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De
notre correspondant à Bangui, Max-Marcel Nyalendoma
Le
13 mars 2005 n'est plus loin, date à laquelle les Centrafricains vont
choisir celui qui présidera aux destinées de leur pays pendant les cinq
prochaines années. Des onze candidats finalement retenus à Libreville
sous les auspices du patriarche El Hadj Omar Bongo Ondimba, et ayant
maintenu leur candidature, seul Jean-Jacques Demafouth n'a pas mis à
profit les deux semaines de campagne pour faire passer directement son
message aux populations, à moins qu'il ait tout simplement décidé de
jeter l'éponge. Une telle hypothèse n'est pas exclue au regard de la
situation insurrectionnelle qui prévaut dans certaines régions du pays
où il est impossible de faire campagne, surtout pour lui, l'ancien
ministre de la Défense.
Autre
signe de sérieuse inquiétude pour les électeurs du candidat André
Kolingba : son état de santé est, contrairement à ce qu'il a fait
croire en arrivant à Bangui le 27 février au matin, une sérieuse
préoccupation non seulement pour lui-même mais aussi pour le peuple
appelé à l'élire mais sans savoir que c'est à un grand malade qu'il
pourrait confier son destin.
Le
premier tour de la présidentielle de la République centrafricaine (RCA)
fixée au 13 mars 2005, arrive à grands pas : tous les candidats, grâce
à la sage médiation du patriarche El Hadj Omar Bongo Ondimba, ont été
admis à compétir, sauf un d'entre eux, l'ancien président Ange-Félix
Patassé. Homme à abattre pour François Bozizé, le chef du MLPC
(Mouvement de libération du peuple centrafricain), seul parti à couvrir
l'ensemble du territoire et de loin le plus organisé, est malgré lui
obligé de se mettre en marge de la République, alors qu'il avait les
moyens politiques de passer cette présidentielle dès le premier tour, si
sa candidature avait été validée. Peut-être que c'est pour cette
raison que son tombeur, François Bozizé, a fait toutes sortes de
concessions pour permettre la tenue de ces élections, tout en restant
inflexible quant à une éventuelle validation de la candidature d'Ange
Félix Patassé. Ce dernier semble donc avoir été sacrifié pour
permettre ce consensus minimum.
Cela
dit, à moins de se livrer à une fraude massive, François Bozizé n'a
aucune chance de se retrouver au deuxième tour et encore moins, de passer
haut la main cette présidentielle dès le 13 mars comme il le clame
partout. Outre les candidats de poids comme Abel Goumba et Jean-Paul
Ngoupandé qui n'ont épargné aucune énergie pour dénoncer l'incurie et
l'incompétence de son pouvoir auquel ils ont apporté, à des degrés
divers, leur illustre concours, le danger pourrait venir de l'ancien
premier ministre Martin Ziguélé s'il arrivait à bénéficier d'un réel
soutien de la base du MLPC. Mais pour que cela soit possible, il faudrait
que le président-fondateur, Angé-Félix Patassé, actuellement en exil
involontaire au Togo, puisse formellement le demander à la base du parti,
la direction actuelle gérée par Luc Apollinaire Dondon, ayant été
fortement accusée de collusion avec le putschiste François Bozizé et de
manœuvre visant à favoriser la candidature de Martin Ziguélé. En
effet, les participants à la dernière table ronde à Libreville avaient
noté l'absence d'enthousiasme de Dondon dans le soutien d'une candidature
de Patassé, ce qui était allé jusqu'à étonner le patriarche Bongo
Ondimba, organisateur de ces assises.
Si
ce linge sale n'est pas lavé en famille avant la date fatidique du 13
mars, le grand profiteur de cette donne pourrait être celui qu'on
n'attendait pas : Charles Massi que François Bozizé ne voit pas d'un
très bon œil au regard de sa montée en force qui déborde largement les
capacités de son seul parti, le FODEM (Forum pour la démocratie et la
modernité). Toutefois, il est encore trop tôt d'avancer que Charles
Massi pourrait, sous certaines conditions, bénéficier du soutien du MLPC
et de l'ancien président Patassé qui, officiellement, venait de demander
un report d'un à deux mois de la présidentielle à laquelle il
réaffirme sa volonté de prendre part. Mais la politique étant l'art de
réussir des consensus les plus imprévisibles, personne n'a oublié à
Bangui qu'au lendemain du repêchage de quelque trois ou quatre candidats
par François Bozizé, repêchage qui excluait l'ancien président de la
RCA ainsi que les candidats membres du MLPC mais se présentant sous leur
propre étiquette, à savoir, Jean-Jacques Demafouth et Martin Ziguélé,
c'est Charles Massi qui, le premier, prenant publiquement la parole, avait
mis toute la classe politique d'accord en rejetant en bloc le " geste
magnanime " de Bozizé qui avait refusé la dissolution de la Cour
constitutionnelle et repêché quelques candidats de son choix. "
Tous candidats ou personne candidat ", avait alors fort
opportunément rétorqué Charles Massi, emportant immédiatement
l'adhésion à sa position intransigeante de toute la classe politique
centrafricaine, en dehors de François Bozizé et de ses partisans. Si en
politique, on n'oublie jamais, s'en souviendra-t-on le moment venu au MLPC
?
Cela
dit, la question qui hante les esprits à Bangui, pas pour les mêmes
raisons, est bien la troisième et probablement dernière candidature
d'André Kolingba pour reconquérir son fauteuil perdu pour déficit
d'électeurs il y a une douzaine d'années : " Une nouvelle
candidature de Kolingba pour quoi faire alors qu'on le sait très malade
" ? Dans une récente interview à Afrique Éducation (numéro
171-172 du 1er au 31 janvier 2005), le candidat du RDC (Rassemblement
démocratique centrafricain ) avait ébauché son programme, sans lever
les doutes sur son état de santé que tout le monde sait précaire. Car
dans son équipe de campagne où chacun se montre khalife à la place du
khalife, on ne cache pas que cette troisième tentative de revenir aux
affaires, est de trop pour le vieux général qui, ces derniers mois,
tenait à peine debout, au point de décaler tous ces rendez-vous. Même
ses visites programmées dans certaines capitales, notamment, Libreville
et Lomé avant la disparition du président Gnassingbé Eyadèma, avaient
été finalement annulées, dans le but de permettre au candidat de se
" retaper " et d'apparaître aux yeux du peuple centrafricain
sous son meilleur visage, le jour de son retour à Bangui. C'est du reste
le message que son comité de campagne a voulu faire passer en mettant
l'accent sur le " très bon état " apparent de santé du
candidat Kolingba.
Ce
n'est un secret pour personne que son épouse, Mireille, s'était
farouchement opposée à sa candidature. En connaissance de cause : plus
que quiconque, elle connaît l'état de santé de son époux que certains
lobbys yakoma, selon des propos qu'on lui attribue, souhaitent envoyer à
l'abattoir pour leurs intérêts strictement personnels. Toujours est-il
que face à l'extrême puissance de ces derniers, elle a dû jeter
l'éponge, mais pas avant avoir exigé et obtenu de mettre sous sa seule
coupe, les finances de toute la campagne et même du parti.
Le retour à Bangui sans cesse retardé du candidat Kolingba, était
justifié par son état de santé. Selon des informations dignes de foi,
l'homme ne serait plus apte à la fonction présidentielle. Ses médecins
le lui auraient fait savoir en privé. Et même si jamais il devenait
président, il se verrait obligé de faire d'incessants voyages entre
Bangui et Paris où on compte nombre de ses médecins. Les Centrafricains
sont donc prévenus.
Une
campagne des plus courtes pour ne laisser que le minimum de forces sur le
terrain, voilà ce que les médecins français auraient finalement
demandé à André Kolingba devant son insistance à faire don de sa
personne au peuple de Centrafrique. Reste à savoir s'il suivra leur
conseil. Le général est réputé insensible aux recommandations de ce
genre. Mireille a la preuve de son entêtement. Pour son retour à Bangui,
des dispositions ont été prises pour lui éviter les désagréments
qu'il avait déjà connus lors de son voyage le menant en France il y a
plus d'un an. On se souvient de la frayeur qui avait gagné l'équipage
d'Air France, quand quelque temps après le décollage de l'aéroport de
Bangui-M'Poko, André Kolingba s'était mis à tousser, puis à vomir, se
sentant subitement très mal au point de le faire savoir au commandant de
bord. " Y a-t-il un médecin dans l'appareil " ?, questionna le
chef de cabine, après avoir constaté l'état inquiétant de ce passager
qui donnait de sérieuses sueurs froides jusqu'à son épouse Mireille,
justement à ses côtés.
Aujourd'hui,
les données semblent avoir empiré, même si le général-candidat
affiche une forme à toute épreuve.
Max-Marcel
Nyalendoma
A Bangui
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