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La
République centrafricaine manque-t-elle des élites pour son développement ?
Au
moment où certains pays africains font des avancées remarquables
en matière de développement, notre pays ne fait que s’enfoncer
de jour en jour dans
la précarité et la misère.
Ces quinze dernières années sont marquées par des luttes
inter ethniques, la destruction des entreprises d’Etat, la
corruption abusive dans l’administration,
l’amateurisme politique de certains leaders, la mauvaise
régulation étatique…
Tous ces maux sont
à mon avis, les signes avant coureurs de
l’état actuel de la République centrafricaine. Aucun
centrafricain ne peut dire qu’il
a les mains propres face au problème du sous développement de la
RCA. J’impute la responsabilité à tous : les hommes
politiques, les gouvernements,
les intellectuels …
Le développement d’un pays résulte d’une bonne
coordination de toutes les forces vives de la nation. Les
centrafricains de tout bord doivent savoir que la contribution à
l’essor de son pays n’est pas forcément le fait d’être dans un gouvernement
ou de créer un parti politique sans un credo et de programmes
politiques cohérents, mais
la contribution peut aussi se faire en créant des entreprises, des ONG, Associations humanitaires etc. Le constat
du retard est très amer et cela nécessite des réflexions
profondes.
Où sont donc les
intellectuels centrafricains ?
L’intelligentsia
centrafricaine doit être le rouleau compresseur du développement,
maisi paradoxalement on constate
que ce sont ces intellectuels, par leurs théories un peu décalées
ou inadaptées aux réalités centrafricaines qui freinent le
processus du développement.
Ce sont eux qui doivent innover, concevoir et orienter les activités
du pays dont l’objectif est la maximisation du bien être de la population. Cette intelligentsia se laisse
dominer par les politiques, l’intérêt égoïste, le
tribalisme, la corruption… Nous devons prendre conscience pour
sortir notre pays du gouffre.
Je me polariserai beaucoup plus sur le rôle des intellectuels
de la diaspora
centrafricaine et en
particulier celle de la France dans ma réflexion. Qu’est ce
qu’on constate ? On voit que ces centrafricains vivant à
l’étranger ne contribuent pas
assez ou pratiquement
pas au processus du développement centrafricain
et certains détracteurs de cette école du pessimisme absolu
tiennent des discours qui honorent pas la fierté
nationale (France ayeke kodro ti mbi ce qui signifie
la France est mon pays ou encore Mbi ouara kodro ti mbi awè
qui veut dire j’ai trouvé mon pays).
Je
ne suis pas dans la lignée de ceux
qui tiennent ce genre de rhétorique simpliste car si
aujourd’hui la France (ou les pays occidentaux) est ce qu’elle
est, c’est justement parce que les français ont pris le temps
de construire leur pays, et qu’il ne faut pas oublier à
l’esprit qu’on est toujours mieux chez soi. La plupart des
centrafricains diplômés (Maîtrise, DEA, DESS, Doctorat…) qui
vivent en France ne travaillent pas dans leurs profiles de
formation. Qu’est ce qu’ils font ? La manutention, la
plonge, agent de sécurité etc. sachant qu’avec ces diplômes,
ils peuvent travailler en Centrafrique à des postes de
responsabilité. Ce qui est plus absurde, certains de ces diplômés
manutentionnaires, plongeurs, agents de sécurité … disent
qu’ils peuvent rentrer
au pays s’ils sont
nommés ministre, directeur général, chargé de missions,
conseiller.... Or ils oublient qu’il faut des expériences
professionnelles pour prétendre à des hautes fonctions de l’Etat.
Disant que ce n’est pas de leur faute car ce phénomène
d’imitation de l’ancienne génération est
à la mode chez les intellectuels centrafricains. Jusqu’où
ira-t-on avec ces pratiques mes chers compatriotes ? Qui
viendra construire notre pays ? Quand je dis « contribuer »,
c’est de mener des actions concrètes pour son pays. Je serai un
des fervents défenseurs d’une
Émigration centrafricaine positive
et j’entends par l’émigration centrafricaine positive,
l’action d’œuvrer par des actes concrets et utiles pour le
pays. J’illustre mon propos en prenant le cas
des étudiants centrafricains qui sont en France. En
principe, dès la fin de leurs études, la meilleure des choses
c’est de rentrer au bercail pour y travailler ou créer des
activités pouvant générer des revenus. Toutes fois, ceux
qui ne veulent pas rentrer pour une raison quelconque et qui
travaillent dans les pays où ils vivent, ces derniers doivent
investir en Centrafrique en
créant des PME ou PMI afin d’embaucher les chômeurs
centrafricains, ce qui améliorait d’une part la situation
sociale des couches de population qui n’ont pas d’emploi et
d’autre part d’accroître
les entrées fiscales de l’Etat. A mon sens, les maliens et les
sénégalais sont d’un certain point
de vue un bon exemple de l’émigration positive.
Quelles responsabilités
pour les hommes politiques ?
En
Centrafrique, une
plus grande partie des hommes
politiques font de l’amateurisme politique ou la politique
du ventre c'est-à-dire qu’ils militent non pas pour l’intérêt
national mais plutôt pour leurs propres intérêts égoïstes.
Ils manquent de
programmes politiques cohérents, de sérieux et de personnalité. L’objectif sous jacent de ces leaders
est de faire partie
d’un gouvernement
ou d’avoir un poste de responsabilité pour
s’enrichir. Certains sont des grands théoriciens et semeurs de
discordes et ils seront les
premiers à s’exiler pour perturber le régime politique qui est
au pouvoir, la conséquence ce sont ces centrafricains qu’ils prétendent
gouverner qui souffrent de leurs mauvaises actions politiques.
Les
partis politiques poussent comme des champignons, à
ce jour on compte une quarantaine or si ces leaders créaient des entreprises qui sont légalement reconnues comme ces partis, je pense que le pays n’aura pas assez de
problèmes que nous connaissons aujourd’hui.
A cet égard, il faut une nouvelle loi de réglementation des
partis politiques. Personnellement, je pense qu’on peut
envisager deux pistes de réglementation des partis politiques. La
première serait de créer deux grands courants politiques : un qui repose sur une politique libérale et
l’autre sur une politique sociale. Les petits partis qui n’ont
pas un poids politique mais contribuent au débat républicain vont s’aligner derrière les deux grands en fonction de
leurs objectifs. Ce schéma a l’avantage d’éviter la
multiplication des partis sans objectifs mais son désavantage
est qu’il manque d’originalité parce que c’est un modèle
purement occidental (clivage Gauche - Droite)
La seconde piste serait
de mettre en place une réglementation avec des dispositions
restrictives à la création d’un parti politique et de mécanismes
de contrôle stricte des
partis déjà existants.
Quels rôles pour l’État centrafricain ?
A
l’heure actuelle où
tout est à construire, l’État centrafricain doit jouer un rôle
central dans le processus du développement. La RCA n’est pas
encore au stade d’un libéralisme économique fondamental où le
laisser-faire doit conduire au mécanisme d’autorégulation du
marché. La main invisible n’est pas encore centrafricain d’où
il faut une régulation économique de type keynésien c'est-à-dire
que l’Etat doit être au centre de grandes décisions socio
politico-économiques. Il doit réguler la vie politique, publique
et économique.
Politique :
Liberté d’opinions des partis politiques,
prise en compte des propositions des partis d’opposition,
respect des règles du jeu politiques…
Publique :
Liberté de presse, garantir la sécurité des biens et des
personnes, justice pour tous, respect de droit de l’homme…
Économique :
Bonne gouvernance économique,
la péréquation de ressources nationales, Bonne gestion
des finances publiques …
Il
doit aussi mettre en place des politiques incitatives afin d’éviter
l’effet Brain Drain (fuite
de cerveaux) car ces ressources humaines sont une force de développement.
Certains
me poseront la
question comment peut on créer une entreprise si on n’a pas le
capital ? Comment
investir dans un pays
où il n’y a pas la sécurité ? Comment peut on créer une
entreprise lorsqu’on sait qu’elle sera détruite après un évènement
politique ?
Tous
ces problèmes sont dus à un manque de volontarisme politique et de
coordination des actions de l’État. Dès lors que l’État
(ceux qui gouvernent) arrive à bien réguler la vie politique,
publique et économique, tout le reste suivra par effet de boule
de neige. Le gouvernement doit prendre aussi ses responsabilités,
il y’a évidemment
beaucoup d’étudiants centrafricains qui ont fini leurs études
en Russie, Maroc, Tunisie, Sénégal, Gabon … qui veulent bien
rentrer mais ils ne peuvent pas parce que l’État ne paie pas
leurs titres de transport pour le retour au pays. En fin de compte
le patriotisme s’évade comme une fumée dans l’air.
Je
finirai mon analyse par cette phrase : « Le
développement de l’Europe et des États-Unis n’est pas le
fait d’une catallaxie mais c’est par le fruit du travail
continu de leur peuple et les centrafricains doivent savoir que le
destin de notre pays est entre nos mains. » Réveillons
nous et travaillons au lieu de tenir des discours stériles qui enfoncent notre cher et beau pays.
Alexis MOYOUDOKANA
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