République Centrafricaine:
Une force multinationale citoyenne

(Le Messager 27/05/2005)

 

Les soldats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale participent à la sécurisation des biens et des personnes en République Centrafricaine. Et donnent un coup de main au retour de la démocratie dans le pays de François Bozizé.

Contribuer à la sécurisation de la République centrafricaine. 

Contribuer à la restructuration des Forces armées centrafricaines. Accompagner le processus de transition pour la réconciliation, le retour rapide à l’ordre constitutionnel et à la restauration de la paix durable. Le cahier de charges est celui de la Force multinationale de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Fomuc). Opérationnelle depuis le 21 décembre 2002, la Fomuc est au cœur de l’action en République Centrafricaine. En effet, avant le coup d’Etat militaire ayant chassé Ange Félix Patassé du pouvoir, la Fomuc inscrit son action sur trois chantiers : protection de la villa “ Adrienne ”, résidence du président Patassé en liaison avec l’Unité spéciale présidentielle de la Rca ; contrôle de la plate- forme aéroportuaire de Mpoko en liaison avec les forces armées centrafricaines ; participation à la sécurisation de la ville de Bangui par des patrouilles légères de jour comme de nuit. Un déploiement qui ne va pas sans difficulté. En effet, la Fomuc est fortement éprouvée le 15 mars 2003, au cours de la prise de la capitale centrafricaine par le général d’armée en rébellion, François Bozizé. “ La Fomuc n’avait que 310 hommes. On ne pouvait pas logiquement faire face aux 1500 hommes du général François Bozizé ”, justifie le commandant de la force multinationale. Pour autant, les hommes du général de brigade Auguste Roger Bibaye Itandas ne sont pas restés les bras croisés. Explication du patron de la Fomuc : “ Nous avons bénéficié d’un concours de circonstances. Le président Ange Félix Patassé était absent du pays. Nous avons aidé la garde présidentielle à sortir ses enfants de la villa Adrienne pour l’ambassade de France. Pour cette opération, nous avons enregistré six blessés [guinéens] dans nos effectifs ”. Et l’aéroport de Bangui Mpoko où devait atterrir l’avion présidentiel ? “ L’avion présidentiel transportant le couple Patassé et certains pontes du régime était à l’approche. Il n’a pas essuyé de tirs ennemis. Il est reparti sur Libreville ”. Qu’à cela ne tienne, trois soldats de la Fomuc tombent sur le champ d’honneur. La base de la Fomuc essuie également de coups de feu. Seule consolation : quinze soldats planqués sur le toit de l’aéroport sont récupérés à une heure tardive de la nuit, avec le concours des nouveaux hommes forts de Bangui.

L’après Patassé

Les lendemains du coup d’Etat militaire ont jeté une ombre d’incertitude sur l’avenir de la force multinationale. Le nouvel homme fort en poste à Bangui serait-il prêt à composer avec la Fomuc ? Il fallait attendre la position officielle du nouveau président centrafricain. Une épreuve de nerf. “Pendant une semaine, la force est restée confinée au cantonnement. Ce n’était pas facile. Tout était incertain. Pour le moral, ce n’était pas évident. Il fallait justement entretenir le moral des troupes. On ne mangeait pas frais. Heureusement, nos troupes sont restées disciplinées ”. Finalement, le général d’armée François Bozizé se prononce en faveur du maintien de la force multinationale.

Implication dans le processus électoral

L’arrivée de François Bozizé au pouvoir conduit la Fomuc à œuvrer dans le désarmement. L’opération Dovro I, étalée sur la période allant du 23 au 29 mai 2003, permet l’arrestation et le désarmement à Bangui de plusieurs chefs de guerre, patriotes et libérateurs. Dovro II, entre le 29 mai et le 15 juin 2003, porte l’opération de désarmement (de la Fomuc) à l’intérieur du pays. La sécurisation du territoire centrafricain n’est pas en reste. Des patrouilles de reconnaissance à l’intérieur du pays sont organisées. Il en est de même des escortes de convoi vers l’intérieur du pays au profit des journalistes, des représentants des différents ministères, de la Francophonie et du Bureau des Nations unies en Centrafrique.Objectif : ramener le calme et la sécurité sur les axes routiers principaux. Tout ce déploiement sécuritaire est couronné par l’opération Araignée, qui s’est déroulée du 11 au 30 août 2004, avec à la clé le convoyage de 400 éléments tchadiens à la frontière. Auparavant, la Fomuc s’était déjà affirmée comme une force d’interposition lors de la crise du 17 avril 2004 opposant les forces armées centrafricaines aux ex- libérateurs. La force multinationale de la Cémac a par ailleurs pris une part active dans le processus électoral en République Centrafricaine. Parmi les actions entreprises : le convoyage et la sécurisation du matériel de recensement de la population, de l’habitat et des agents recenseurs à l’intérieur du pays (12 au 17 octobre 2004) ; le gardiennage du matériel électoral (17000 kits, soit un volume estimé à 17000 m3 ; le convoyage du matériel destiné au recensement préélectoral dans les régions ouest et nord-ouest entre le 13 et le 17 octobre 2004 ; le convoyage du matériel électoral pour les élections présidentielle et législatives autant au premier tour qu’au second tour ; la sécurisation des différentes provinces de l’ouest du pays pendant le déroulement des premiers et seconds tours du double scrutin. Au-delà de l’accompagnement du processus électoral, la Fomuc ne se départit pas de ses missions fondamentales. La Fomuc tient l’aéroport de Mpoko et participe à son contrôle en liaison avec le détachement français de Boali. Elle procède de jour comme de nuit à des patrouilles sur toute la ville de Bangui, tout en maintenant un élément d’intervention rapide sur la base du camp de Mpoko. Bien plus, chaque mois, une mission de la Fomuc est dépêchée pour une quinzaine de jours à l’intérieur du pays (rayon de 300km autour de Bangui et parfois jusqu’à 1000km). Effet escompté : dissuader les forces du mal et les ennemis de la paix ou de la sécurité. Une mission de tout repos ! Explication du général de brigade Auguste Roger Bibaye Itandas, commandant de la force multinationale : “ Les coupeurs de route ne s’attaquent jamais à nos troupes. Nous avons une capacité de transport logistique importante. Il en est de même de notre capacité de transport des hommes. Ce sont des atouts qui font reculer tous nos ennemis ” Aujourd’hui, que représente finalement la Fomuc pour les Centrafricains ? “ Elle se présente sous la forme d’une force de maintien de la paix. Au vu du travail effectué avant et pendant le processus électoral, son action a été jugée positive au point d’être appréciée par les populations centrafricaines. C’est donc un succès en dépit de ses moyens limités tant en personnels qu’en matériels. Pour cela, il s’agit de confirmer ce succès en maintenant cette Force au-delà delà de la période de transition pour participer efficacement à la stabilisation de la Rca ”, martèle-t-on au sein de la force multinationale. L’avenir de la Force préoccupe déjà les Etats de la sous-région. Certes, le mandat de la Fomuc prend fin le 30 juin 2005 avec la fin de la transition politique en Rca. Mais, le président François Bozizé se montre favorable à son maintien en territoire centrafricain. D’où la démarche entreprise en avril dernier auprès du président du comité ad hoc chargé du problème centrafricain. Omar Bongo Odimba s’était entendu dire dans un message porté de son homologue centrafricain : l’action de la force a été déterminante dans le cadre de la transition ; il est à souhaiter que cette Force reste au-delà delà de la transition, pour aider à la stabilisation et à la relance du pays sur une période de six mois renouvelables une fois. Le président gabonais, président du comité ad hoc du problème centrafricain, avait immédiatement saisi les partenaires et les chefs d’Etat de la sous-région. “ Si tout se passe bien, la Fomuc devrait rester en Centrafrique avec un nouveau mandat. Le sommet extraordinaire de la Cémac, à Malabo, devrait se pencher sur la question ”.

Par Thierry Ndong à Bangui Le 27-05-2005

Repères : Structure et organisation

La structure de la Fomuc est la suivante : - Un commandant de la force du grade de général - Un Etat – major commandé par le chef d’Etat – major du grade de colonel L’Etat major comprend - Des cellules (opérations, transport, commandement de base, personnel, logistique, administration et finances, santé) - Un bataillon de maintien de la paix composé de trois compagnies formées par les contingents congolais, gabonais et tchadiens

Les moyens de la force : 1- Moyens humains La Force multinationale de le Cémac est composé d’un ensemble des personnels civils et militaires Aujourd’hui, elle a un effectif de trois cent quatre-vingt hommes - le détachement congolais qui compte 120 militaires - le détachement gabonais qui comprend 138 militaires - le détachement tchadien qui arme la Force, 121 militaires Le personnel civil de la Force est composé pour la majorité de Centrafricains et Centrafricaines ainsi que d’autres ressortissants des pays de la Cémac. Il est de l’ordre de 38 personnes.

2 - Moyens matériels - Des véhicules légers tout terrain VLTT) Jeep P4 Toyota Land Cruiser Nisssan Pick up Mitsubishi double cabine Nissan Terrano -Véhicules pour le transport des troupes Marmon Sumb GBC 8 KT poly carburant - Véhicules blindés AML 90 armé d’un canon de 90mm VAB armé d’une mitrailleuse 12,7 mm - Véhicules de soutien GBC 8KT LOT7 pour le dépannage sur terrain GBC 8KT Citerne d’une contenance de 5 m3 Nissan ambulance

3 - Armement de la force Il se résume en une dotation individuelle et collective - les armes de dotation individuelle sont : PA MAC 50 ; FAMAS - Les armes de dotation collective à savoir : mitrailleuses 12, 7 mm, 14,5 mm, AA52 ; Lance Roquettes antichars (LRA) de type RPG7

4 - Moyens infra La Fomuc est implantée au camp Mpoko qu’elle partage avec le détachement français (Boali) Sa capacité est de six cents (600) personnes reparties dans quinze (15) bâtiments (logement, Pc, loisirs, restaurant, zone technique) 5- Moyens financiers Budget de la Fomuc pour l’exercice 2005 : - 10.645 452 d’Euros, soit 9.982.958.735 fcfa - les ressources budgétaires proviennent respectivement de la France, l’Union européenne et la Cémac La France assure la fourniture et le soutien de la quasi-totalité des matériels majeurs. Cela représente 50 % des dépenses budgétaires de la Force Le budget de fonctionnement et les primes diverses sont assurés par l’Union européenne et la Cémac respectivement à hauteur de 30 et 20 %

Le messager Le 27-05-2005

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CHARLES MASSI FAVORABLE A LA CRÉATION D’UNE FORCE SOUS-REGIONALE DE PAIX
(Centrafrique-Presse 30/11/2004)

Voir aussi :
FORUM, 01 décembre 2004
POUR UNE FORCE DE PAIX, EFFICACE !
Par Éric NERIS

Plus de 18.000 personnes fuient les "coupeurs de route" au Cameroun
AFP, Bangui, 10 novembre 2004
L'armée accusée d'exécutions dans la lutte contre les "coupeurs de routes"
Confrontée à la multiplication des actes de banditisme dans plusieurs provinces du pays, l'armée centrafricaine a fréquemment recours aux exécutions sommaires pour se débarrasser des "coupeurs de route", indiquent de multiples témoignages recueillis par l'AFP.