FORUM, 08/03/2005

centrafrique : inhumation ou renaissance des Aefiens ?

FORUM, 08/01/2005

Centrafrique : DU PASSE VERS L’AVENIR

CAP - 01/01/2005

COMMUNIQUE DE PRESSE DU FPP AU SUJET DES CANDIDATURES INVALIDÉES

FORUM, 31 décembre 2004

Centrafrique : palmarès et secret d’une longévité politique africaine et mondiale, (Réalités centrafricaines)
Par : Dr. Félix YANDIA

FORUM, 29 décembre 2004

CENTRAFRIQUE MON PAYS: (J’ai vu, j’ai entendu et je constate !)
Par : Dr. Félix YANDIA

centrafrique : inhumation ou renaissance des Aefiens ?
 (29 mars 1959/29mars 2005)
Par : Dr. Félix YANDIA

Les inquiétudes de la communauté internationale comme celles des Centrafricains de tout bord concernant l’avenir immédiat de leur pays sont justifiées. La voix du peuple, c’est la voix de Dieu, dit-on. Une véritable malédiction pèse sur certains hommes politiques : le tison ardent de BOGANDA. Ce fut le 29 mars 1959 que disparaissait de manière tragique Barthélemy BOGANDA, le père fondateur de la République Centrafricaine et Patron de l’Afrique Equatoriale Française (Gabon, Congo Brazzaville, Tchad et la R.C.A). Quarante-six ans après, c’est à la veille du 46ème  anniversaire de cette disparition que doit se tenir le second tour des élections présidentielles et législatives dans ce qui reste de sa République Centrafricaine. Ce jour-là les différentes autorités du pays vont, au rythme de la sonnerie aux morts, se recueillir et déposer des gerbes de fleurs sur sa tombe et sur les différents monuments aux morts de nos sous-préfectures. C’est donc «De nos ancêtres, (que) la voix nous appelle», lors de ce rendez-vous historique. Evidemment, ceux qui n’écoutent que leur ventre n’y verront qu’une simple coïncidence. Mais c’est toute la sous région impliquée dans la vie politique centrafricaine qui est menacée par ce tison ardent. Les responsables politiques de même que les intellectuels véreux convergeant vers Doumbélane, bien que la nourriture y devienne de plus en plus rare, devront faire leur examen de conscience avant cette date fatidique et cesser d’être les complices de cette tragédie annoncée. Pour rafraîchir la mémoire et aider ainsi les uns et les autres à repenser positivement dans l’intérêt général, nous rappelons ici le film des principaux évènements qui ont déterminé ce présent. 

En effet, la constitution présentée par B. BOGANDA et adoptée par l'Assemblée Territoriale le 16 Février 1959 faisait déjà de ce pays un Etat aux assises démocratiques. Ainsi, outre le MESAN parti majoritaire du président fondateur B. BOGANDA, on trouvait, entre autres, les partis d’opposition comme le Mouvement pour l’Evolution de l’Afrique Centrale (MEDAC) d’Abel NGUEDE GOUMBA actuel Vice Président de la République et le Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A) dirigé par Darlan. Aussi, avant l’indépendance, la première manifestation contre les lois de restriction des libertés a eu lieu à Bangui le 17 novembre 1960, ce qui démontre déjà l’attachement des Centrafricains à un mode de vie véritablement démocratique. Les conditions d’une alternance démocratique étaient donc réunies.

Pourtant, le pouvoir va progressivement basculer vers les dérives totalitaires. C’est ainsi que, le 23 décembre 1960, Abel GOUMBA et plusieurs de ses partisans sont «matés» puis arrêtés et le MEDAC dissout. Le MESAN devient un parti unique. Son candidat David DACKO, seul candidat, est élu en 1964 à 99,99% des voix.

A la Saint Sylvestre 1966, le colonel BOKASSA prend le pouvoir et le 4  janvier, la constitution démocratique conçue par le Président fondateur, Barthélemy BOGANDA, est abrogée pour faire place à la dictature. Mais au cours de ce règne de 14 ans, on ne compte pas moins de quatre tentatives de coup d’état et un coup de d’état effectif. Entre autres, on peut citer la tentative de coup d’état du colonel Alexandre BANZA (1969), celle d’Auguste MBONGO qui fut arrêté en 1973, puis le coup d’état du Général LIGOUPOU en 1974 et aussi la tentative de coup d’état de 1976.

Enfin, le coup d’état de 1979, baptisé opération Barracuda, qui installa DACKO au pouvoir. Ce dernier rétablit tout de même une véritable vie démocratique, avant de remettre le pouvoir en 1981 à un militaire, le Général KOLINGBA qui forma un Comité Militaire de Redressement National (CMRN).

En 1987, avec l’aide des intellectuels, est instauré un parti unique, philosophiquement qualifié de «multi tendanciel», du même genre que le MESAN REVO de papa Bok, par ses géniteurs et théoriciens, alors que le vent de la démocratie tourbillonnait déjà sur le continent. C’est aussi le début de l’administration tribalisée où tous les directeurs généraux appartiennent à un même groupe ethnique représentant moins de 1% de la population nationale (dixit Kolingba), et que, même sans soucis, les pêcheurs sont appelés dans la diplomatie, les instituteurs nommés au grade de maître de conférence avec rang de bibliothécaire à l’université de Bangui, que des illettrés sont bombardés sous-préfets dans les régions où existent les maigres recettes de l’Etat et surtout des boeufs. Le salut du peuple centrafricain est venu du Palais de Chaillot. Aujourd’hui encore, même dans un gouvernement dit de consensus, cette pratique est encore pire que durant les périodes précédentes. Après sa légitimation, quelle sera la place réservée aux affamés acolytes contre leur dignité perdue ? 

En 1994, on assiste au retour d’une véritable vie démocratique pluraliste grâce à la volonté du peuple aidé par l’environnement international. La victoire est fêtée tous les soirs par les nouveaux élus dans un éthylisme incongru. Les mêmes méthodes de gouvernement refont vite surface avec cette fois les conséquences que sont les mécontentements sociaux et les multiples mutineries et tentatives de coups d’états orchestrées par le régime déchu incapable de digérer le désaveu démocratiquement exprimé. Ainsi, dans le seul but de déstabiliser un régime populaire, les structures économiques du pays sont laminées au fil des coups d’Etat et des mutineries militaires. La paix sociale est marchandée. Et le thème de la paix est devenu au centre des campagnes électorales pendant que ceux-là mêmes orchestraient des coups d’Etat et des mutineries et des rebellions. Nous avons vu, au cours de cette même période, le résultat des différents gouvernements d’union nationale : des ministères entiers privatisés et tribalisés dans le seul but de cumuler les trésors de guerres pour les uns, et d’approvisionner les présidents de leur parti respectif pour les autres.

Le peuple ainsi libéré, par un Mouvement du même nom, est en fin de compte trahi dans ses espoirs. Une partie de la classe politique s’est entendue pour faire déguerpir un président pourtant démocratiquement élu, afin, du moins dans les intentions proclamées, de poser les bases d’un processus de développement et redonner espoir au peuple centrafricain. Le résultat se chiffre par des assassinats, la destruction des potentialités économiques, l’insécurité généralisée et la misère.

A leur tour, les « libérateurs hétéroclites et en armes» ont été accueillis par des patriotes sautillant, sans canne, dans les rues de Bangui pour marchander leur caution morale afin de se tailler leur part de gâteau sanguinolent. Non et non, un vrai démocrate ne cautionne pas un coup de force militaire, au contraire, il doit combattre de telles pratiques.

Dans un contexte où l’Unité nationale ainsi que la Dignité de l’Homme centrafricain ont été mises à mal par les différents hommes qui, les uns après les autres, ont trahi notre devise, ce mois de mars 2005 représente une dernière chance pour toute une Nation. Les valeurs qui constituaient les fondements de cette nation sont redevenues des thèmes rentables de campagne électorale, au même titre que la paix sociale, pour ceux-là mêmes qui ont consciencieusement bâti cette politique chaotique, anti-nationale. 

Le second tour de ces élections, dont la date n’est pas officiellement connue (!), tombe le dimanche 28 mars 2005 et c’est sans doute ce qui justifie cette cachotterie. Légitimer un pouvoir issu d’une rébellion militaire, aussi meurtrière et destructrice, constitue un double crime qui ne peut qu’encourager les velléités guerrières des assoiffés de pouvoirs. De même, tout retour au pouvoir d’un ancien président qui a semé les bases de cette politique dont nous subissons encore aujourd’hui les conséquences serait catastrophique. Il faut un nouveau visage capable de sortir la RCA de cet engrenage de la haine, de la violence et du tribalisme. Pour cela il nous faut un homme jeune, expérimenté et capable de rendre compte au peuple à la fin son mandat.

Il s’agit donc, pour chaque Centrafricaine et chaque Centrafricain, d’un défi. Chacun doit en effet, en toute liberté de conscience, prendre ses responsabilités citoyennes pour la Renaissance d’une Nation malmenée depuis son accession à la souveraineté internationale. La patrie centrafricaine telle que souhaitée par B. BOGANDA serait en danger si ce grand rendez-vous était manqué. 

Les journées de prières et de jeûnes populaires ne sont pas seulement faites pour s’auto promouvoir au grade de général d’armée. Les Diacres et les Pasteurs candidats savent déjà ce qui leur reste à faire en ce dimanche 28 mars, jour de dépôts de gerbes de fleur sur la tombe du père de la Nation : prier à haute et intelligible voix et du fond du coeur, et le tison s’abattra ou non. 

Enfin, Boganda est mort un jour avant la fin de son mandat de Président du Grand Conseil d’A.E.F qui regroupait le Gabon, le Congo Brazzaville, le Tchad et la RCA. Que les parrains, eux aussi, consultent leurs conseillers occultes pour en savoir davantage. De leur courage et de leur lucidité, l’avenir de toute la sous région en dépendra.

Centrafrique : DU PASSE VERS L’AVENIR
 
Dr Félix YANDIA

            La République Centrafricaine est un état, une nation aux multiples expériences démocratiques toujours avortées. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, malgré un appel de la population pour un véritable changement, pourquoi les processus démocratiques n’ont-ils jamais été menés à leur terme dans ce pays ? Alors, comment vouloir un changement en conservant par ailleurs les mêmes acteurs politiques et les mêmes anciennes pratiques politiques politiciennes ? Ce pays a t-il une identité nationale après bientôt un demi-siècle d’indépendance ? Les conditions de transmission de ses valeurs sont-elles réunies dans cette nation ? Quels sont le rôle et la place des partis politiques, de l’État et de la société civile dans la gestion et la transmission de ces valeurs, mais aussi de cette identité ? Ces valeurs sont-elles prises en compte dans nos différentes démarches, politiques ou sociales et culturelles ? Comment peut-on envisager et parler de changement politique si les hommes eux-mêmes ne modifient pas leurs comportements et leurs discours ? Est-ce la Politique elle-même qui doit changer en elle-même ou bien sont-ce les hommes et les femmes qui font cette politique qui doivent évoluer ? Cette communication est donc destinée à contribuer à la définition d’une identité nationale, fondement de tout processus de développement et de concorde nationale. Pour situer mon propos, je me permets de reprendre ici deux définitions, bien que élémentaires, et pourtant inculquées aux élèves de collège dans un pays de grande démocratie comme la France.

Etat : territoire délimité par des frontières, sur lequel s’exerce un pouvoir politique souverain et où des règles communes organisent la vie en société.

Nation : communauté humaine qui partage une même culture -et affirme sa volonté de vivre ensemble, - qui partage une même histoire, une même langue, - un même sentiment d’appartenir à un groupe - et une volonté commune de prise de conscience de l’identité nationale.

Je commencerai cet exposé par une série d’interrogations qui, j’espère, ne manquera pas de d’interpeller nos consciences.

La République Centrafricaine, située au cœur du continent africain, couvre une superficie de 623 000 km2 (plus grande que la France) pour une population d’environ seulement 3,6 millions d’habitants (même pas la population d’un seul département français, encore moins d’une ville comme Lyon). Les conditions naturelles, depuis les temps reculés, y ont toujours été favorables à l’établissement et à l’épanouissement des communautés humaines. Les recherches anthropologiques et archéologiques montrent qu’à différents endroits du pays les différentes phases de l’évolution de l’humanité, de manière continue, y sont présentes. Le vide oubanguien soutenu jusque là n’a donc jamais existé. Les théories de migrations et d’installations récentes des populations actuelles ne sont qu’une vue de l’esprit.

En effet, au moment de la pénétration européenne, ce territoire était peuplé par des groupes de populations qui sont les mêmes aujourd’hui. La majorité de ces populations Sango, Gbaya, Gbaka, Banda…) a en commun d’appartenir à une même famille linguistique appelée oubanguienne. Les Européens avaient donc rencontré des populations sédentaires, maîtrisant parfaitement leur environnement. C’est le cas des populations de « la route du Tchad » ou encore des populations riveraines de l’Oubangui où cette adaptation et cette connaissance séculaires du milieu naturel leur ont permis de se mettre au service des différentes missions d’explorations et installations coloniales ou parfois de les affronter vigoureusement.

La question qui pourrait préoccuper les Centrafricains aujourd’hui est celle de comprendre les postulats qui ont présidé aux bases de l’écriture de l’histoire de leur pays, la République Centrafricaine, et de chercher à comprendre dans quelle mesure ces postulats n’ont pas profondément influencé leur vie post coloniale.

1)                          - Pour cela, on pourrait se demander dans quels intérêts, et sur quelles bases, étaient conçues et formulées les principales théories du peuplement et des migrations qu’auraient connus ou effectués tel ou tel groupe de populations et son arrivée quasi simultanée avec le colonisateur.

2)                          - Nous sommes aussi en droit aujourd’hui de nous demander si les intentions étaient saines et les méthodes objectives et quelles conséquences, positives ou négatives, elles ont pu avoir sur le comportement individuel et collectif du Centrafricain d’aujourd’hui.

Il nous faut d’abord voir le contexte dans lequel cette histoire a été progressivement construite.

Une histoire légendaire

La grande référence de l’histoire centrafricaine reste, pour beaucoup d’historiens centrafricains, la thèse de P. Kalck (1959 et 1974). Or, si la partie consacrée par cet ami de la RCA aux périodes historiques, coloniale et post-coloniale, reste une véritable référence pour l’histoire centrafricaine, celle relative à l’histoire ancienne constitue en revanche et selon ses propres termes, « une solution de facilité », avec des lourdes conséquences quant à la construction de l’identité nationale centrafricaine.

En effet, la question de l’origine des populations centrafricaines constituait déjà une des préoccupations majeures des différents explorateurs de la fin du 19ème siècle. Dans leur démarche, et systématiquement, ils procédaient par comparaison des coutumes et des mœurs des différents groupes de populations rencontrées, faisaient des rapprochement avec ce qui était déjà connu ailleurs en Afrique, notamment  sur les populations de la vallée du Nil. Ce qui n’était que de simples spéculations formulées par ces derniers étaient reprises par l’administration coloniale avant de se trouver cristallisé à partir de 1959 par la thèse de Pierre Kalck. Dans une formulation incompatible avec les données anciennes et récentes de la recherche scientifique, les légendes sont admises comme Histoire de la République Centrafricaine.

Ainsi, selon A. M. Vergiat (1937 :37), les traditions Mandja « recueillies permettent d’affirmer que dimba le génie d’eau, matérialisé par un serpent d’eau aurait prêté son dos pour le passage des Mandja » sur l’Oubangui. Aussi, on apprend que les groupes de populations tels que les Banda, les Nzakara, les Zandé, les Sango, tous originaires du Darfour, ne seraient arrivés sur le sol centrafricain qu’entre 1830 et 1840. Les Gbaya chassés de l’Adamaoua par les Foulbés ne seraient, quant à eux, venus que vers 1870. Il faut noter que dans les livres d’histoire des collèges et lycées du Cameroun, les Gbaya sont venus de Centrafrique. De même, pour l’écolier gabonais, les populations Fang étaient venues à la fin du 18ème siècle du territoire actuel de la République Centrafricaine. C’est aussi curieux de voir les Zandé partir des régions du lac Tchad vers le XVIII ème siècle pour occuper un vaste territoire allant des régions oubanguiennes au Barh el Ghazal soudanais en passant par l’Ouellé congolais et y fonder une dynastie qui a vu plus d’une cinquantaine de rois se succéder avant le roi Bangassou que nous connaissons tous. Il n’est pas rare d’écouter, de la bouche même de certains Centrafricains désabusés, des reproches envers ces ancêtres peu soucieux qui ont migré pour s’installer dans un pays tel que la République Centrafricaine.

Il faut dire que nombres de préjugés inculqués par l’éducation allaient profondément influencer, en dépit de leur bonne volonté, les travaux de ces Européens. Lorsqu’on sait que l’histoire médiévale de l’Occident est fortement dominée par les questions des migrations barbares, on comprend alors l’influence de cette histoire sur la pensée de leurs auteurs. De plus l’histoire de l’Europe est celle des grands hommes politiques, des grandes réformes économiques…. Or l’histoire africaine d’une manière générale, et centrafricaine d’une manière particulière, est une histoire sociale, une histoire des villages, une histoire de la vie quotidienne, bien différente de la mentalité européenne.

 Une adaptation inadaptée 

Au cours des 30 premières années d’indépendance, la répartition ethnique sur laquelle s’appuyaient les Européens allait évoluer vers une division territoriale sur la base du milieu naturel. Ainsi, trois principaux groupes ont été définis, à savoir : les populations de savane, les populations de forêt, et les populations riveraines de l’Oubangui. Il fallut attendre l’avènement de la démocratie pour voir apparaître les notions de Nord et de Sud qui opposèrent la population centrafricaine à elle-même. Dans ce contexte, la naissance de plus d’une cinquantaine de partis politiques allait reproduire le premier schéma ethnique, tel que dessiné par les explorateurs. Chaque sous groupe (ethnique) devait posséder son parti et son leader et cela souvent au détriment d’une vision nationale.

Pour conclure, je cite ici un chercheur français, Pierre Vidal, archéologue, qui a travaillé durant des années en Centrafrique, et qui, à propos de notre beau et cher pays, la République Centrafricaine, écrivit ceci : « Il n’y a pas et il n’y a pas eu un être humain physiologiquement sain sans posséder l’idée de la durée, du temps écoulé depuis les premières années de sa vie… Il a vécu des évènements qui sont fixés par sa mémoire, et d’une manière ou d’une autre, ces évènements sont situés dans le temps de sa vie passée. Ce faisant, il a le sens de son histoire personnelle qui est en partie celle du groupe d’individus qui l’entourent et sans lesquels il ne serait pas homme» (1982). C’est donc le sens de cette histoire qui va contribuer à façonner son avenir, et donc celle de la collectivité dans son ensemble. Il faut donc cesser de vivre avec une histoire falsifiée, et adopter une histoire réelle, dynamique, où chaque conscience serait mise à contribution. Ainsi, au travers de cette citation, je crois que nous n’avons pas le droit de laisser tomber dans l’oubli notre mémoire collective, notre histoire commune. Nous avons cependant le devoir de renforcer notre identité nationale pour continuer à vivre ensemble et en harmonie. Aussi, je crois que les Centrafricains, hommes de la politique et de la société civile, devraient œuvrer pour un bien être national, et sortir de la langue de bois et du calcul politicien en adoptant une politique digne d’une nation ambitieuse et respectable, par de nouveaux comportements, envers et sur cette  terre de nos ancêtres, d’où « la voix nous appelle ».


Centrafrique : palmarès et secret d’une longévité politique africaine et mondiale,
(Réalités centrafricaines)
Par : Dr. Félix YANDIA

En Afrique, « un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui se consume ». Cette affirmation d’Amadou Hampaté Bâ est aujourd’hui démentie, et une fois de plus c’est en République Centrafricaine. Aussi, la République Centrafricaine est le seul pays en Afrique et même au monde à détenir le record de longévité politique. Ce privilège doit, en principe, honorer tout un pays. Abel Goumba, dans la conception africaine, devrait symboliser le sage, et donc celui que nous devons tous affectueusement et respectueusement appeler le ˝Vieux˝. En effet de Barthélemy Boganda, père de la nation centrafricaine, à K. Nkrumah ou Ahidjo, en passant par Houphouët-Boigny et L. S. Senghor, le général de Gaulle, Abel Goumba,  78 ans, est l’unique acteur politique parmi cette ancienne génération à poursuivre son petit bonhomme de chemin. Aujourd’hui, Vice Président de la République, il est candidat, de même que le Président de la République François Bozizé. Une telle longévité, pour quels résultats ? Comment expliquer cette longévité, tant humaine que politique, dans un pays où l’espérance de vie n’est plus que 39 ans ? Loin de lui souhaiter malheur, au contraire. Mais, la bonne santé ne peut être le seul apanage des hommes politiques (dont il est le symbole) théoriquement chargés de gérer la chose publique et d’œuvrer pour le bien-être collectif. Une retraite politique d’Abel Goumba lui permettrait de dire quelques mots de moins « généraux » à nos Généraux militaires.

1 – Des vraies fausses « mains propres » au service de la nation :

Abel Goumba, se targuant d’une expression auto affublée et mal comprise par les étrangers, « mains propres » du fait qu’il a couvert de tout son long, de tout son être, les crimes, les viols, les pillages et les rackets orchestrés d’un côté par des soit-disants « libérateurs » ; - du fait qu’il n’a pas assumé ses responsabilités de Vice Président de la République, après avoir êté relevé pour incompétence notoire devant la grogne populaire ; et donc devant l’obligation pour lui de justifier son important salaire et tous les avantages et honneurs qui y sont liés, il récidive. Les Centrafricains reprochent à l’agrégé de médecine, Abel Goumba, de n’avoir, dans le passé ou le présent, ni consulté un malade, ni même prescrit un médicament dans un pays où la santé demeure une préoccupation majeure. Aussi, il est connu comme l’homme, qui, à l’époque coloniale, saluait les indigènes la main protégé d’un mouchoir. De ce fait la qualification ˝Maboko a Vourou ˝ est comprise depuis lors par les Centrafricains comme désignant les mains qui n’ont jamais travaillé et qui n’ont jamais assisté les Centrafricains dans leurs différents malheurs. Même si, par ignorance des réalités centrafricaines, la presse étrangère lui tend une perche en traduisant  Maboko a vourou ou  ˝mains propres˝ par l’intégrité, l’homme semble mieux se sentir dans l’opposition pour naturellement ne rien faire de ses mains.

2 - Les raisons d’une retraite politique :

Le Général François Bozizé est né en 1946. C’est aussi l’année où B. Boganda fut élu député. Abel Goumba est le compagnon des premières heures de Boganda, avant de devenir l’un de ses farouches opposants.  Devenu président par la voie des armes, Bozizé, peut-être par calcul politique (chacun de son côté), fait appel à lui pour cogérer les affaires de l’Etat. De là à se demander si c’est lui le vrai Abel ou plutôt le frère biblique. Le reste ne se raconte plus. Aujourd’hui l’heure est aux bilans et c’est l’occasion de montrer aux Centrafricains, ne fusse qu’un seul de ses dix doigts de la main, gauche ou droite, qui par un heureux hasard, serait resté propre.

Cet appel est donc lancé principalement au Pr. Abel Goumba, en même temps Vice Président et Candidat du « Consensuel » avec le Président et à la Communauté Internationale. Goumba, est supposé être « un sage » et c’est à ce titre que je l’interpelle. Avec toute la  sagesse d’un vieil homme, même encore assoiffé de pouvoir, j’en suis persuadé, il comprendra qu’il fait la honte de tout un continent s’il ne réagit pas autrement. Et je le répète, c’est la longévité politique particulière de cet homme qui lui lance ce défi, tout en le mettant devant des responsabilités historiques et qui doit servir à quelque chose pour tout une nation.  Mais, déjà cette Histoire ne plaide pas en sa faveur. Plus de cinquante ans de vie politique mérite une autobiographie ou un mémoire digne pour la postérité. Déjà en lisant les écrits et les textes fondamentaux que nous a légué le Père fondeur de la République Centrafricaine, on se demande pour quelles raisons Abel Goumba a choisi de faire bande à part, tant les visions et les projets de Boganda sont encore d’actualité même de nos jours en ce 21ème siècle.

Aussi, les Centrafricains se souviennent de cette sentence, radio télévisée, solennellement lancée par feu le président Dacko lors des campagnes électorales précédentes, de 1999. Il disait ceci : ˝Goumba à ké sara Kwa na Zo pépé ˝, ce qui signifie littéralement, Goumba refusait, refuse et refusera de collaborer. Au jour d’aujourd’hui ce constat émis par un de ses compagnons des premières années d’indépendance prend tout son sens et devient une évidence.

Cette déclaration  sentencieuse remonte donc à l’époque où faisait encore partie des slogans ˝Zo Kwé Zo˝, traduisible par « chaque personne est une personne», ce qui cadre bien avec l’esprit d’Unité du président fondateur, B. Boganda. Cette profonde pensée a été reprise, avec toutes les variantes que nous connaissons, par les différents régimes qui se sont succédés dans notre pays. Maintenant que l’heure est au ˝Kwa na Kwa˝, ˝le travail rien que le travail˝, que les Centrafricains traduisent eux, par ˝la mort rien que la mort˝ ou encore, ˝le sang se paie par le sang˝ prédisant ainsi sa fin. Tout est dans la subtilité d’une langue comme nous le fait comprendre ˝Les mots étrangers˝, ce roman de l’écrivain franco-grec Vassilis Alexakis, (2002, éditions Stock) consacré au Sango cette langue nationale et officielle de Centrafrique.

Revenant à cette remarque, à l’époque énigmatique et aujourd’hui révérencieuse, du Président David Dacko à propos du peut-être "sage" Abel Nguédé Goumba, nous pouvons, à nos dépens constater que ces observations d’un vieux routier de la politique centrafricaine se retrouvent aujourd’hui confirmées et surtout depuis le 15 mars 2003.

Ce serait encore plus grave si tout un pays basculait en dessous de la misère, alors, que la sagesse peut encore l’emporter ! Cette sagesse-là commande au Vice Président Abel Goumba, au moins une fois dans sa vie, d’œuvrer sans attendre pour la réconciliation et la concorde nationale à jamais mises à mal, en réunissant tous les protagonistes et autres marchands d’illusions pour leur dire un mot de sage ! Difficilement élu député au deuxième tour dans son fief en 1988, et recueillant 6,6 % des suffrages, je crois qu’il n’a plus rien à  perdre. La nervosité dévastatrice et les comportements agressifs de certains de ses partisans, dans l’enceinte de l’ambassade de Centrafrique à Paris, le trahissent. Proférant en public des menaces à peine voilées, du genre «tu vas voire, Goumba n’est pas éternel», comme s’il s’agissait de l’Eternel lui-même qui parle d’un pauvre mortel à un simple immortel.  Au contraire, dès lors qu’il a fait le choix de retrouver au plus vite son poste préféré d’éternel opposant après les élections de 2005, il doit œuvrer pour la Paix. 

En conclusion, le Professeur GOUMBA devrait retirer sa candidature pour donner l’exemple aux autres candidats démocrates retenus afin de ne pas cautionner ce duel entre  général de la division et général bien armé.

 

 

CENTRAFRIQUE MON PAYS: (J’ai vu, j’ai entendu et je constate !)

Pour une paix durable en Centrafrique nous devons prendre le mal par la racine, c’est- à dire chercher à comprendre pourquoi il n’y a eu ni de stabilité politique, ni de paix, durant ces vingt dernières années, avant de rechercher des voies et moyens d’une paix durable, pour un développement harmonieux, dans un Centrafrique juste et prospère en cette de mondialisation. Dans une vie, chaque homme dispose d’un temps de parole bien limité, mais aussi, d’un temps d’action. Nos hommes politiques ont épuisé leur temps de parole. Qu’ils passent à l’acte tout en écoutant le peuple qui jusque là n’a jamais parlé.

Deux faits historiques, mondialement connus, peuvent nous aider à nous resituer. D’abord, quand les barbares débarquèrent il y a 17 siècles dans l’Empire romain, c’étaient des migrants qui croyaient un jour rentrer chez eux. Mais en ce XXIème siècle leurs descendances sont encore là. En France par exemple, ils se font tous appeler des Gaulois, et aujourd’hui sont fiers de l’être et nous traitent d’immigrés. Ensuite, rappelons-nous. Il y a seulement deux siècles encore, le commerce triangulaire (aujourd’hui mondialisation, selon moi) a généré des guerres tribales partout en Afrique. Mais, déjà, ce sont d’abord les dignitaires locaux, se contentant de pacotilles et d’alcool (du beaujolais impérial, interdit au peuple ?), qui chassaient et qui envoyaient leurs frères en esclavage, loin, loin en Amérique ; cent millions d’âmes paraît-il. Alors, alors, d’ici demain, on dira toujours que c’est la faute du blanc. Mais ça s’appelle la mondialisation. C’est d’abord quoi la mondialisation pour nous Centrafricains ? Je ne sais pas, ce n’est pas mon domaine de compétence.

En effet, depuis plus d’une vingtaine d’années, le nombre de Centrafricains réfugiés politiques va grandissant, au rythme des changements politiques dans leur pays. Les réfugiés économiques (cadres et diplômés ne pouvant rentrer au bercail), désemparés, ne savent plus à quel saint se vouer. Pourtant, tous ces Centrafricains, et mêmes les Ex dignitaires, ne rêvent que d’une seule chose : rentrer un jour dans leur beau et cher pays pour y vivre en paix et en sécurité. Mais comment et à quels prix ? Pour les uns, sans être sûrs de redevenir « propriétaires des recettes publiques », pas question de s’hasarder pour un retour dans ce pourtant beau et riche pays. Pour d’autres laissés pour compte, il faut souffrir en paix quelque part, et ailleurs, et c’est une véritable désolation dans le désoeuvrement.

Ainsi, dans ce pays de 3,6 millions d’habitants, comptant plus de 50 partis politiques, pour autant de sous-préfectures, les appétits sont voraces. Dans ce pays subdivisé en 16 préfectures, on compte autant de candidats aux élections présidentielles. Il est donc facile de voir la cruauté que cela engendre, mais aussi les risques encourus : une politique, sans foi ni loi et sans vergogne, destinée à prendre en otage des populations entières sur des bases essentiellement ethniques et régionalistes. Cette politique ethnique et régionaliste créée sur des bases purement égotistes, suscitant la peur et le rejet de l’autre. Cette dangereuse politique est entretenue par les dirigeants politiques, des intellectuels également véreux, au détriment d’une vraie politique nationale. Elle ne peut que conduire le pays dans l’abîme total. Il ne nous reste qu’à voir Mbaïki, la fleur retournée à la brousse, Mobaye, Kembé, Paoua, Kaga-Bandoro, (…) avec leurs édifices publics (essentiellement coloniaux, rappelons-le) en ruines, pour comprendre que toute la population centrafricaine, du nord au sud, d’est en ouest, souffre et fait les frais de cette politique irresponsable. Tout n’est peut-être pas sombre heureusement. Bangui commence à redevenir la coquette, c’est bien et félicitations. C’est la preuve que nous pouvons bien mieux, mais avec des hommes honnêtes et compétents, chacun dans son domaine. Seuls les prédateurs et leur progéniture peuvent s’exiler, et vivre aussi longtemps que l’éternité, des fruits de leurs prédations et des aides plus ou moins conséquentes du H.C.R. Il nous reste aussi à voir que, sur ces quinze dernières années, plus de quarante (40) mois de salaire (soit quatre ans !) demeurent impayés à ce jour. Et ce n’est pas fini.

Nous sommes donc en face d’une classe politique engendrée par un même système, un même type de régime, qui se bat aveuglément dans le seul et unique but de se rapprocher de nouveau des caisses du trésor public, privatisable à merci et sans vergogne. Plus de vingt ans d’instabilité et gestion (libre à chacun de la qualifier) ont profondément liquéfié le pays. Les principaux acteurs de cette scène politique sont encore et toujours là, cherchant à briguer la magistrature suprême. Cette présence traduit sans équivoque la gravité de la situation, et donc des préoccupations légitimes que nous pouvons avoir.

Pour ne citer que les faits historiques que nous connaissons tous, tels que la confiscation et l’utilisation des salaires comme armes de dissuasion contre la masse populaire, car « ventre affamé n’a point d’oreilles », ou encore les rapatriements manu militari ainsi que les sévices moraux et corporels sur les opposants, ou encore les villages incendiés, les exécutions extrajudiciaires sommaires (politiques), les coups d’Etats à répétition, les mutineries militaires, les rebellions (….), tous aussi destructeurs et meurtriers les uns que les autres en témoignent.

Nous sommes aujourd’hui à la veille d’une campagne électorale, et surtout présidentielle. Plus grave, il n’y a en fin de compte qu’un seul profil de Candidat : anciens dignitaires (qui cherchent à reconstituer leurs richesses simplement rétrécies). Parmi eux, que ceux qui ont encore les mains propres lèvent le doigt ! Encore plus haut, vers le ciel !

Ex Présidents, actuel Président, futur ex Président (cf. un encadré du Canard Enchaîné au lendemain du 15 mars ironisant : « Coup d’état en Centrafrique, un autre président à renverser »), Vice Président et bientôt ex-Vice Président, ex Ministres ou encore ex Ministres devenus ex Présidents et tous les anciens ministres des différents régimes (il est vrai que c’est difficile de s’y retrouver et j’ai perdu le verbe). Malgré tout, il apparaît que tous ces anciens ou anciens-anciens, premiers ou pas, possèdent la même moralité et recherchent le même but, se venger tout en brimant la population.



*En cette période de vaches, pour ne pas dire de Centrafricains, maigres, d’où sort l’argent pour les campagnes électorales destiné à acheter les voix, et les cautions de 15 millions, puis 10 millions et enfin 5 millions de francs (ce n’est pas la peine de préciser, il n’y a plus de FF) ?

*Pourquoi, bourreaux et victimes, galonnés d’hier, aujourd’hui concurrents, se tendent-ils la main ? Sont-ils vraiment sincères, ou doit-on craindre la grosse artillerie d’autant plus le bourreau nous dit, «si ce n’est pas moi, il n’y aura pas la paix dans ce pays». La victime nous répond : « Kwa na Kwa, ou la mort rien que la mort».

* Comment expliquer qu’un Président détourne 70 milliards, alors que les arriérés de salaires cumulés n’atteignent que 24 milliards ? Si c’est vrai, son successeur espère-t-il en faire autant et en combien de temps ? Compatriotes, faut-il encore attendre le retour et dans combien de temps de Monsieur Avenir pour qu’il puisse nous le dire ?

*Comment expliquer que c’est toujours avec la complicité des civils que les coups d’Etats finissent par installer durablement les militaires au pouvoir ? 14 ans de Bokassa, 12 ans de Kolingba et combien pour Bozizé ? Taisons-nous et mangeons, Messieurs les Ex quelque chose. Comme d’habitude, seules les interventions extérieures finissent par les faire partir (Opérations Barracudas, Murs de Berlin avec les exigences de la démocratisation imposées par François Mitterrand).

*Comment comprendre la dispersion des alliés d’hier, hommes politiques et militaires unis pour renverser un Président (d’où qu’il viennent) pourtant démocratiquement élu et dont le mandat arrivait à terme. Avaient-ils un programme commun, ou celui du PUN ou du FPP ou encore celui du FODEM… pour une gestion collégiale ? Quel était le programme de Bozizé ? Le seul combat politique est-il celui de faire partir à tout prix le locataire du Palais de la Renaissance, quel qu’il soit ? L’homme qui sera élu en 2005, quel qu’il soit, sera-t-il respecté reconnu ? Et l’opposition une opposition constructive, qui propose et pas seulement contribuer à noircir (sans rire) et à mettre les bâtons dans les roues dans ce contexte politique et économique désolant ?

Evidemment, personne n’est responsable, nous dira-t-on. Pendant ce temps, j’ai vu, et peut-être revu dans le désordre total. Mais, dans tout ce que j’ai vu et peut-être revu (mais pas tout cité par respect à mon pays.

J’ai vu qu’ils ont vu que ce que j’ai vu, le peuple a vu. J’ai vu, et le peuple aussi a vu un pays béni où vivent des hommes maudits. J’ai vu des Ex marchander la Paix. J’ai vu que le peuple a vu qu’ils reviennent sans la paix avec les mêmes chansons et les mêmes gbogborôh et leurs canons rouillés. J’ai vu, récemment, des pauvres paysans de Ouadda-Djallé labourer leur champ avec du bois durci au feu ou des os taillés. J’ai vu des hommes aller et revenir à pied de Bria, pour en rapporter tout simplement une lame de fer. A Mobaye, j’ai vu un commissaire de police faire fièrement usage d’un jouet de bébé comme d’une sonnette pour appeler un subalterne. A Bangui, j’ai vu des policiers matraquer les ramasseurs de kinda gozo (sauterelles, que la nature nous donne), pendant que les journalistes les interviewaient et les faisaient danser. J’ai vu un pays où les tous Ex font un constat global d’échec sur les 20 dernières années. J’ai vu qu’ils ont vu, que ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait. J’ai vu devant le siège d’un parti politique, un enfant avec son pousse-pousse, être poursuivi et traqué, parce qu’il a failli se faire tuer par un cortège présidentiel. J’ai vu un dignitaire me dire « tu n’as pas compris ». J’ai vu, et le peuple aussi a vu, des taxi mens s’acquitter de leurs impôts. J’ai vu des rues et des avenues défoncées. J’ai vu des policiers racketter. J’ai vu des Ex trop parler de paix, et organisant trimestriellement des mutineries. Aussi, j’ai vu E lé songo avec des armes. J’ai vu qu’il a vu que j’ai compris. J’ai vu tous ces Ex nous parler d’avenir, et ne pas présenter un bilan. J’ai vu, pendant les campagnes électorales, les paysans me dire, « c’est le seul moment pour manger, c’est la démocratie, tout le monde peut venir ». J’ai vu qu’ils ont vu que je rêve pour un beau pays qu’ils se sentent incapable de réaliser. J’ai vu, et le peuple aussi, des gens, le colt bien en vue, interrompre un pasteur, dans son prêche dominical pour répondre à l’appel téléphonique de l’autorité. J’ai vu un Président traumatisé et devenu parano, à la suite des mutineries et des coups d’Etats trimestriels. J’ai vu, dans un aéroport parisien, un Président en larmes. J’ai vu, dans un aéroport parisien, un Ministre incapable de savoir de quel poste ministériel il était le titulaire. Alors, alors… Dans mon pays, j’ai vu des intellos radoter.

Aussi, j’ai vu que les anciens Présidents, l’actuel Président, les futurs Présidents, ont compris, tout le monde a vu qu’ils ne nous diront pas la vérité sur le fond de leurs pensées, et les vraies raisons pour lesquelles ils veulent devenir Président. J’ai vu, dans les veillées mortuaires des proches du Président, des intellos et des Ministres ou ex Ministres se battre pour être en vue, en distribuant le café à la peuplade (pour une fois qu’ils piquent la place de leurs servants) et aux gens réellement éprouvés. J’ai vu qu’ils ont vu, que si nous avons compris, ils sont perdus. J’ai vu, et le peuple aussi a vu, un pays où coulent le lait et le miel dans certaines gorges. J’ai vu un candidat annuler une réunion, parce que, au dernier moment paraît-il, un cabri affamé, a dévoré son discours essentiellement sur papier. J’ai vu, des enfants tués par des balles appelées perdues. J’ai vu la chaise d’un ami, qui venait de se lever, traversée par une balle, toujours appelée perdue. J’ai vu des Présidents prédisant la famine et la mort. J’ai vu des gens affamés et des morts, par balles ou par manque de moyens. J’ai vu dans un pays, un pays de la débrouille. J’ai vu certains dignitaires se dire « le petit il a raison ». J’ai vu, qu’ils ont vu, que… je vous demande de compléter la liste. J’ai vu qu’ils ont compris et qu’ils nous observent, alors et alors, complétez-la pour en rigoler.

Dans ce pays, j’ai vu des gens créer des Partis politiques, juste pour marchander des postes ministériels. J’ai vu des pasteurs et des diacres, un revolver dans une main et la bible dans l’autre. J’ai vu un Ministre dévorer un poulet braisé entier, avec un long pain bien beurré et un service de café, au petit déjeuner, pendant ce temps, les parents venus le solliciter attendre au portail. J’ai vu des gens détourner des barils de pétrole alors que le pays en manquait. J’ai vu qu’ils ont vu que j’ai vu que les hommes capables se taisent. J’ai v, un pays où tout est de la faute du Président. J’ai vu des anciens syndicaux se convertir et tout cela pour la mangeoire. J’ai vu un Président appeler une population déjà affamée à baisser la tête, à se soumettre au jeune et à continuer de prier. J’ai vu un Ministre détourner le regard, et la tête avec, pour me faire croire qu’il ne m’a pas vu. J’ai vu des Ministres dire « c’est grâce à mon cerveau que je se suis "parvenu" », et c’est la vérité. J’ai vu un pays ne pas accueillir les enfants de son fondateur et même pas la veuve. J’ai des intellos baisser la culotte. J’ai vu dans ce pays, un Ex Empereur, bible dans la main se couronner apôtre pour la Paix. J’ai vu un pays où meurent tous les jeunes et un pays où seuls les hommes politiques vivent vieux. J’ai vu un pays où les dignitaires se plaignent plus tous les autres. J’ai vu qu’il a vu que j’ai vu et que j’en souriais, tout-en m’en foutant. J’ai vu des innocents en garde à vue et des voleurs en liberté. J’ai vu un ex Ministre me faire l’accolade bien appuyée et très sonore, comme si j’étais un sourd et non voyant. J’ai vu qu’ils ne veulent pas que ce secret de famille soit connu ! Alors, alors je veux qu’on change. Je radote, je sais, mais n’y a-t-il pas de quoi radoter ?

Dans ce pays, j’ai vu des candidats dénoncer la prédation, la gabegie, le clientélisme, et tous ces maux qui font mal. J’ai vu, dans ce pays, qu’on ne combat ni même ne dénonce ces maux. J’ai vu, un autre ex, et même un ex-ex, m’aborder dans la rue, pour me parler de ses problèmes. J’ai vu un ex ministre attendre un bus, transport en commun, à des heures de pointe ! J’ai vu la peuplade lui rappeler sa belle époque ! Dans ce pays, j’ai vu des candidats parler de Paix. J’ai vu des dignitaires me dire : parlant ainsi, tu ne vas pas "manger" dans ce pays ! J’ai vu qu’il a vu que j’étais désolé. J’ai vu des procès politiques en fin de règne, mais pas des procès de dignitaires en pleine gloire, au moment des faits. J’ai vu, dans ces pouvoirs, de l’impunité, des règlements de comptes, entre nouveaux dignitaires et déchus. J’ai vu, toujours, les mêmes« moudjou vouko, na bé ti lo koééééé ». J’ai vu qu’ils ont vu que j’ai vu leur catalogue programme. J’ai vu qu’ils ont vu que le peuple a vu l’état des routes, des écoles, des hôpitaux, de l’agriculture et j’en passe. J’ai vu que le peuple a vu tout ce qu’ils proposent de réaliser en cinq ans sans lui dire où trouver l’argent. J’ai vu des candidats proposer des machines à sous. J’ai vu des dignitaires monter quatre à quatre les marches de l’assemblée, la dépouille d’une femme de Président sur l’épaule. J’ai vue des dignitaires ne pas inviter ni la veuve, ni les orphelins d’un Président fondateur. J’ai vu des promotions dans la haute classe politique pour garantir une protection mutuelle. J’ai vu des ministres avec leur chien méchant. J’ai vu des dignitaires envoyer leurs enfants faire des études à l’étranger. J’ai vu des dignitaires détruire nos écoles. J’ai v, des Ministres avec leurs portails sévèrement gardés. J’ai vu un ministre répondre à un ancien collègue quémandeur, que son chien n’avait pas encore mangé.

Mais aussi, et encore, j’ai vu un Président entouré d’une bande d’escrocs. J’ai vu un président parcourant le monde pour vendre du diamant. J’ai vu une femme se gaver dans la marmite d’un ministre en fuite. J’ai vu des candidats braver les intempéries et les routes chaotiques en plus des zaraguina (coupeurs de routes) pour se rendre dans des contrées encore habitées par des hommes, parler aux cabris malheureusement en pèlerinage ou décampés au Tchad. J’ai vu, et en France, chez un consul, toute une cantine remplie de 10.000 Fcfa. J’ai vu que le peuple en a vu de toutes les couleurs. J’ai vu qu’ils ont vu que j’ai vu. J’ai vu qu’ils ont vu que j’ai vu que 60 mois (combien d’années ça ?) de bourse de nos enfants à l’étranger ne sont pas payés. J’ai vu qu’ils se font appeler « Excellence », et dans quels domaines. J’ai vu, à Bosemptélé, des camions de militaires recharger et transporter les marchandises des Libanais, pour contourner la douane. J’ai vu un Centrafricain détenir le record mondial de longévité politique. J’ai vu l’espérance de vie d’un centramachin cadavérique. J’ai vu des militaires faire la guerre dans leur propre pays. J’ai vu que le peuple va continuer de voir, et d’en voir. J’ai vu qu’ils ont vu que nous voulons un président Honnête et Sérieux. J’ai vu que ces Présidents ont vu que j’écris Président avec un grand P, sans un pet et dans la paix. J’ai vu des pêcheurs pécher dans la diplomatie et comme ambassadeurs. J’ai vu des gens, bien gros et bien gras, se tenir orgueilleusement et sans la honte ni pitié, devant des gens maigres et affamés, pour faire campagne. J’ai vu un Général prêcher la Paix sans péter, sans l’Unité.

Ce n’est pas fini, encore, j’ai vu des candidats en campagne reçus par des chiens habillés de tee-shirts à leur effigie. J’ai vu pousser des villas, ensuite détruites et pillées par la peuplade. J’ai vu des dignitaires fiers et pleins d’orgueil, puis les mêmes, déchus et anéantis, réduits à vivre dans la clandestinité ou même sans liberté. J’ai vu tout un gouvernement s’islamiser, et c’est la politique. J’ai vu à Paris un désoeuvré, voyant les chances de son candidat s’envoler, péter les plombs. J’ai vu des militaires appelés pour sauver le pays. J’ai vu des gens ordonnées rentrer dans ce désordre (et si Boganda voyait çà, quelle honte aurions nous ?). J’ai vu un Empereur déclarer que « la politique, ce n’est pas pour les enfants ». J’ai vu un Président déclarer « comment peut-on faire dépecer par autrui le buffle qu’on vient de tuer soi-même ? ». J’ai vu, quelques mois plus tard, un Président déposé par un buffle mâle (koli gba en sango). J’ai vu des candidats détecter nos richesses en reniflant le sol. J’ai vu des civils acclamer des militaires après un coup d’Etat. J’ai vu des partis politiques composés des gens d’une même localité. J’ai vu des militaires s’éterniser au pourvoir. J’ai vu un président élu au suffrage universel remercier le Seigneur d’abord.

J’allais oublier, j’ai aussi vu un dignitaire me dire « une bouche qui mange ne parle pas » ! J’ai vu que par simplement la longueur, si tous les Centrafricains qui ont vu écrivaient, ça ferait le tour du monde. J’ai vu qu’ils ont peur de ça. J’ai vu des Président nous dire que le pouvoir est un don de Dieu, pas des armes, et surtout, surtout, pas du peuple. J’ai vu nos mamans toutes nues danser devant la Présidence de la République. J’ai vu des opposants en prison se convertir. J’ai vu des Centrafricains tués parce qu’ils disaient la vérité ! J’ai vu les ruines de nos écoles, et les naissances des chapelles. J’ai vu un Président démocratiquement élu partir pour ne pas revenir. J’ai vu un Président chier, tout en sueur, j’ai compris que c’était un homme, mais a-t-il un cœur si c’en est vraiment un ? J’ai vu un Président bruyamment péter et des ministres l’acclamer. J’ai vu des Hommes s’enfuir, abandonnant femmes et enfants (a koli a kpé). J’ai vu l’Empereur partir pour ne pas revenir. J’ai vu un Empereur être inhumé, sans la dignité, et dans la mutinerie, donc dans la peur. J’ai vu un Président mourir à côté (Cameroun) de nous, dans la solitude, et la pauvreté ! J’ai vu tous les catalogues (type La Redoute) programmes, de chaque candidat refusant de voir et de parler d’unité et de la concorde nationale. J’ai vu des Centrafricains ne sachant comment aller enterrer leur mort (naturel ou par balles directes ou encore appelées perdues et surtout achetée avec l’argent de son impôt, direct ou indirect). J’ai vu dans ce pays tout le monde dire que c’est la faute des autres. J’ai vu qu’ils vont se dire « heureusement qu’il n’a pas tout vu ou qu’il n’a rien vu ». J’ai vu que ces dignitaires ont vu que tous nos hommes politiques ne sont pas des cupides rapaces (propos injustement reproché au journaliste Maka Gbokossoto si nos juges avaient pris la peine de regarder le dictionnaire). J’ai déjà vu ces hommes vous dire « ne rêvez pas avec ce fou, et venez manger » ! Mais aussi, j’ai vu les Centrafricains voir ces choses et peut-être autres choses, de leurs propres yeux. Alors, alors, c’est à eux aussi de nous dire, « a fou sein, partout, partout ! » mais surtout par l’autocritique et par des omissions et des mensonges, car le peuple a tout vu !



Ainsi donc, constatons, considérons et dormons (car seule la nuit porte conseil).

- Constatant que plus personne ne peut se prévaloir de « mains propres» (dans les deux sens : des centrafricains et des étrangers),

- Constatant que les Centrafricains sont cyniquement abusés et désabusés, donc dépassés et résignés,

- Constatant que les deux Vices Présidents du dialogue national se portent candidats, et donc en rang dispersés (traduisant ainsi un manque de conviction dans les résolutions du dialogue national),

- Constatant que 25 partis, avec théoriquement leur programme et visions politiques sans convergence les uns avec les autre, soutiennent un candidat débarqué au pouvoir et théoriquement "bien placé",

- Constatant que tous les anciens ministres se mobilisent essentiellement pour l’homme le mieux placé, de manière à revenir au plus vite aux affaires et dans quels buts…..,

- Constatant que les rancunes restent tenaces entre nos dirigeants ex et ex, et entre exs et futurs ex,

- Constatant que le retour des anciens Présidents en première ligne cache mal le manque de crédibilité dans les partis politiques où on a la merde jusqu’au cou.

- Considérant que beaucoup ne peuvent que se servir des noms écrans d’anciens présidents pour récidiver,

- Constatant que la justice centrafricaine ne peut pas être indépendante du fait que les promotions dans la magistrature se font après marchandages et chantages aux magistrats,

- Considérant que la R.C.A n’est pas qu’un Rassemblement de Crapauds Abandonnés (propos attribués à tort ou raison à l’écrivain Léopold S. Senghor ou Rien dans la Caisse comme disent les Centrafricains),

- Considérant que tous nos hommes politiques ne sont pas des cupides rapaces,

- Considérant qu’il ne peut y avoir de paix durable sans concorde nationale,

- Considérant que la communauté internationale ne peut nous assister éternellement,

- Considérant que chaque Centrafricaine et chaque Centrafricain, de bonne foi, soucieuse et soucieux de l’avenir de son pays, (celles là et ceux là ne manquent pas) peut compléter ces considérations et constats non exhaustifs ici (….),

Décrète une auto critique et une réflexion constructive générales.
Par : Dr. Félix YANDIA
29 décembre 2004 [à suivre]