le buffle
qu’on vient de tuer soi-même ? ». J’ai vu, quelques
mois plus tard, un Président déposé par un buffle mâle (koli
gba en sango). J’ai vu des candidats détecter nos
richesses en reniflant le sol. J’ai vu des civils acclamer
des militaires après un coup d’Etat. J’ai vu des partis
politiques composés des gens d’une même localité.
J’ai vu des militaires s’éterniser au pourvoir. J’ai
vu un président élu au suffrage universel remercier le
Seigneur d’abord.
J’allais oublier, j’ai aussi vu un dignitaire me dire «
une bouche qui mange ne parle pas » ! J’ai vu que par
simplement la longueur, si tous les Centrafricains qui ont
vu écrivaient, ça ferait le tour du monde. J’ai vu
qu’ils ont peur de ça. J’ai vu des Président nous dire
que le pouvoir est un don de Dieu, pas des armes, et
surtout, surtout, pas du peuple. J’ai vu nos mamans toutes
nues danser devant la Présidence de la République. J’ai
vu des opposants en prison se convertir. J’ai vu des
Centrafricains tués parce qu’ils disaient la vérité !
J’ai vu les ruines de nos écoles, et les naissances des
chapelles. J’ai vu un Président démocratiquement élu
partir pour ne pas revenir. J’ai vu un Président chier,
tout en sueur, j’ai compris que c’était un homme, mais
a-t-il un cœur si c’en est vraiment un ? J’ai vu un Président
bruyamment péter et des ministres l’acclamer. J’ai vu
des Hommes s’enfuir, abandonnant femmes et enfants (a koli
a kpé). J’ai vu l’Empereur partir pour ne pas revenir.
J’ai vu un Empereur être inhumé, sans la dignité, et
dans la mutinerie, donc dans la peur. J’ai vu un Président
mourir à côté (Cameroun) de nous, dans la solitude, et la
pauvreté ! J’ai vu tous les catalogues (type La Redoute)
programmes, de chaque candidat refusant de voir et de parler
d’unité et de la concorde nationale. J’ai vu des
Centrafricains ne sachant comment aller enterrer leur mort
(naturel ou par balles directes ou encore appelées perdues
et surtout achetée avec l’argent de son impôt, direct ou
indirect). J’ai vu dans ce pays tout le monde dire que
c’est la faute des autres. J’ai vu qu’ils vont se dire
« heureusement qu’il n’a pas tout vu ou qu’il n’a
rien vu ». J’ai vu que ces dignitaires ont vu que tous
nos hommes politiques ne sont pas des cupides rapaces
(propos injustement reproché au journaliste Maka Gbokossoto
si nos juges avaient pris la peine de regarder le
dictionnaire). J’ai déjà vu ces hommes vous dire « ne rêvez
pas avec ce fou, et venez manger » ! Mais aussi, j’ai vu
les Centrafricains voir ces choses et peut-être autres
choses, de leurs propres yeux. Alors, alors, c’est à eux
aussi de nous dire, « a fou sein, partout, partout ! »
mais surtout par l’autocritique et par des omissions et
des mensonges, car le peuple a tout vu !
Ainsi donc, constatons, considérons et dormons (car seule
la nuit porte conseil).
- Constatant que plus personne ne peut se prévaloir de «
mains propres» (dans les deux sens : des centrafricains et
des étrangers),
- Constatant que les Centrafricains sont cyniquement abusés
et désabusés, donc dépassés et résignés,
- Constatant que les deux Vices Présidents du dialogue
national se portent candidats, et donc en rang dispersés
(traduisant ainsi un manque de conviction dans les résolutions
du dialogue national),
- Constatant que 25 partis, avec théoriquement leur
programme et visions politiques sans convergence les uns
avec les autre, soutiennent un candidat débarqué au
pouvoir et théoriquement "bien placé",
- Constatant que tous les anciens ministres se mobilisent
essentiellement pour l’homme le mieux placé, de manière
à revenir au plus vite aux affaires et dans quels
buts…..,
- Constatant que les rancunes restent tenaces entre nos
dirigeants ex et ex, et entre exs et futurs ex,
- Constatant que le retour des anciens Présidents en première
ligne cache mal le manque de crédibilité dans les partis
politiques où on a la merde jusqu’au cou.
- Considérant que beaucoup ne peuvent que se servir des
noms écrans d’anciens présidents pour récidiver,
- Constatant que la justice centrafricaine ne peut pas être
indépendante du fait que les promotions dans la
magistrature se font après marchandages et chantages aux
magistrats,
- Considérant que la R.C.A n’est pas qu’un
Rassemblement de Crapauds Abandonnés (propos attribués à
tort ou raison à l’écrivain Léopold S. Senghor ou Rien
dans la Caisse comme disent les Centrafricains),
- Considérant que tous nos hommes politiques ne sont pas
des cupides rapaces,
- Considérant qu’il ne peut y avoir de paix durable sans
concorde nationale,
- Considérant que la communauté internationale ne peut
nous assister éternellement,
- Considérant que chaque Centrafricaine et chaque
Centrafricain, de bonne foi, soucieuse et soucieux de
l’avenir de son pays, (celles là et ceux là ne manquent
pas) peut compléter ces considérations et constats non
exhaustifs ici (….),
Décrète une auto critique et une réflexion constructive générales.
Par : Dr. Félix YANDIA
29 décembre 2004 [à suivre]
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