Afrique Éducation N°175 - 1er au 15 mars 2005
SANTÉ (PRESIDENTIELLE) EN CENTRAFRIQUE : 
CE QUE KOLINGBA CACHE A SES ÉLECTEURS

De notre correspondant à Bangui, Max-Marcel Nyalendoma

Le 13 mars 2005 n'est plus loin, date à laquelle les Centrafricains vont choisir celui qui présidera aux destinées de leur pays pendant les cinq prochaines années. Des onze candidats finalement retenus à Libreville sous les auspices du patriarche El Hadj Omar Bongo Ondimba, et ayant maintenu leur candidature, seul Jean-Jacques Demafouth n'a pas mis à profit les deux semaines de campagne pour faire passer directement son message aux populations, à moins qu'il ait tout simplement décidé de jeter l'éponge. Une telle hypothèse n'est pas exclue au regard de la situation insurrectionnelle qui prévaut dans certaines régions du pays où il est impossible de faire campagne, surtout pour lui, l'ancien ministre de la Défense.

Autre signe de sérieuse inquiétude pour les électeurs du candidat André Kolingba : son état de santé est, contrairement à ce qu'il a fait croire en arrivant à Bangui le 27 février au matin, une sérieuse préoccupation non seulement pour lui-même mais aussi pour le peuple appelé à l'élire mais sans savoir que c'est à un grand malade qu'il pourrait confier son destin.

Le premier tour de la présidentielle de la République centrafricaine (RCA) fixée au 13 mars 2005, arrive à grands pas : tous les candidats, grâce à la sage médiation du patriarche El Hadj Omar Bongo Ondimba, ont été admis à compétir, sauf un d'entre eux, l'ancien président Ange-Félix Patassé. Homme à abattre pour François Bozizé, le chef du MLPC (Mouvement de libération du peuple centrafricain), seul parti à couvrir l'ensemble du territoire et de loin le plus organisé, est malgré lui obligé de se mettre en marge de la République, alors qu'il avait les moyens politiques de passer cette présidentielle dès le premier tour, si sa candidature avait été validée. Peut-être que c'est pour cette raison que son tombeur, François Bozizé, a fait toutes sortes de concessions pour permettre la tenue de ces élections, tout en restant inflexible quant à une éventuelle validation de la candidature d'Ange Félix Patassé. Ce dernier semble donc avoir été sacrifié pour permettre ce consensus minimum.

Cela dit, à moins de se livrer à une fraude massive, François Bozizé n'a aucune chance de se retrouver au deuxième tour et encore moins, de passer haut la main cette présidentielle dès le 13 mars comme il le clame partout. Outre les candidats de poids comme Abel Goumba et Jean-Paul Ngoupandé qui n'ont épargné aucune énergie pour dénoncer l'incurie et l'incompétence de son pouvoir auquel ils ont apporté, à des degrés divers, leur illustre concours, le danger pourrait venir de l'ancien premier ministre Martin Ziguélé s'il arrivait à bénéficier d'un réel soutien de la base du MLPC. Mais pour que cela soit possible, il faudrait que le président-fondateur, Angé-Félix Patassé, actuellement en exil involontaire au Togo, puisse formellement le demander à la base du parti, la direction actuelle gérée par Luc Apollinaire Dondon, ayant été fortement accusée de collusion avec le putschiste François Bozizé et de manœuvre visant à favoriser la candidature de Martin Ziguélé. En effet, les participants à la dernière table ronde à Libreville avaient noté l'absence d'enthousiasme de Dondon dans le soutien d'une candidature de Patassé, ce qui était allé jusqu'à étonner le patriarche Bongo Ondimba, organisateur de ces assises.

Si ce linge sale n'est pas lavé en famille avant la date fatidique du 13 mars, le grand profiteur de cette donne pourrait être celui qu'on n'attendait pas : Charles Massi que François Bozizé ne voit pas d'un très bon œil au regard de sa montée en force qui déborde largement les capacités de son seul parti, le FODEM (Forum pour la démocratie et la modernité). Toutefois, il est encore trop tôt d'avancer que Charles Massi pourrait, sous certaines conditions, bénéficier du soutien du MLPC et de l'ancien président Patassé qui, officiellement, venait de demander un report d'un à deux mois de la présidentielle à laquelle il réaffirme sa volonté de prendre part. Mais la politique étant l'art de réussir des consensus les plus imprévisibles, personne n'a oublié à Bangui qu'au lendemain du repêchage de quelque trois ou quatre candidats par François Bozizé, repêchage qui excluait l'ancien président de la RCA ainsi que les candidats membres du MLPC mais se présentant sous leur propre étiquette, à savoir, Jean-Jacques Demafouth et Martin Ziguélé, c'est Charles Massi qui, le premier, prenant publiquement la parole, avait mis toute la classe politique d'accord en rejetant en bloc le " geste magnanime " de Bozizé qui avait refusé la dissolution de la Cour constitutionnelle et repêché quelques candidats de son choix. " Tous candidats ou personne candidat ", avait alors fort opportunément rétorqué Charles Massi, emportant immédiatement l'adhésion à sa position intransigeante de toute la classe politique centrafricaine, en dehors de François Bozizé et de ses partisans. Si en politique, on n'oublie jamais, s'en souviendra-t-on le moment venu au MLPC ?

Cela dit, la question qui hante les esprits à Bangui, pas pour les mêmes raisons, est bien la troisième et probablement dernière candidature d'André Kolingba pour reconquérir son fauteuil perdu pour déficit d'électeurs il y a une douzaine d'années : " Une nouvelle candidature de Kolingba pour quoi faire alors qu'on le sait très malade " ? Dans une récente interview à Afrique Éducation (numéro 171-172 du 1er au 31 janvier 2005), le candidat du RDC (Rassemblement démocratique centrafricain ) avait ébauché son programme, sans lever les doutes sur son état de santé que tout le monde sait précaire. Car dans son équipe de campagne où chacun se montre khalife à la place du khalife, on ne cache pas que cette troisième tentative de revenir aux affaires, est de trop pour le vieux général qui, ces derniers mois, tenait à peine debout, au point de décaler tous ces rendez-vous. Même ses visites programmées dans certaines capitales, notamment, Libreville et Lomé avant la disparition du président Gnassingbé Eyadèma, avaient été finalement annulées, dans le but de permettre au candidat de se " retaper " et d'apparaître aux yeux du peuple centrafricain sous son meilleur visage, le jour de son retour à Bangui. C'est du reste le message que son comité de campagne a voulu faire passer en mettant l'accent sur le " très bon état " apparent de santé du candidat Kolingba.

Ce n'est un secret pour personne que son épouse, Mireille, s'était farouchement opposée à sa candidature. En connaissance de cause : plus que quiconque, elle connaît l'état de santé de son époux que certains lobbys yakoma, selon des propos qu'on lui attribue, souhaitent envoyer à l'abattoir pour leurs intérêts strictement personnels. Toujours est-il que face à l'extrême puissance de ces derniers, elle a dû jeter l'éponge, mais pas avant avoir exigé et obtenu de mettre sous sa seule coupe, les finances de toute la campagne et même du parti.
Le retour à Bangui sans cesse retardé du candidat Kolingba, était justifié par son état de santé. Selon des informations dignes de foi, l'homme ne serait plus apte à la fonction présidentielle. Ses médecins le lui auraient fait savoir en privé. Et même si jamais il devenait président, il se verrait obligé de faire d'incessants voyages entre Bangui et Paris où on compte nombre de ses médecins. Les Centrafricains sont donc prévenus.

Une campagne des plus courtes pour ne laisser que le minimum de forces sur le terrain, voilà ce que les médecins français auraient finalement demandé à André Kolingba devant son insistance à faire don de sa personne au peuple de Centrafrique. Reste à savoir s'il suivra leur conseil. Le général est réputé insensible aux recommandations de ce genre. Mireille a la preuve de son entêtement. Pour son retour à Bangui, des dispositions ont été prises pour lui éviter les désagréments qu'il avait déjà connus lors de son voyage le menant en France il y a plus d'un an. On se souvient de la frayeur qui avait gagné l'équipage d'Air France, quand quelque temps après le décollage de l'aéroport de Bangui-M'Poko, André Kolingba s'était mis à tousser, puis à vomir, se sentant subitement très mal au point de le faire savoir au commandant de bord. " Y a-t-il un médecin dans l'appareil " ?, questionna le chef de cabine, après avoir constaté l'état inquiétant de ce passager qui donnait de sérieuses sueurs froides jusqu'à son épouse Mireille, justement à ses côtés.

Aujourd'hui, les données semblent avoir empiré, même si le général-candidat affiche une forme à toute épreuve.

Max-Marcel Nyalendoma
A Bangui

Publication de la liste des candidats
La Commission électorale mixte indépendante (Cémi) de Centrafrique a publié mercredi soir, la liste définitive des 11 candidats à l’élection présidentielle du 13 mars prochain, conformément à l’accord signé le 22 janvier à Libreville, a annoncé la radio nationale. Seul parmi candidats, l’ex-président Ange-Félix Patassé n’est pas autorisé à se présenter.
Afriquecentrale.info 26/1/2005 - suite de l'article

Le Bon choix de la Reconstruction Démocratique

Charles Massi le miraculé
Afriquecentrale.info - 5/1/2005

OPINIONS - 25 novembre 2004.
CLASSE POLITIQUE : QUAND ALLONS-NOUS ÉVOLUER ?
Par Éric NÉRIS.
BOZIZE, PATASSE, KOLINGBA, GOUMBA, NGOUPANDE, sont tous candidats à la prochaine élection présidentielle qui doit mettre fin à la transition issue du changement du 15 mars 2003 et consacrer le retour à l’ordre constitutionnel normal. Les Centrafricains ont voulu croire que le Dialogue National qui s’est tenu a Bangui du 09 septembre au 13 octobre 2003 allait permettre de rompre avec les pratiques du passé. Depuis, tous les partis politiques le constatent aujourd’hui sur le terrain, la population n’a plus l’intention de « se laisser conter des histoires ». Alors, allons-nous véritablement évoluer dans le bon sens avec les prochaines élections ?

AFP 17 NOV 2004
Élection: 23 partis politiques soutiennent le président centrafricain
FODEM, le 12 nov 2004.
MULTIPLICATION DE PARTIS POLITIQUES ET ORGANISATIONS BIDONS APPELANT A LA CANDIDATURE DU GÉNÉRAL-PRÉSIDENT-AUTOPROCLAMÉ FRANÇOIS BOZIZE

OPINIONS - 02 novembre 2004.
LE CANDIDAT BOZIZÉ ENTRE DÉSIRS ET RÉALITÉS
Par Éric NÉRIS.

Ceux qui auront lu le Publi-reportage publié dans Jeune Afrique l'Intelligent, réalisé par François SOUDAN et commandé par François BOZIZE (avec sûrement les bénéfices de sa station d'essence qu'il a conservé), n'en seront que conforté dans leur sentiment que le Général de division François BOZIZE, Président de transition "autoproclamé" candidat à sa propre succession, prend ses désirs pour des réalités.

FODEM - Bangui, 27 octobre 2004
CLIMAT DE FIN DE RÈGNE SUR FOND DE SCANDALES FINANCIERS