L'ancien président
sud-africain Nelson Mandela a appelé jeudi à Londres les pays développés à
"tenir leurs promesses" et à libérer "les millions de
personnes esclaves" de la pauvreté à travers le monde.
"La pauvreté massive et les inégalités obscènes sont des fléaux de
notre époque qui ont leur place à côté de l'esclavage et de
l'apartheid" a insisté M. Mandela, devant des milliers de personnes réunies
à Trafalgar Square.
Invité à Londres par "Make Poverty History" ("faire de la
pauvreté un élément du passé"), une coalition d'associations
humanitaires britanniques, M. Mandela doit rencontrer les ministres des
Finances du G7, les pays les plus riches de la planète, qui se réunissent
vendredi et samedi dans la capitale britannique. Et il entend leur rappeler
leurs promesses.
"En septembre, les leaders mondiaux se réuniront à New York pour
mesurer les progrès depuis leur déclaration du millénaire, en 2000. Ils
avaient alors promis de réduire la pauvreté de moitié (d'ici 2015). Mais
pour le moment, le retard est tragique", a-t-il accusé.
"Dans ce siècle nouveau, des millions de personnes (...) restent
emprisonnées, esclaves, enchaînées. Elles sont enfermées dans la prison de
la pauvreté. Il est temps de les en libérer", a insisté M. Mandela.
30.000 personnes qui meurent de faim chaque jour à travers le monde, 6.000
personnes qui meurent du sida quotidiennement en Afrique: plusieurs militants
d'associations humanitaires, s'exprimant avant l'ancien président
sud-africain, ont rappelé la nécessité d'agir.
"En Afrique, il y a l'équivalent d'un 11 septembre 2001 chaque
jour", a accusé Kumi Naidoo, un militant sud-africain, reprochant aux
pays riches d'avoir réussi à mobiliser des milliards pour "une guerre
injuste et illégale en Irak" mais de ne pas faire la même chose pour la
pauvreté.
"Ne pas agir serait un crime contre l'humanité", a insisté M.
Mandela, ovationné par une foule très jeune, parsemée de drapeaux
multicolores.
Parmi les personnes venues applaudir le premier président noir (1994-99) de
l'Afrique du Sud démocratique, deux hommes avec des masques de George W. Bush
promènent une banderole appelant à combattre le sida. Un fléau qui vient
d'emporter le fils aîné de l'ancien chef d'Etat.
A la veille de rencontrer les ministres des Finances du G7, M. Mandela a en
tout cas précisé ce qu'il comptait leur demander: mettre en place des règles
commerciales réellement "justes", "mettre fin à la dette des
pays les plus pauvres", estimée à 39 milliards de dollars par an, selon
"Make Poverty History", et "apporter une aide plus
importante" à ces pays.
Frêle, dans un grand manteau noir, Nelson Mandela, 86 ans, n'est peut-être
plus qu'un vieux chef d'Etat "à la retraite", comme il l'a dit lui-même.
Mais sa stature politique n'a pas diminué: "il n'est pas le président
de l'Afrique", a insisté le rocker et activiste irlandais Bob Geldof, en
le présentant à la foule: "Il est le président du monde".
Et il compte bien se servir de son prestige pour promouvoir le "plan
Marshall pour l'Afrique" lancé par le Premier ministre britannique Tony
Blair et son ministre de l'Economie et des Finances Gordon Brown.
Tony Blair a promis de baser sur ce plan sa présidence du G8 cette année.