FODEM - FRANCE - le 11/09/2005

LE TEMPS DU DEVOIR.

LE PACTE DE REFORME POUR LA MODERNITE

Saturnin NDOMBY

3ème Vice-président

La nation centrafricaine a souffert depuis son indépendance en mille neuf cents soixante (1960) d'insuffisance d'identité nationale en dehors de la langue nationale qui est le sangö.
       La langue nationale a en outre joué un rôle fondamental dans la cohésion nationale. Elle a constitué depuis toujours le ciment de la nation centrafricaine.
       Mais la nation est caractérisée par un territoire et un peuple avec tout ce qu'il y a de traditions historiques, culturelles et linguistiques.
       Notre communauté de destin, durant des années, nous a conduit à travers plusieurs luttes depuis Barthélemy BOGANDA à mettre en place la République et les institutions.

Notre pratique désastreuse des institutions nous place encore aujourd'hui sur la ligne de départ dans la course pour l'acquisition d'une place dans le monde désormais globalisé.

C'est dire que nous ne sommes pas encore visible dans le concert des nations puisque nous ne pouvons l'être qu'à travers nos institutions et la traductibilité de notre bonne gouvernance dans les règles du jeu désormais mondialisées.

Évidemment, la démocratie comme mode de gouvernement doit être un préalable.
       Mais nous ne sommes pas des démocrates innés, nous devons acquérir la démocratie par la construction. Nous devons être des hommes et des femmes de construction.
       Nous avons, par referendum validé une nouvelle constitution et par des élections libres, mis en place un parlement et choisi un président de la République.
       C'est le point de départ d'une nouvelle vie républicaine. Une majorité s'est constituée, celle qui a remporté les élections présidentielle et législatives. Cette majorité s'est d'ailleurs constituée avant la victoire autour d'un programme.
       Le programme ne doit pas s'enfermer dans la conformité avec les accords et l'idéologie.

Le programme doit tenir compte du contexte :
       Contexte politique
       Contexte économique
       Contexte social.

Nous devons éviter d'être victimes de nos ambiguïtés.
       Ceux qui aujourd'hui ont la charge de conduire le Pays doivent être des exemples de rigueur et de pragmatisme. Ils doivent s'appliquer à eux, pour montrer l'exemple, toutes les règles du jeu, notamment les nouvelles dispositions constitutionnelles en matière de déclaration écrite des biens.
       Je ne fais que rappeler ici l'inquiétude de la ligue centrafricaine des droits de l'homme qui ne fait que son devoir en rappelant la non observation de ces dispositions constitutionnelles par toute la classe politique actuelle, y compris les députés.
       Il ne s'agit pas pour moi de rechercher la polémique dans ces lignes, et d'ailleurs j'aurai du mal à incriminer tel ou tel responsable politique puisqu'il s'agit de toute la classe politique.
       Il y a véritablement chez nous des difficultés à observer et à nous appliquer les règles que nous avons choisies pour réglementer nos vies en communauté.

Si nous voulons être efficaces, nous devons doter notre Pays d'institutions solides. Mais avoir les institutions solides n'est pas une condition à la fois nécessaire et suffisante. C'est la manière de pratiquer les institutions qui est importe.
       La constitution n'a jamais fait de politique. Ce sont les hommes qui font la politique.
       Si nous voulons en finir avec le cercle infernal dans lequel nous risquons de nous circonscrire, nous devons, au delà de la majorité qui a triomphé, transformer cette majorité en majorité politique de combat pour le développement et le bien être.
       Nous devons travailler pour la mise en place d'une démocratie sociale qui soit une démocratie apaisée.

Dans la République, le désir de différenciation sociale est inévitablement source de conflits.
       Plus la société se diversifie, plus elle produit des formes de différenciations génératrices de conflits.
       La caractéristique essentielle du pouvoir est de tendre vers l'infini. C'est pourquoi seul un pouvoir peut en limiter un autre, ce qui a tendance à engendrer un état de nature où seule la violence a force de loi.
       Le pouvoir politique est nécessaire et doit permettre à chaque pouvoir particulier de s'exercer sans prétendre à une hégémonie préjudiciable aux autres.
       Le pouvoir politique aujourd'hui doit tirer sa légitimité non seulement des urnes mais aussi procéder des principes ou de valeurs reconnus par la société.

Les institutions doivent être au service du développement. Pour cela, l'état doit être neutre vis-à-vis du pouvoir et doit affirmer son indépendance vis-à-vis de l'église, à l'égard de la morale, des convictions et des opinions.
       La neutralité de l'état signifie que nous ayons un état dit de droit, celui qui non seulement limite le pouvoir par la loi mais encore qui traite les hommes comme des sujets de droit et non comme des individus privés.
       L'état doit être au service du droit.
       On ne peut exiger des gouvernants que ce qui est explicitement attaché à leur charge :
      
L'ordre (coexistence de pouvoirs particuliers)
       La justice (attribuer à chacun ce qui lui revient)
       La prospérité (le pouvoir des institutions doit la rendre possible).

L'état tire sa légitimité de sa capacité à concilier l'ordre public et la
liberté. ROUSSEAU disait que " l'homme obéit aux lois et c'est par la force des lois qu'il obéit aux hommes ".
       Mais " la loi ne prévoyant pas toujours tout, il faut bien laisser au pouvoir la possibilité de décisions susceptibles de contrevenir à la loi " (LOCKE).
       Pour le bien de l'état, il est nécessaire d'accorder une certaine latitude au pouvoir exécutif pour agir à sa guise dans les cas non prévus par la loi.
       Dans ce cas, il est indispensable de limiter l'étendu de ce pouvoir discrétionnaire.

L'état, organe de transmission des décisions du pouvoir politique ne peut fonctionner sans les institutions appelées à les concrétiser.
       Nous devons apprendre à rendre publique les actions de l'état afin de le contraindre à respecter la neutralité qu'il doit s'imposer.

L'état peut être issu de la nation qu'il peut en retour façonner. Il serait douteux de croire que la nation puisse être artificiellement créée par la seule volonté de l'état.

Dans la République, les hommes sont supposés être des citoyens conscients, rationnels et suffisamment informés des problèmes politiques pour pouvoir effectuer leurs choix en connaissance de cause.
       Pourtant, on sait que cette connaissance n'est pas également partagée. C'est pourquoi, il revient à l'état d'instruire les individus, non seulement pour favoriser leur trajectoire individuelle, mais aussi pour en faire des citoyens libres et responsables.

Le peuple centrafricain est prêt comme depuis toujours à se mettre au travail avec enthousiasme et efficacité. L'état doit jouer son rôle, et le citoyen le sien :
       A l'état, l'ordre public et à la société civile d'organiser l'harmonie sociale et la prospérité.
       L'état ne doit pas continuer à être simplement comptable de la nation. Il doit être aussi et surtout Gestionnaire.

La majorité actuelle a encore du temps devant elle et par conséquent, elle doit oser, elle doit prendre des initiatives politiques et économiques.
       La démocratie que nous avons acquise n'est qu'un instrument grâce auquel nous devons opérer des progrès politique, économique et social.
       Mais rien ne peut se faire sans les citoyens. Ce sont les hommes qui pratiquent les institutions, ceux sont eux qui créent la richesse.
       C'est pourquoi, l'instauration de la démocratie et la mise en place des institutions ne constituent pas des résultats finaux. Il s'agit d'un point de départ qui doit permettre aux citoyens d'œuvrer pour la prospérité.

Sur le plan des institutions politiques, la majorité doit gouverner et cela va de soi mais l'opposition ne doit pas disparaître. Elle doit s'opposer dès lors qu'elle le juge nécessaire et faire des propositions alternatives. La majorité parlementaire, par devoir, soutient le gouvernement. Mais elle doit aussi contrôler l'action gouvernementale à travers des débats démocratiques internes.
       Ce serait incompréhensible pour les citoyens que nous sommes qu'il n'y ait pas de débats à l'intérieur d'une majorité qui est plurielle.

Le temps est venu pour le peuple centrafricain de se lever comme un seul homme et accompagner le changement. C'est le temps du devoir.
       Par sa seule volonté et uni dans la communauté de destin, le peuple a su traverser son histoire.
       Que ceux qui ont aujourd'hui la charge de le conduire lui offrent de belles pages sur lesquelles il n'aura pas à écrire son histoire car " les peuples heureux n'ont pas d'histoire ".

VIVE LE CENTRAFRIQUE MODERNE AVEC LE FODEM !

                                                                                         FODEM FRANCE
                                                                                         NDOMBY Saturnin
                                                                                         3ème Vice-président
                                                                                        
satndomby@hotmail.com