BANGUI 8/8/2005

PROGRAMME DE POLITIQUE GÉNÉRALE du PM Elie DOTE

Téléchargement en word

PROGRAMME DE POLITIQUE GÉNÉRALE du PM Elie DOTE

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

UNITÉ- DIGNITÉ - TRAVAIL

PROGRAMME DE POLITIQUE GENERALE

Son Excellence Monsieur Elie DOTE

PREMIER MINISTRE,

CHEF OU GOUVERNEMENT

Palais de 1’Assemblée Nationale

Bangui 08 Août 2005

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

Distingués Invités,

Mesdames et Messieurs,

L’article 41, alinéa 1 de notre Constitution fait obligation à tout nouveau Premier Ministre, Chef du Gouvernement, de se présenter devant l"Assemblée Nationale pour y exposer son Programme de Politique Générale.

Cette démarche républicaine, je l'accomplis aujourd'hui non pas par simple: obligation mais avec un réel plaisir, conscient du grand honneur qui m'échoit de m’adresser directement aux élus du peuple centrafricain.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

DistIngués Invités,

Mesdames et Messieurs,

J'ai reçu du Chef de l'Etat la lourde mission de diriger le Gouvernement de l’ère démocratique qui S'ouvre devant nous avec l'élection du Président de la République et des Députés lors d'un scrutin:salué par la communauté internationale.

Je me présente donc devant vous, rempli d'une grande humilité mais nanti en même temps d'une solide conviction et d'une indéniable détermination.

J'ai consacré jusqu'à ce jour toutes mes activités professionnelles et toute mon énergie au service public aussi bien national qu’international. Cependant du fait de mes obligations contractuelles à un moment de ma vie professionnelle, je n'ai pas été militant actif et ouvertement déclaré d'un parti politique. Mais j'ai de profondes convictions humanistes qui m’ont très tôt destiné au service public. C'est aussi une forme dl engagement politique qui me rapproche des respectueuses et respectueux élus du peuple.

Nous partageons donc tous sans aucun doute la même foi : être au service de nos compatriotes et nourrir l’ambition de faire avancer les choses. Vous représentez notre peuple en cette enceinte et à ce titre, vous pouvez être assurés de mon entier respect et de celui de mon Gouvernement.

Lorsque le choix du Chef de l’Etat s'est porté sur ma modeste personne,. après des hésitations bien compréhensibles, mon attachement et mon dévouement à ce pays qui m'a tant donné, m'ont conduit à accepter son offre. La mission qui m’est confiée va consister à œuvrer de concert avec lui. dans la réalisation de son projet de société pour la République: Centrafricaine. Après une lecture attentive de ce projet, j'avoue m'être senti interpellé par les grandes orientations qu'il contient.

Je souhaite donc sincèrement et profondément que ce projet de société reçoive votre soutien. Il ne pourra en effet être mis en oeuvre qu’avec 1e concours plein et entier des élus de la Nation, dans le cadre d’un partenariat dynamique, exigeant et respectueux entre l'Exécutif et le Législatif.

A cette fin, permettez. mol de me référer au Chef de l'Etat.. dans le discours qu'Il a prononcé lors de son Investiture. Je cite :

« Je sens de notre mission est de rebâtir un Etat qui s’assume, à la condition que l’harmonie et l’intérêt général conduisent les nouvelles Institutions républicaines. Au gouvernement d'œuvrer alors avec méthode, cohérence, hardiesse, solidarité et efficacité pour que le mot d’ordre «Kwa na Kwa » porte ses fruits.

Toutefois, majorité ne signifie pas exclusIon. Nous avons obligation d’entendre le message de la minorité qui peut être porteuse de vérité.

C’est pourquoi le sens du dialogue et du rassemblement qui nous a toujours guidé, demande que I’opposition continue de participer à l'animation de la vie politique, conformément à l'ordonnance relative aux partis politiques et au statut de l'opposition. C'est en effet dans la contradiction dynamique de la parole soutenue par l'intérêt général, que la démocratie centrafricaine se fortifiera.. ». Fin de citation.

C’est probablement cette conviction du Président de tous les Centrafricains qu’ a conforté la sagesse avec laquelle vous avez composé le Bureau de cette auguste institution et au sein duquel, me semble -t-il, toutes les sensibilités sont représentées.

Je note simplement pour m'en réjouir et vous en féliciter très sincèrement.

- Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

- Honorables Députés,

- Distingués Invités,

- Mesdames et Messieurs,

J'ai été choisi, selon la Constitution, « pour déterminer et conduire la politique de la Nation dont les grandes orientations sont fixées par le PrésIdent de la République, Chef de I’Etat.."

Ces grandes orientations, il les a prescrites lui-même dans le discours du 11 juin 2005 précité et dont je voudrais à nouveau citer un court extrait :

« Ce mandat sera le quinquennat du développement et de la garantie des libertés fondamentales.

Certes, nous avons déjà consenti beaucoup de sacrifices. Mais nous devons être conscients que la tâche de reconstruction demeure immense. Et qu’il faut continuer à consentir d'autres sacrifices si nous voulons laisser, en héritage, un coin de terre appelé République Centrafricaine où il fait bon vivre.

Ce Gouvernement devra donc s’assumer, répondre aux aspirations profondes à la paix, à la sécurité, à l'unité de cette nation en construction et au souci permanent de la bonne gouvernance… » Fin de citation.

Comme vous le voyez, dans tes circonstances actuelles, le défi Ie plus important à relever après le préalable de la paix est de remettre la société centrafricaine au travail. C'est à cette seule condition que nous pouvons nous attaquer à la pauvreté de nos populations.

. Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

. Distingués Invités,

- Mesdames et Messieurs"

Permettez-moi de rappeler qu'à la tête du Gouvernement, je me présente aujourd'hui devant vous, animé à la fois d"'une grande humilité et d'une farouche détermination:

- humilité devant l'ampleur de la tâche qui est le mien, qui est le nôtre ;

- détermination parce que les résultats que nous obtiendrons, toujours ensemble, pourront changer le visage de notre pays et améliorer les conditions de vie de nos compatriotes.

Cela dit, je m'empresse d'ajouter que je suis également habité d’un devoir de vérité. Et ce devoir de vérité me commande de vous présenter, avant toute chose, l’état actuel de notre pays, l’état de son économie, de ses finances, de son agriculture, de son système de santé, de son système éducatif, de ses forets, de ses ressources minières, de ses forces de défense et de sécurité, de son administration, de ses infrastructures routières, fluviales et aéroportuaires, de sa justice et de sa place dans la sous- région et sur le continent.

- Monsieur le Président de ['Assemblée Nationale,

- Mesdames et Messieurs les Députés,

- Honorables Invités,

- Mesdames et Messieurs.

Quelle était la situation héritée par la Transition consensuelle et qu’a-t-elle pu faire avec les moyens limités dont elle a disposés?

Au lendemain du l5 mars 2003, le Gouvernement de transition s’est heurté à une situation économique et financière catastrophique caractérisée par :

- une dette extérieure estimée à 600 milliards de f cfa à fin 2002, si lourde qu’elle surpasse pratiquement le volume de la production nationale ;

- Un service programmé de la dette qui absorbe la quasi-totalité des recettes d'exportations. Le service de cette dette a atteint des proportions telles, que malgré toutes nos bonnes volontés, nos ressources internes ne pourront en assurer l’intégralité du remboursement au cours des prochaines années. C’est pour cela que nous courons le risque de crouler encore pendant longtemps sous le poIds de ces arriérés;

- des arriérés sur le service de la dette publique extérieure si élevés que nos ressources propres ne pouvaient en supporter l’apurement et autoriser la mobilisation de nouvelles ressources auprès des Institutions de financement du développement. Avec: 38 milliards de FCFA, d’arriérés vis-à-vis des principaux créanciers que sont la Banque Mondiale, le Groupe de la Banque Africaine de Développement, la Banque Arabe de- Développement Economique pour l’Afrique,. e Fonds International pour le Développement Agricole, le Fonds de l'Organisation des Pays exportateurs de pétrole, les pays du Club de Paris, les portes de ces Institutions nous sont quasiment fermées.

-une accumulation d'arriérés de paiements intérieurs estimée à plus de 200 milliards de f cfa dont :

- 65 milliards de salaires, ç'est- à -dire plus de 26 mois;

- 9 milliard de pensions ;

- 22,8 milliards de prestations sociales ;

- 68,5 mIlliards dus au fournisseurs ;

- 32,13 mIlliards dus au système bancaire.

- une admn1Sb'ation largement démotivée, outrageusement corrompue et inefficace,

- un niveau de ressources publiques d'autant plus bas que les destructions ayant affecté les infrastructures administratives économiques et industrielles, à la suite de cette série de conflits armés, ont eu un impact fortement négatif sur l’activité économique;

- Une chute régulière des investissements tant publiques que privés dans des secteurs d’importance pour la croissance et le développement socio-économique tels que les transports les communications, l'eau, l’électricité, etc...

- Des zones rurales totalement coupées du circuit économique national et une accentuation de la fracture entre le monde rural et le monde urbain.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Les actions entreprises par les différents gouvernements de la Transition ont permis de faire face aux dépenses de fonctionnement et d’investissement, et de régler une partie de la dette de notre pays. Les recettes recouvrées par les Régies financières et les caisses annexes de l’administration, accompagnées par les concours du système bancaire, ont atteint les 113 milliards de FCFA. 89 milliards de FCFA ont été mobilisé; auprès des sources de financement extérieures, desquels 35 milliards ont été affectés aux projets.

La trésorerie de l’Etat a reçu, du Fonds Monétaire International et de la Banque des Etats de l’Afrique centrale, des soutiens respectifs de 4,4 milliards de FCFA. dans le cadre du programme post- conflit et 12 milliards de FCFA. Il importe de souligner que malgré la mise en œuvre de plusieurs mesures d'assainissement, les ressources mobilisées sont demeurées faibles, face aux multiples besoins du pays. De l’avis de beaucoup d'observateurs, les concours extérieurs n’ont pas été suffisamment élevés pour accompagner le mouvement de la relance de l’économie. En effet, au cours de cette période, notre pays était frappé par des sanctions qui ne lui ont pas permis de faire jouer pleinement les instruments de la coopération avec certaines institutions..

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

les principaux indicateurs de nos finances publiques à la veille des dernières élections, ont été le reflet de I’état de dégradation avancée de notre économie.

Le budget de l'exercice 2005 arrêté en recettes et dépenses à 113 milliards de FCFA, se décompose en 31 milliards de dépenses d’investissement et 82 milliards de FCFA de dépenses de fonctionnement. A fin 1uin 2005, le niveau des recettes a été si bas qu'il n’a pas permis d’exécuter l’essentiel des dépenses inscrites au budget. Des arriérés ont été accumulés.

En plein accord avec le Chef de l'Etat, j’ai donné des instructions :au Ministre des Finances pour la préparation du projet de collectif budgétaire 2005 et du projet de budget de l'exercice 2006. Les deux projets de budget seront soumis au bureau de l’Assemblée Nationale au plus tard le 17 octobre 2005.

Au plan social, les conséquences de cette évolution ont été effroyablement désastreuses. La première richesse de notre pays - et je dirai de tout pays - est d’abord la qualité de ses femmes et ses hommes. Jean Bodin disait qu’ « il n’ y a de richesses que d'hommes ».

Je crois profondément à l'énergie de nos compatriotes, à leur esprit créatif, inventif, à leur force et à leur capacité de travail, pour peu que, au stade actuel de notre société, l'Etat leur en concède le cadre institutionnel et pour peu également que les Centrafricaines et les Centrafricains acceptent de se prendre en mains, d’assumer leur destin individuel et collectif. Mais pour que cette population soit réellement active et productive, son état de santé doit être entretenu.

Nous constatons avec grand regret que les indicateurs de santé de notre pays sont des plus alarmants. Un haut responsable d'une agence du Système des nations Unies a trouvé la formule résumant l'état des indicateurs sociaux de notre pays. Ce sont les « indicateurs d'un pays en situation de guerre permanente ».

- un taux de mortalité de 20 pour mille.

- une espérance de vie à la naissance de 43 ans (40 ans pour les hommes et 46 ans pour les femmes). Un des niveaux les plus bas en Afrique aujourd'hui alors qu’il était de 48 ans en 1988..

- Un taux de mortalité maternelle de 1355 décès pour 100.000 naissances vivantes contre 420 au Gabon. Il n’était que de 683 décès pour cent mille naissances vivantes en 1988.

- Un taux de mortalité infantile de 132 pour mille enfants de moins d'un an.

contre 64 seulement au Gabon. En 1988, fi n'était que de 97 pour mme.

. Enfin, un taux de mortalité infanto-juvénile de 220 décès pour mille enfants de moins de 5 ans.

Ces indicateurs démontrent à suffisance le mauvais état de santé de la population dû essentiel1ement à la pauvreté et aux maladies comme le Vih/Sida, le paludisme... la tuberculose, les maladies menaçant la survie de l'enfant, aux épidémies et aux catastrophes naturelles ou provoquées par l'homme.

En outre, le système de santé dans notre pays est très loi., d'être performant, essentiellement à cause de la faible capacité du cadre institutionnel et de la modicité des ressources du secteur, En effet, nous ne disposons que de :

- 786 établissements sanitaires toutes catégories confondues dont 117 relevant du secteur privé ;

- 3.314 agents de santé dans le secteur public toutes catégories confondues, dont seulement 1.915 sont des prestataires effectifs de soins;

- une accessibilité géographique aux soins de santé de seulement 65% dans un rayon de 5 km.

La plupart des structures sanitaires sont vétustes, dépourvues d’équipements adéquats et de matériels de premiers soins. en zone rurale, les formations sanitaires sort constituées presque uniquement de centres de santé de catégorie C. Par ailleurs, entre 1000 et 2005, le rapport lit/habitant est passé de 948 à 1.075 habitants pour un lIt soit une perte de plus de 7 % de la capacité d'accueil en raison des pillages et destructions et de l'augmentation de la population.

En matière de ressources humaines, l'intérieur de notre pays manque actuellement de personnel médical et paramédical. Les ratios personnels de santé par habitant et par catégorie professionnelle montrent une répartition incroyablement inégale entre Bangui, la capitale et le reste de notre pays. A Bangui, on compte un médecin pour 6.000 habitants tandis que dans la plupart des régions reculées du pays, le rapport: est de un médecin pour 90.000 habitants.

Au déficit quantitatif du personnel de santé dans les réglons rurales s’ajoute le déficit qualitatif. Dans les régions pauvres, les accouchements par exemple, se font majoritairement par du personnel non qualifié, d'où de nombreux cas de. complications entraînant de nombreux décès.

Lorsque les services de santé existent, ils sont peu utilisés par les populations pauvres en raison de la désorganisation du système et surtout des coûts souvent très élevés des prestations. On dit généralement que «dans nos hôpitaux et centres de santé, si tu n’as pas d'argent., tu meurs à coup sûr ». En effet, certains personnels de santé ont tendance il majorer systématiquement les coûts des prestations et à racketter les malades. Ce phénomène qui se généralise à grande vitesse, sape les bases d"une prise en charge correcte des patients, surtout les plus démunis.

Fondamentalement.. à la base, ta santé est tributaire d'un certain nombre de facteurs, dont l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Or en cette matière, la couverture de la population centrafricaine est de 63 %, avec 43 % seulement en milieu rural et 75 % en milieu urbain.

Aussi, à la question: le Centrafricain est- il correctement desservi en eau potable et jouit-il d’un environnement assaini, facteurs essentiels d’une bonne santé? La réponse est: NON.

Monsieur le Président de J"Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

Distingués invités..

Mesdames et Messieurs,

Si les mots ont un sens, nous devons admettre que les populations centrafricaines sont en butte. à un état de pauvreté alarmant. Plus que la pauvreté, les crises successives, l’insécurité alimentaire, la dégradation des principes moraux.,. la faible scolarisation et l'analphabétisme, la discrimination entre les genres, la résistance au changement de comportement et l'insuffisance des ressources consacrées à la lutte contre la pauvreté, tous ces facteurs ont fragilisé la société centrafricaine.

Cette situation a aggravé la vulnérabilité des groupes sociaux, en particulier les femmes, les enfants, les personnes handicapées et les personnes du 3e âge qu'avec affection, nous appelons chez nous « les vieux ». A tous ces facteurs et leurs conséquences, il convient de mentionner le Sida et son impact SUr l'ensemble des groupes sociaux.

Le nombre des enfants ayant besoin de protection sociale spéciale, notamment les orphelins et les enfants de la rue, a considérablement augmenté.

Les: femmes représentent plus de la moitié de la population nationale. Les conf1its que notre pays a connus les ont fortement touchées. Beaucoup d’entre elles ont subi des actes de violences et de viols.. Rien que pour la ville de Bangui on dénombre pas moins de 600 femmes victimes de viols. Les -chiffres de l'Intérieur du pays. surtout dans les zones touchées par les conflits doivent être bien plus importants.

La situation des jeunes filles déscolarisées et désœuvrées dont l'âge varie entre 12 et 25 ans est devenue plus que jamais précaire. Elles sont en effet vouées au chômage et à la pauvreté et exposées, par la force des choses, à la prostitution et à des risques élevés d’infection au Vih/Sida et autres maladies sexuellement transmissibleS..

Les déplacements de personnes dus aux conflits armés n'ont pas épargné les femmes et les enfants. Le nombre de nos compatriotes encore réfugiés au Sud du Tchad voisin est estimé à plus de 40.000.

Pour ceux qui sont restés au pays, la destruction et les pillages des infrastructures communautaires (cases et postes de santé, pharmacies, boutiques et écoles, forages et points d’eau, etc.) ont réduit leur accès aux services socio-économiques de base, d'où une baisse substantielle de la productivité, une pauvreté généralisée ainsi qU'une morbidité et une: mortalité croissantes.

Honorables Députés,

Distingués invités..

Mesdames et Messieurs,

Après la santé, l’éducation est l'un des piliers de toute société aspirant à la maÎtrise de l'avenir .à travers l’acquisition de l’instruction, de la connaissance et une plus grande ouverture sur le monde.

Notre système éducatif dérive depuis plus d'une décennie déjà. Cette évolution se traduit aujourd'hui par le fait que seule la moitié de nos enfants en âge de scolarisation est scolarisée. Sur cette moitié, moins de 20 % achèvent le cycle primaire. Le taux de déperdition est si important que notre pays se situe à la queue des pays africains. Une telle tendance compromet les chances de développement de notre pays.

Les causes de cette situation se résument comme:

1) Un accès. à l'éducation relativement faible comparativement à la moyenne de la zone CEMAC ;

2) Un Indice d’efficacité interne très en retrait pat rapport à lai moyenne des pays voisins et de l'Afrique:

3) De fortes disparités entre les régions, entre les sexes, et suivant les filières

4} Dans certaines zones rurales, de jeunes enfants parcourent encore plusieurs kilomètres à pied pour se rendre à l'école ;

5) Un très faible taux d'encadrement et des niveaux de qualification tout aussi faibles pour les enseignants ;

6) Des conditions de travail non incitatives et des rémunérations dévalorisantes pour la profession d'enseignant et d'éducateur.

Monsieur le Président de I'Assemblée Nationale

Honorables Dépotés,

Distingués invités

Mesdames et Messieurs,

S'agissant du contexte de notre économie et des contraintes qui pèsent sur elle, on peut déplorer notre continentalité qui est un lourd handicap pour notre développement.

Notre éloignement des ports maritimes et les difficultés de mobilité sur des routes non totalement fluides, accroissent les coûts de transports, et réduisent la compétitivité de nos produits. A cela s'ajoute l’insuffisance des infrastructures de communications par ailleurs inégalement réparties sur un territoire vaste et à faible densité. Le réseau routier, dont principalement les pistes rurales, est si dégradé que le lien entre le monde rural - zone de production agricole et agro-pastorale - et le monde urbain est quasiment rompu en saison des pluies et totalement rompu dans des zones où ces pistes n'ont plus été entretenues depuis de nombreuses années.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Honorables Députés,.

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

D'une manière générale, il importe de savoir que 45 ans après notre indépendance, la République Centrafricaine ne dispose que de 700 Kms d'un réseau routier revêtu, ou si l'on préfère bitumé, dont la moitié au moins est fortement dégradée tout comme sont dégradées les rues autrefois bitumées de notre capitale. Contrairement à beaucoup d’autres. pays enclavés d'Afrique, la RCA ne dispose pas de route bitumée la reliant à la mer.

Sur ces routes et pistes, les barrières physiques et non physiques en surnombre constituent un obstacle majeur pour la circulation des biens et des personnes, ce qui contrecarre le déve1oppement des activités commerciales.

La seule vole d’eau praticable 6 mois sur 12 est l'axe Bangui- Brazzaville, longue de 1.200 Kms. Elle n'a pourtant pas été balisée depuis plusieurs années.

En ce qui concerne les plates- formes aéroportuaires, la direction de l'aviation civile en recense 42 sur toute l’étendue du territoire. Seules 4 d'entre elles sont bitumées (Bangui, Bobangui, Berbérati et Avakaba. Toutefois, l'entretien des pistes et des abords est mal assuré, y compris sur Bangui - Mpoko,. l'unique plate forme internationale.

Monsieur le Président de Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Faisons un tour un instant dans nos provinces pour examiner la situation du monde rural à travers l'agriculture et l'élevage, mais surtout la situation des hommes et des femmes qui s'adonnent à ces activités premières pour notre économie et notre survie. Ici c'est moins un jugement de technicien que je souhaite opérer que le regard attentif d'un centrafricain désireux de faire le point.

Bien des paramètres évoqués plus haut ont lourdement handicapé et handicapent encore le monde rural. Je pense à l’insécurité, à la dégradation des voies de communication, au taux de mortalité inquiétant au vieillissement des populations, à l’exode rural, à la chute vertigineuse des cours des cultures de rente entraînent la mévente des produits, au manque de moyens dont disposent les cadres et agents du Département en charge du Monde rural.

Prenons par exemple deux de nos cultures de rente: le coton et le café.

Alors que la production de coton avoisinait 60.000 tonnes en 1969-1970, elle est inférieure à 6.000 tonnes pour la campagne qui s’achève. Le nombre de producteurs a été divisé par 5 en quelques années.

La société centrafricaine de développement des textiles SOCADETEX, en situation de quasi monopole, ne remplit pas sa mission car, n'ayant jamais pu réaliser les investissements nécessaires à une relance de la filière.

Les producteurs se trouvent dans une situation de précarité à nulle autre pareille. Le coton acheté cette année ne leur a pas encore été payé et la SOCADETEX leur doit toujours 180 millions au titre de la campagne 2003- 2004, sans compter 1 milliard 800 millions dus par la société cotonnière centrafricaine SOCOCA (prédécesseur de la SOCADETEX) au titre de l’année 2001- 2002. Au total les paysans coton-culteurs accusent un déficit de paiement de plusieurs milliards de FCFA. Quelle motivation peuvent ils encore avoir pour cette culture ?

La filière café quant à elle a été durement touchée par la chute des cours mondiaux pendant les dernières années. Aujourd'hui, alors que les cours redeviennent attractifs, les chiffres de commercialisation montrent que les. exportations continuent de régresser. Il convient aussi de noter le piteux état des plantations, la dégradation du réseau routier et le racket généralisé des forces de l’ordre sur les axes routiers. De nombreux planteurs ont abandonné leurs plantations.

La perte sèche en termes de recettes d'exportation n'est même pas atténuée par l'augmentation des cultures vivrières. A preuve, la hausse actuelle des prix des produits vivriers (et particulièrement du manioc) qui montre que la production vivrière connaît également des problèmes importants, contrecoups de plusieurs années pendant lesquelles les producteurs n’ont pu se livrer en toute quiétude à leurs activités agropastorales.

En ce qui concerne l’élevage, de nombreux éleveurs ont fui l’insécurité de certaines régions pour éviter les attaques armées et les enlèvements d'enfants dans les campements contre rançon. On évalue à 3.000 le nombre d"éleveurs centrafricains partis récemment au Cameroun sans leurs troupeaux.

Malgré des statistiques laissant. apparaître un cheptel bovin croissant, tout porte à croire que le nombre de bovins élevés en R.CA chute depuis plusieurs années car aucun recensement n'a pu être effectué.

Le secteur des élevages périurbains à cycle court (volailles, œufs, porcs..) a été affecté par les difficultés d’ approvisionnement en intrants (notamment en poussins) et subit actuellement de plein fouet la hausse des prix des produits vivriers servant en alimentation animale.

Les organisations paysannes bénéficient de peu d'appui. Aujourd’hui, à quelques rares exceptions près (cas de la FNEC), elles sont incapables de reprendre à leur compte les services que l’Etat n’est plus en mesure d'assurer.

En effet un certain nombre de structures, qui jouaient un rôle fondamental en milieu rural, ont disparu au cours des années 90 : C’est: le cas de la Société cotonnière Centrafricaine (SOCOCA) en 2002, de l'Agence pour le Développement de la Caféiculture Familiale(ADECAF) en 1997.

L'Agence Centrafricaine de Développement Agricole (ACDA) et l'Agence Nationale de Développement de l'Elevage (ANDE) créées. en 1993 sous l’impulsion de 'a Banque Mondiale pour s’occuper de la vulgarisation dans le secteur de l'agriculture et de I’élevage ne bénéficient plus, depuis 1997, de financement. Aujourd'hui, ce sont de simples coquilles vides.

Les projets. de développement régionaux se sont progressivement éteints sans qu’aucune suite ne leur soit proposée eu égard à la situation d'arriérés du pays vis-à. vis des bailleurs de fonds.

Les institutions de formation comme celles de Grimari et 1e service Civique National de Participation tournent au ralenti et le Centre de formation de Bouar spécialisé dans les formations en élevage est fermé depuis de nombreuses années.

D'après les résultats du recensement général de la population de 2003, l’incidence de la pauvreté d'existence, qui mesure le niveau de vie du ménage en prenant en compte les conditions de vie et les équipements, est de 50,3 en RCA, ce qui dénote une grande pauvreté mais les écarts sont énormes entre le milieu urbain dont le chiffre est de 17,2 et le milieu rural dont l'indice est de 70,4 c'est-à-dire, on y vit dans l'extrême pauvreté. Lorsque l'on sait que le monde rural chez nous représente près de 80 % de la population, ce rapide survol de sa situation a de quoi ébranler plus d'un observateur averti.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés ;

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Cette litanie de naufrages, je peux la poursuivre en évoquant la situation de tous les autres secteurs quasiment sans exception. Qu’il me suffise de rappeler en matière d'énergie les délestages dans notre capitale et le retard pris dans l’électrification rurale; en matière de technologie moderne, les problèmes de SOCATEL de la radio diffusion et de la télévision nationales, la disparition des activités postales en province. Cette régression n'épargne pas des secteurs comme commerce le tourisme ni des institutions comme la justice ou notre diplomatie. Même les secteurs comme les mines et la forêt, qui figurent parmi les premiers pourvoyeurs actuels de recettes de l'Etat accusent de nombreuses faiblesses et voient d'année en année leurs recettes chuter.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés ;

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Le tableau sombre que je viens de tracer et qui est connu de tous, n'est que la conséquence d’une désagrégation lente et continue de la structure de l’Etat. En effet, les efforts entrepris à compter de l'indépendance en 1960, en vue de la construction d'une nation unie, digne et laborieuse (comme le stipule notre devise) et d'un état de droit ont été obérés par deux maux pernicieux, le tribalisme et ra corruption. Il en est résulté ce que nous avons connu ces quinze dernières années à savoir, des troubles sociaux, l'insécurité, la perte de l’autorité de l'Etat, la faillite économique et une paupérisation accrue.

Nous avons payé le prix fort pour les erreurs, que dis-je. pour tes fautes commises dont nous sommes tous, à quelques degrés, responsables. Par bonheur, le sursaut national tant attendu s'est opéré suivi du dialogue National qui a jeté les bases de la concorde nationale, et des élections qui ont permis le retour à l'ordre constitutionnel.

Dans ce contexte nouveau, le Gouvernement que j'ai l'honneur de conduire a reçu la redoutable mission d'œuvrer, sous ta conduite du chef de l’Etat, pour la réconciliation de notre pays, la relance économique et la lutte contre la pauvreté. Cependant, quel que soit le savoir-faire de ce gouvernement, ses efforts resteront vains s’il ne peut compter sur une mobilisation générale effective et le rejet catégorique par tous, des pratiques discriminatoires, des fraudes et de la corruption qui minent sévèrement le développement de notre pays. C’est,. à vrai dire, un deuxième sursaut patriotique national qui est ici réclamé de tous, pour sauver le navire centrafricain en perdition.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés ;

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

Après ce large tour d'horizon sur le passé et les difficultés économiques et sociales de notre pays, venons-en au programme et aux stratégies que compte mettre en œuvre le gouvernement.

Auparavant cependant, permettez-moi de déclarer ici haut et fort que notre pays regorge d'atouts. Il est riche, potentiellement très riche, et il est scandaleux que nous soyons aujourd'hui dans cette situation de quasi-impasse. Imaginez un pays vaste, abondamment arrosé, préservé encore de la sécheresse et de la désertification, disposant de vastes prairies, d'un réseau hydrographique dense, de millions d'hectares de terres fertiles inoccupées, de forêts encore inexploitées, d'une faune et d’une biodiversité exceptionnelle et d'abondantes ressources minières dont l'inventaire et l'exploitation commencent à peine.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés ;

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

J'ai l'avantage de bien connaître un certain nombre de -pays africains, beaucoup moins lotis que le nôtre, mais dont la situation économique est aujourd'hui bien meilleure. Il ne dépend donc que de nous de changer la situation désastreuse actuelle. C'est pourquoi je me présente aujourd’hui devant vous, plein d'optimisme et de bonne résolution et j’espère pouvoir vous convaincre de ressentir les choses comme moi.

Alors qu’allons nous pouvoir faire ?

Si l'on s’en. tient à l'exposé que je viens de présenter, il y a lieu de tout faire à la fois car tout est urgent et indispensable. Cependant nous n'avons d'une part ni les ressources financières nécessaires ni les nommes préparés pour tout entreprendre et, d'autre part les conditions ne sont pas toutes réunies pour le faire. Il nous faut donc sérier les problèmes et les résoudre graduellement en fonction des priorités à définir.

Auparavant toutefois il nous faut revenir sur le modèle de société que les Centrafricains désirent bâtir. Ils se sont en effet battus au cours des vingt dernières années pour rejeter le despotisme, le tribalisme, le népotisme et l’injustice. Maintenant que la concorde est revenue, nous allons bâtir ensemble une société libre, égalitaire, démocratique où il fait bon vivre

Dans les circonstances actuelles, les préalables à réunir sont :

1) être capable de payer régulièrement les salaires" les pensions et les bourses. Il faut pour ce1a tout mettre en œuvre pour mieux recouvrer les recettes de l'Etat tout en comptant sur un appui ponctuel de nos partenaires;

2) Régler 1e problème des arriérés vis-à-vis des bailleurs de fonds. Il nous faut pour cela préparer et signer avec le FMI un programme solide de redressement du déséquilibre macroéconomique, ce qui nous fera accéder à l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) bénéficiant de l’annulation des dettes. Nous pourrons alors redevenir éligibles aux programmes de prêts auprès des principaux bailleurs de fonds et avoir ainsi notre avenir en main.

3) La mise en place dans l’immédiat d"un dispositif de gestion transparence et de bonne gouvernance ce qui revient à susciter deuxième sursaut patriotique de mobilisation pour le développement et contre les fraudes et la corruption.

les programmes prioritaires à entreprendre seront envisagés d'une manière séquentielle : l’immédiat, le court terme et le moyen terme.

Les mesures immédiates concernent les actions en cours qu’il faut maintenir et renforcer. Il s'agit des actions et projets dans les domaines de la santé, de l'éducation, du désenclavement intérieur et extérieur ..etc. Il s'agit aussi de la préparation et de l’adoption d'une stratégie consensuelle de développement axée sur la réduction de la pauvreté et soulignant les priorités mais aussi mettant en évidence les complémentarités et les synergies entre les différents secteurs. Nous y sommes presque.

A COURT TERME, c'est à-dire d'ici fin 2006

les actions résolues du gouvernement devront nous permettre de faire aboutir les programmes signés avec le FMI. Ce qui devrait nous permettre de bénéficier des ressources concessionnelles et de dons auprès des bailleurs de fonds internationaux et bilatéraux en vue du financement de nos programmes et projets dans les secteurs productifs.

La revue des performances de la gestion de notre économie qui vient d'être effectuée par la mission conjointe FMI-BAD-BM nous a permis d'identifier nos points de faiblesse et d'envisager des mesures concrètes de redressement des indicateurs en perte de vitesse. Le gouvernement s'engage à entreprendre les réformes. suivantes :

1. Dans le domaine des finances publiques : l'objectif immédiat est de ramener en fin 2005 le déficit global à 1% du Produit Intérieur Brut, contre 1,5 % en 2004. Cet objectif qui devra encore être amélioré en 2006 ne pourra être atteint que si les dépenses sont rationalisées et le niveau des recettes de l'Etat substantiellement relevé..

Pour ce faire, le gouvernement va mener tes actions urgentes ci-après :

(i) pour maîtriser la masse salariale, il convIent de contenir l'effectif du personnel de la fonction publique:

- en nettoyant le fichier de la solde encombré par des agents fictifs ou décédés, des doublons et des. privilèges indus. En outre, pour assurer une gestion plus efficace de ce fichier, il sera transféré de l’ONI à la Direction de fa Solde.

- en mettant effectivement à la retraite le personnel ayant atteint l’âge de la retraite. L’effectif de ce personnel est estimé à 2000 personnes.. Cependant,. la bonne fin de cette opération est conditionnée par unie disponibilité de ressources afin d'assurer la couverture de quelques mois d’arriérés ;

- en faisant appel à une assIstance technique internationale spécifique qui aura la charge d’apporter plus d'efficacité à la gestion du Fichier de la Solde;

- en gelant les recrutements dans la fonction publique pour une durée minimale de un an;

- en réduisant de 25% les remplacements numériques (3 personnes remplacées Sur 4 personnes retraitées et ou décédées) pour tous 1es départements à l'exception de ceux jugés prioritaires comme l'Education, la Santé, l’intérieur, la Défense et la Justice ;

- en encourageant le départ volontaire du personnel d'appui non essentiel moyennant des compensations financières à trouver;

- en nettoyant le fichier des allocations familiales et en limitant à 5 le nombre d'enfants par foyer fiscal

(II) pour contenir les autres charges de fonctionnement, le gouvernement s’imposera une discipline dans le traitement de la chaîne des dépenses en limitant les dépenses sans ordonnancement préalable, et en rationalisant les consommations d’électricité et de téléphone.

(iii) pour optimiser les recettes de l'Etat les mesures suivantes seront prises ou renforcées:

- les régies financières bénéficieront incessamment d'une assistance technique afin d'améliorer leur fonctionnement et accroître l'efficacité de leurs actions. Des requêtes pour cette assistance ont déjà été adressées à des partenaires;

- les modalités d'opération de ces régies financières seront revues. A cet égard, l’utilisation par la Direction des Impôts du Numéro d’Identification Fiscal (NIF) des contribuables sera obligatoire et des plus sévères seront appl1quées aux contribuables défaillants pour défaut de déclaration. Le mode et le nombre de contrôles fiscaux seront revus et renforcés.

- S'agissant de la douane, le gouvernement est déterminé à appliquer les mesures déjà prises relatives au paiement obligatoire pour tout commissionnaire en douanes d'une caution de 50 millions de FCFA. Par ailleurs, il sera établi d’ici la fin de l'année 2005 un code d'éthique et de conduite du personnel de la douane. La pratique des entrepôts fictifs et des privilèges sur les importations sera reconsidérée. L’antenne de Douala sera renforcée dans le cadre d’une meilleure collaboration avec les douanes camerounaises. Enfin, une attention particulière sera accordée aux certifications d'origine CEMAC de manière à éliminer les fraudes.

2. Dans le domaine de la gouvernance: les actions du gouvernement porteront sur la consolidation de la paix, l'assainissement de l’environnement des affaires, la décentralisation et la lutte contre la corruption ( transparence dans la gestion des affaires de l'Etat).

(i) la consolidation de la paix exige des mesures relatives au rétablissement de la sécurité sur toute l'étendue du territoire. Pour réduire les poches d’insécurité dans les villes ou communes de l'arrière-pays, les capacités: opérationnelles de nos forces de défense restent insuffisantes. La restructuration de nos forces de défense et de sécurité doit se poursuivre et aboutir à !a construction d’une armée professionnelle, unie, moderne et républicaine apte à accomplir avec efficacité sa mission. Ainsi le gouvernement continue de compter sur ces forces pour assurer la sécurité et la paix sur toute l’étendue du territoire. Le gouvernement s'appuiera sur les forces de la CEMAC, et des Nations Unies, en vue de soutenir les. efforts consentis par les différents corps de la défense nationale. Le gouvernement sollicite également une assistance militaire française pour la formation de nos éléments et le renforcement du dispositif militaire de Boali par des moyens héliportés. Menées promptement les opérations contre les coupeurs de route et autres bandits devront permettre le retour dans leurs foyers de nos compatriotes réfugiés dans le Sud du Tchad et au Cameroun .

(ii) l’assainissement de l’environnement des affaires, indispensable au développement du secteur privé, se traduira par l’amélioration du cadre juridique judiciaire et réglementaire, qui doit être stable, transparent et conforme aux textes de l'Organisation pour l’harmonisation du Droit des Affaires en Afrique (OHADA). Les procédures administratives seront allégées. notamment avec la création du guichet unique. Les capacités du Ministère du commerce de d’industrie et des Petites et Moyennes Entreprises seront renforcées et une stratégie de développement industriel et de promotion des exportations sera formulée. Une Agence de Promotion des Investissements sera créée. Le secteur informel sera. encadré de manière à faciliter l’insertion des unités performantes dans le secteur formel.

(III) Afin de rapprocher l'Administration des administrés , le gouvernement a créé depuis 1993 un Haut commissariat chargé de la Décentralisation et en 1995 de deux organes : un Comité Technique des experts chargé des études techniques et une Commission Nationale de Décentralisation. Faute de ressources et de volonté politique suffisante, ces structures. n'ont pas véritablement fonctionné. Le gouvernement va leur donner une nouvelle impulsion de manière à leur permettre d"élaborer et d'adopter les textes législatifs et réglementaires relatifs à la décentralisation et à la déconcentration.

Le gouvernement est déterminé à s'attaquer à la corruption afin de parvenir à une gestion transparente et efficace de l’économie. Il a déjà mis en place un Comité chargé de réfléchir sur la stratégie de lutte contre la corruption et d’œuvrer au renforcement de l’organe de lutte appelé « Pôle financier» récemment institué au sein du Ministère de la Justice. Ce ministère lui même bénéficie d'une assistance technique spéciale que des partenaires sont disposés à lui apporter. Un code d"éthique et de conduite du personnel des régies sera élaboré et le facteur d'intégrité sera déterminant pour la promotion de ce personnel. Le gouvernement prendra également des dispositions pour la formation et la sensibilisation de tous les acteurs économiques y compris fa société civile sur tous les aspects de ce délicat problème.

La stabilisation du cadre macro-économique avec la mise en œuvre de ces mesures d'assainissement permettra de créer les conditions d'un redémarrage des activités sectorielles de production. A. court terme, les départements ministériels identifieront et prépareront des dossiers de projet dont la mise en œuvre démarrera à compter de 2006. Les résultats attendus de ces secteurs ne seront appréciés qu'à moyen terme.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés ;

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

A MOYEN TERME,

Les actions du gouvernement devront impulser fa reprise des activités de productIon. Toutefois, la réhabilitation des infrastructures de base dont princIpalement les transports, l’énergie et l'eau,. s'avère indispensable pour ces activités.

1. les infrastructures. de base : le gouvernement va tout mettre en œuvre afin que les projets dont les financements ont déjà été identifiés puissent redémarrer dans les meilleurs délais.

Ainsi, dans le sous-secteur des transports routiers, les travaux de désenclavement relatifs à l'amélioration de la praticabilité de certains axes principaux comme Baoro-Bouar-Garoua Boulaï et Bambari - Ippy-Bria, devront reprendre sans retard. De même, le gouvernement mettra tout en œuvre pour démarrer dès 2006 la réhabilitation des pistes rurales devant accompagner la relance de la filière cotonnière.

Dans le sous-secteur du transport fluvial , des efforts seront consentis pour la mise en perspective des programmes de navigabilité sur les eaux de l’Oubangui et de la Sangha

Une autre mesure de désenclavement du pays portera sur la sécurité et la sûreté de l'aéroport international de Bangui-Mpoko et l'aménagement de l’aérodrome de dégagement de Berbérati.

Dans le domaine de l'énergie, l'objectif du gouvernement est d'augmenter re taux d'accès de la population aux sources modernes d'énergie et de faire passer le taux d’accès de 3% actuellement à 10% en 2007. Un accent sera mis sur la valorisation des sources d'énergie renouvelable (hydro-électricité, solaire et biomasse) pour satisfaire les besoins en énergie des populations, surtout en milieu rura1. Pour ce faire, le gouvernement devra disposer d’un cadre législatif. réglementaire du secteur et devra entamer la recherche des. fonds pour l’installation de l'usine au pied du barrage de la Mbali afin d'assurer l'alimentation électrique de Bangui et Zongo.

Dans le domaine de l'habitat, une approche nouvelle va être développée pour renforcer le liera entre les conditions d’habitat, la trame viaire et l'exposition à la maladie. Cette démarche conduira à la restructuration des quartiers informels. A cet effet le gouvernement mettra en œuvre la stratégie nationale d’habitat dont les grandes orientations sont :

- La restructuration des quartiers irréguliers par l’ouverture des voies de pénétration;

- La création et la viabilisation des lotissements en vue de la construction des logements sociaux:

- la réhabilitation des infrastructures urbaines :

- La révision des plans d'urbanisme de référence ;

- La révision des textes domaniaux et fonciers ;

- La promotion et la vulgarisation des matériaux locaux.

La couverture en eau potable du pays reste très faible avec un taux de couverture de 28% en moyenne. L’objectif est de fournir à l'horizon 2015, 25 litres par personne et par jour à la campagne et 80 litres par jour et par personne en ville. L’accès à l’eau sera facilité par :

- la multiplication de forages et des puits modernes équipés de pompes à motricité humaine dans les villages de plus de 300 habitants ;

- la création de mini adductions d’eau potab1e dans les villages de plus de 2000 habitants ;

- la création dans les écoles, les centres de santé et les marchés de points d'eau potable et de cabines ventilées.

Concernant les télécommunications et les nouvelles technologies , l’objectif du gouvernement est de moderniser les télécommunications en RCA. Cela passe par l’assainissement de la situation de la Société Centrafricaine de Télécommunications (SOCATEL.) et la mise en place d'un grand projet de télécommunication qui couvre l'ensemble du territoire.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

2. Le secteur agricole: Comme l’agriculture au sens large constitue l'activité principale de 70% de la population, la promotion de ce secteur sera ta meilleure voie pour réduire la grande pauvreté qui sévit en milieu rural. Le secteur agricole revêtira de œ fait 'a première priorité dans les activités de production. La stratégie du gouvernement consiste à relancer les productions de rente, à augmenter les productions vivrières et à développer l'élevage.

En œ qui concerne les cultures de rente, Le gouvernement s'emploie déjà à revitaliser la filière cotonnière qui est: au stade actuel, complètement déstructurée. Cette action devra aboutir dans les meilleurs délais à la création d'une nouvelle société en remplacement de la Société Centrafricaine de Développement du Textile (SOCADETEX.), à la réhabilitation des usines d'égrenage et à celle des. pistes rurales, de désenclavement des zones de production comme indiqué ci-.avant. Les productions devraient passer de moins de 6.000 tonnes de coton-graine actuellement à 20.000 tonnes en 2008, et à 60.000 tonnes cinq ans plus tard. Les efforts du gouvernement porteront également sur la réorganisation des productions caféières, tabacole et de l'hui1e de palme qui sont également en grande difficulté.

La remontée de la production cotonnière entraînera celle des cultures vivrières qui lui succèdent. le gouvernement entend impulser ces productions en vue non seulement d'augmenter leur disponibilité dans les villes, mais aussi de rendre la zone cotonnière exportatrice nette de ces produits vers le Sud du Tchad où les demandes vont croître avec le déve1oppement des activités pétrolières. Le gouvernement promouvra également, à travers de projets spécifiques.. le développement des productions vivrières dans d'autres zones comme les zones diamantifères et la ceinture de Bangui où la demande n'est que rarement satisfaite, créant des inflations.

En tant qu’aliment de base en Centrafrique, le manioc fera l'objet d’une attention particulière. De nouvelles variétés à haut rendement et tolérantes à la mosaïque seront identifiées multipliées et diffusées sur toute l'étendue du territoire.

Afin de tirer profit des énormes potentialités du. pays en matière d'élevage, le gouvernement revitalisera toutes les structures qui ont permis l'essor de l'élevage bovin centrafricain au cours des décennies passées. Il mettra un accent particulier sur le développement de l’élevage à cycle court (petits ruminants.. porciculture et aviculture ) et améliorera les conditions de commercialisation et de transformation des produits et sous produits d’élevage.

Enfin, le gouvernement mettra l'accent sur la stratégie de développement locale en mettant à profit la participation et la décentralisation et sur d'autres systèmes de modernisation de l’agriculture comme l’association agriculture–élevage, la promotion de la petite irrigation de contre saison., du crédit et de la recherche agricole, la formation et l’insertion de jeunes dans le secteur rural, la diversification des cultures et la protection de l'environnement.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés ;

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

3.Le secteur forestier : ayant eu par le passé une forte contribution à la croissance économique du pays, ce secteur devra retrouver sa place avec des mesures énergiques de re1ance de la production, intégrant les objectifs de préservation, de renouvellement et d'une gestion saine et durable des ressources. Le gouvernement veillera à la stricte application des mesures d'assainissement de la filière forêt. Ces mesures qui dérivent des Etats Généraux du secteur des Eaux, forêts, Chasse et Pêches, organisés perdant la période de la Transition.. et qui ont semblé ne pas avoir produit leurs pleins effets devront donner une nouvelle impulsion à ce secteur.

Entre 2005 et 2008.. l'objectif du gouvernement est d'obtenir de l'exploitation des ressources forestières, des recettes fisca1es qui passeront de 10 milliards à 15 milliards de FCFA par an. Pour cela, les actions suivantes seront entreprises:

(I) l’insertion des programmes et activités du secteur forestier dans la stratégie nationale et lutte contre la pauvreté. Il s’agira d'associer étroitement les populations riveraines à la gestion et exploitation des ressources forestières i

(II) la mise en place d’un programme de vérification et de sécurisation des recettes de bois à l'exportation. Une structure indépendante aura pour mission de contrôler pour la compte de l'Etat, les recettes de bois à l'exportation;

(III) Un programme d’aménagement des forêts de production du Sud Ouest sera formulé. Ce programme auquel se conformeront les entreprises. forestières servira de guide pour la programmation du suivi et du contrôle des activités d’aménagement des forêts ;

(IV) L 'augmentat1on de la valeur ajoutée du secteur forestier.

L’objectif que 1e gouvernement s'est fixé est de stimuler la production en :

- promouvant le développement des PME ou PMI et l’implantation d'unités de transformation plus performantes,

- mettant un terme à l'exportation des grumes ;

- diversifiant l’exploitation des essences.

(V) Le strict respect des cahiers de charges par les sociétés forestières et les communes ;

(VI) Les textes de base régissant les activités du. secteur (codes, textes d'application, traités, convention, conventions provisoires d'aménagement.. Statut particulier du Corps des Eaux et forêts, Loi des Finances) seront inventoriés, révisés et mis en application. L'attribution des permis d'exploitation forestière relèvera désormais des compétences du Premier Ministre qui s'appuiera sur les travaux d'un Comité spécial chargé de l'étude technique de ces dossiers.

Un assistant technique sera recruté pour appuyer l'ensemble de ces actions.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Honorables Députés ;

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

4. Le secteur des mines.

Ce secteur qui repose essentiellement sur l’explo1tation artisanale du diamant contribue actuellement pour 40% dans les recettes d’exportation du pays. Cependant cette part aurait pu être nettement meilleure si cette exploitation n’était pas émaillée de fraude massive. Parmi les principales actions que le gouvernement entreprendra on peut citer:

- la création d’une police des mines ;

- la création d’un comptoir national des minerais, métaux et gemmes ;

. la relance des activités de la bourse internationale de diamants de Bangui;

- la promotion de la recherche minière ;

. le renforcement de la participation des populations des zones minières dans les comités communaux de gestion ;

- la révision de la fiscalité minière au profit des communes des zones minières

- le rapatriement des recettes de toutes les sociétés exportatrices.

Un assistant technique sera recruté pour appuyer l’ensemble de ces actions.

Considéré comme secteur potentiellement porteur, le tourisme et l'artisanat peuvent contribuer, à la faveur de la paix et de la sécurité retrouvée, à la relance de l’économie nationale. C’est pourquoi le gouvernement s’est fixé les objectifs stratégiques suivants :

- l e renforcement des capacités techniques de l'administration du tourisme et des opérateurs du secteur;

- le développement des infrastructures touristiques et d’artisanat ;

- l’ aménagement des sites touristiques ;

- l’organisation des cadres d’échange d’expérience entre les opérateurs et de valorisation du patrimoine touristique national.

Le concours technique et financier des bailleurs de fonds traditionnels sera sollicité pour la réalisation des projets sus-mentionnés.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

DIstingués invités,

Mesdames et Messieurs,

La lutte contre la pauvreté demeurant notre principale préoccupation, les résultats escomptés de toutes ces actions au niveau des secteurs productifs devront se traduire par une réelle amélioration des conditions de vie des populations Ainsi donc, les indicateurs sociaux devraient également s'améliorer.

Au niveau de 1a santé le gouvernement inscrit ses actions dans le cadre de sa politique de soins de santé primaires s’inspirant de l’initiative de Bamako sur la décentralisation et la participation communautaire. La prévention et la prise en charge correcte des malades en constituent les options de base. Dans cette perspective, l’espérance de vie à plus de 60 ans et la qualité de la vie doivent être recherchées. D’ici 2008, les résultats suivants devront être atteints :

- 72 % de la population aura accès aux services de santé;

- les taux de mortalité infanto-juvénile auront été réduits de 222 à 147 pour mille;

- la progression du VlH/SlDA aura été stoppée ;

- les taux de morbidité et de mortalité liés aux maladies sexuellement transmissibles et non transmissibles auront été contenus .

Ces réalisations découleront de la mise en œuvre des quatre axes stratégiques ci- après :

- le renforcement du cadre institutionnel et du partenariat ;

- la promotion de la santé de: la reproduction ;

- le renforcement de la lutte contre les principales maladies dont particulièrement le VIH/SIDA et le paludisme ;

- la promotion d'un environnement propice à la santé.

Au niveau de l'éducation ,.les taux nets de scolarisation au fondamental 1 devront passer de 40 à 60%, la parité fille/garçon améliorée et la disparité géographique réduite. Les grandes orientations du secteur sont :

- la prise en charge de la gestion de l’école par les communautés et son intégration à la stratégie de développement local ;

- l’appui institutionnel en vue de la levée des contraintes pesant sur l'accès des pauvres aux services éducatifs de qualité;

- la promotion de l’initiative privée afin d'accroître les capacités des services éducatifs.

Le gouvernement envisage de mettre en œuvre les mesures qui suivent

- la généralisation du processus de la carte scolaire afin de mieux orienter les actions à entreprendre au niveau de la planification et de la gestion des écoles

- la responsabnlsa6on des communautés et le renforcement de leur participation dans le système éducatif;

. la commission d'une étude sur l’offre de l'"éducation, les méthodes d'enseignement et l'organ1sèltlOn scolaire ;

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale ;

Honorab1es Députés,

Distingués. invités,

Mesdames. et Messieurs..

Au niveau de .l'enseignement supérieur, les efforts porteront sur:

- l'"évaluation interne de l'enseignement supérieur et le renforcement des structures administratives de gestion;

- l'amélioration des conditions de vie des étudiants avec la réhabilitation des cités universitaires ;

- une plus grande ouverture de l’Université sur l’extérieur à travers des alliances inter-universités ;

- le statut des enseignants du supérieur et des chercheurs.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale ;

Honorab1es Députés,

Distingués. invités,

Mesdames. et Messieurs..

Le gouvernement accordera une importance particulière aux problèmes de la jeunesse (moins de 25 ans) qui représente 52% de la population nationale. Un cadre institutionnel approprié doit être défini afin d'assurer son encadrement. Pour cela le projet de document de politique déjà élaboré fera l’objet: dune validation dans le cadre d’un forum national. Un conseil national de la Jeunesse sera crée. Il servira de plate forme de concertation des organisations de jeunesse qui sont appelées à être les inter1ocuteurs privilégiés du gouvernement et des partenaires au développement. A moyen terme, il sera crée un fonds d’insertion des Jeunes pour leur formation professionnelle.

Dans le domaine du sport , un .cadre de politique national sera élaboré et permettra la réalisation à moyen terme de jeux régionaux et nationaux. les associations sportives seront restructurées en vue d’un encadrement efficient. Le gouvernement s’efforcera de reprendre les cycles de formation des cadres de la jeunesse et des sports il Bangui et de réhabiliter le centre national de la jeunesse (CNJ).

Le domaine des arts et culture ne sera pas oublié par le gouvernement qui adoptera un cadre institutionnel et réglementaire adéquat comme une charte culturelle centrafricaine des textes de restructuration du bureau centrafricain du droit d'auteur (BUCADA) la création d’un conseil national de la culture etc. Le développement culturel sera promu et animé par diverses manifestations et commémorations concernant les arts, la musique et les fêtes traditionnelles.

Le phénomène de précarisation des conditions de vie des groupes les plus vul nérables de notre société a été si bien perçu par le gouvernement que ses actions s’inscrivent dans sa politique sociale. La cohésion sociale étant l’expression des effets bénéfiques de toutes les initiatives en faveur du mieux-être de l’homme et d'une vie harmonieuse dans une société, le gouvernement envisage de soutenir et de renforcer les actions sociales déjà entreprises, dans un contexte d'urgence, et à les tra duire dans la durée, avec en objectif' le développement humain durable. Il agira dans trois domaines :

- dans le domaine du genre, un accent sera mis sur les programmes destinés à réduire les disparités entre les deux sexes, et à libérer les énergies des deux sexes dans la lutte contre la pauvreté. S'agissant tout particulièrement des femmes, leurs structures d’encadrement seront redynamisées et leurs interventions seront orientées vers la promotion de l'excellence et l’ émancipation économique et sociale.

- Dans le domaine de l’action sociale les enfants de la rue, les personnes handicapées les personnes du troisième âge, et les groupes minoritaires bénéficieront de programmes spécifiques marquant l’expression de la solidarité nationale ;

- Dans le domaine du développement communautaire, outre les projets en cours, des efforts seront entrepris en faveur des communautés des zones touchées par les conflits armés.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale ;

Honorab1es Députés,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs

Enfin je ne terminerai pas mon exposé sans évoquer l'importance des missions de facilitation et d'articulation des programmes sectoriels qui incombent aux départements ministériels ci-après :

- la diplomatie et l’intégration économique: de nouvelles orientations .seront données à la diplomatie centrafricaine. Une nouvelle carte diplomatique sera élaborée. Elle sera basée sur la coopération pour le développement et comprendra un nombre restreint de nos représentations dans le monde qui bénéficieront davantage de moyens pour une digne représentation de notre pays. Du personnel plus compétent sera redéployé dans toutes nos ambassades. le pays fera un effort pour régler toutes ses contributions auprès des institutions internationales, en. particulier celles des Nations Unies..

- la planification économique et la coopération internationale: l’approche du développement intégré nécessite la formulation d'une vision du modèle de société auquel aspire le peuple centrafricain. Des études prospectives à horizon 2025 seront menées et un programme d'aménagement du territoire et de modernisation de l’économie sera élaboré. Le champ de notre coopération régionale et internationale sera ainsi circonscrit pour mieux intégrer nos préoccupations de développement à long terme. Une attention particulière sera portée à la coopération Sud -Sud. A cet effet, le département en charge de cette mission sera restructuré et renforcé.

- la fonction publique centrafricaine doit changer de cap et revêtir un nouveau visage. Des réformes profondes seront conduites dans le domaine du Code du travail pour tenir compte des faiblesses des textes réglementaires aussi bien en matière de protection du travailleur que des sanctions à appliquer le cas échéant Le principe de la tripartite Patronat-Syndicat-Travailleurs sera observé à travers le renforcement du dialogue social. Le gouvernement continuera à encourager le dialogue avec les syndicats et le patronat afin de mobiliser toutes les forces à l’œuvre de reconstruction nationale en cours.

- la communication et la promotion des droits de l’homme : la promotion d’une politique d'unité nationale fondée sur le multiculturalisme, la tolérance, la culture de 1a paix, le dialogue et le rejet de toute forme d’injustice se déclinera en une série d"actions dont les liens sont appelés à se renforcer. Des actions de sensibilisation da ns tous ces domaines seront menées à travers des campagnes, des séminaires, des émissions radios, des films, des pièces de théâtre et des organes de presse.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale ;

Honorab1es Députés,

Distingués. invités,

Mesdames. et Messieurs..

En résumé, trois grandes priorités se. dégagent de notre analyse et focaliseront les actions du gouvernement au cours des trois prochaines années :

1. la sécurité et la consolidation de la paix ;

2. la stabilisation macro-économique et financière et les réformes structurelles;

3. la reconstruction des infrastructures de base du pays

Il importe de noter que la mobilisation des ressources humaines financières et matérielles est un préalable nécessaire qui constitue la base de la relance économique que nous venons de vous exposer.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale ;

Honorab1es Députés,

Distingués. invités,

Mesdames. et Messieurs..

En vous exposant la politique générale du Gouvernement, j’ai moins souhaité vous présenter un catalogue de mesures diverses qu’essayé de vous en faire apparaître la logique profonde, inspirée par un seul objectif : lutter contre la pauvreté.

Si nous n’y parvenons pas ensemble et unis, la République Centrafricaine, ne pourra pas poursuivre sa politique de développement économique, de progrès social et d’indépendance. Un échec dans ce domaine ne serait pas celui du Gouvernement seul, mais celui de notre pays tout entier. Mais je me refuse à envisager cette éventualité qui n'est pas du tout souhaitable pour notre pays et ce peuple qui aspire au mieux-être.

Dans un langage de vérité, je vous ai tracé un tableau sans complaisance des forces et des faiblesses de notre pays. Mais les aspects catastrophiques de ce bilan ne doivent pas faire place au pessimisme et au découragement. Le Gouvernement que j’ai l'honneur et le plaisir de diriger n’est pas disposé à sombrer dans le défaitisme et beaucoup de bonnes volontés à l’intérieur et à 1'extérieur de notre pays s’associent à nos efforts. Nous devons rester solidaires et déterminés autour de Son Excellence Monsieur François BOZIZE YANGOUVONDA, Président de la République, Chef de l'Etat.

Avec votre soutien,

Monsieur Le Président de ,'Assemblée Nationale,

Honorables Députés,

et grâce à ce lien fort qui unit tous 1es frères et sœurs centrafricains ayant foi en l’avenir de la patrie, nous agirons pour que toutes les composantes de la République retrouvent leur dignité; laquelle dignité exige du travail, de la constance et de la rigueur dans l’effort.

La mission qui nous incombe, Honorables Députés, et que nous devons réussir ensemble est immense et requiert un .climat de confiance, quelle que soit la difficulté de notre mission.

C’est pourquoi, en application de l’article 41 alinéa 3, de la Constitution, je sollicite votre vote de confiance sur le programme de politique générale et les mesures y associées, que je viens de vous exposer.

KWA NA KWA

Je vous remercie.