La nation
centrafricaine a souffert depuis son indépendance en mille neuf cents
soixante (1960) d'insuffisance d'identité nationale en dehors de la
langue nationale qui est le sangö.
La langue nationale a en outre joué
un rôle fondamental dans la cohésion nationale. Elle a constitué depuis
toujours le ciment de la nation centrafricaine.
Mais la nation est caractérisée par
un territoire et un peuple avec tout ce qu'il y a de traditions
historiques, culturelles et linguistiques.
Notre communauté de destin, durant
des années, nous a conduit à travers plusieurs luttes depuis Barthélemy
BOGANDA à mettre en place la République et les institutions.
Notre
pratique désastreuse des institutions nous place encore aujourd'hui sur
la ligne de départ dans la course pour l'acquisition d'une place dans le
monde désormais globalisé.
C'est dire
que nous ne sommes pas encore visible dans le concert des nations puisque
nous ne pouvons l'être qu'à travers nos institutions et la
traductibilité de notre bonne gouvernance dans les règles du jeu
désormais mondialisées.
Évidemment,
la démocratie comme mode de gouvernement doit être un préalable.
Mais nous ne sommes pas des
démocrates innés, nous devons acquérir la démocratie par la
construction. Nous devons être des hommes et des femmes de construction.
Nous avons, par referendum validé
une nouvelle constitution et par des élections libres, mis en place un
parlement et choisi un président de la République.
C'est le point de départ d'une
nouvelle vie républicaine. Une majorité s'est constituée, celle qui a
remporté les élections présidentielle et législatives. Cette majorité
s'est d'ailleurs constituée avant la victoire autour d'un programme.
Le programme ne doit pas s'enfermer
dans la conformité avec les accords et l'idéologie.
Le
programme doit tenir compte du contexte :
Contexte politique
Contexte économique
Contexte social.
Nous
devons éviter d'être victimes de nos ambiguïtés.
Ceux qui aujourd'hui ont la charge de
conduire le Pays doivent être des exemples de rigueur et de pragmatisme.
Ils doivent s'appliquer à eux, pour montrer l'exemple, toutes les règles
du jeu, notamment les nouvelles dispositions constitutionnelles en
matière de déclaration écrite des biens.
Je ne fais que rappeler ici
l'inquiétude de la ligue centrafricaine des droits de l'homme qui ne fait
que son devoir en rappelant la non observation de ces dispositions
constitutionnelles par toute la classe politique actuelle, y compris les
députés.
Il ne s'agit pas pour moi de
rechercher la polémique dans ces lignes, et d'ailleurs j'aurai du mal à
incriminer tel ou tel responsable politique puisqu'il s'agit de toute la
classe politique.
Il y a véritablement chez nous des
difficultés à observer et à nous appliquer les règles que nous avons
choisies pour réglementer nos vies en communauté.
Si nous
voulons être efficaces, nous devons doter notre Pays d'institutions
solides. Mais avoir les institutions solides n'est pas une condition à la
fois nécessaire et suffisante. C'est la manière de pratiquer les
institutions qui est importe.
La constitution n'a jamais fait de
politique. Ce sont les hommes qui font la politique.
Si nous voulons en finir avec le
cercle infernal dans lequel nous risquons de nous circonscrire, nous
devons, au delà de la majorité qui a triomphé, transformer cette
majorité en majorité politique de combat pour le développement et le
bien être.
Nous devons travailler pour la mise
en place d'une démocratie sociale qui soit une démocratie apaisée.
Dans la
République, le désir de différenciation sociale est inévitablement
source de conflits.
Plus la société se diversifie, plus
elle produit des formes de différenciations génératrices de conflits.
La caractéristique essentielle du
pouvoir est de tendre vers l'infini. C'est pourquoi seul un pouvoir peut
en limiter un autre, ce qui a tendance à engendrer un état de nature où
seule la violence a force de loi.
Le pouvoir politique est nécessaire
et doit permettre à chaque pouvoir particulier de s'exercer sans
prétendre à une hégémonie préjudiciable aux autres.
Le pouvoir politique aujourd'hui doit
tirer sa légitimité non seulement des urnes mais aussi procéder des
principes ou de valeurs reconnus par la société.
Les
institutions doivent être au service du développement. Pour cela,
l'état doit être neutre vis-à-vis du pouvoir et doit affirmer son indépendance
vis-à-vis de l'église, à l'égard de la morale, des convictions et des
opinions.
La neutralité de l'état signifie
que nous ayons un état dit de droit, celui qui non seulement limite le
pouvoir par la loi mais encore qui traite les hommes comme des sujets de
droit et non comme des individus privés.
L'état doit être au service du
droit.
On ne peut exiger des gouvernants que
ce qui est explicitement attaché à leur charge :
L'ordre
(coexistence de pouvoirs particuliers)
La
justice (attribuer à chacun ce qui lui revient)
La
prospérité (le pouvoir des institutions doit la rendre possible).
L'état
tire sa légitimité de sa capacité à concilier l'ordre public et la
liberté. ROUSSEAU disait que " l'homme obéit aux lois et c'est par
la force des lois qu'il obéit aux hommes ".
Mais " la loi ne prévoyant pas
toujours tout, il faut bien laisser au pouvoir la possibilité de
décisions susceptibles de contrevenir à la loi " (LOCKE).
Pour le bien de l'état, il est
nécessaire d'accorder une certaine latitude au pouvoir exécutif pour
agir à sa guise dans les cas non prévus par la loi.
Dans ce cas, il est indispensable de
limiter l'étendu de ce pouvoir discrétionnaire.
L'état,
organe de transmission des décisions du pouvoir politique ne peut
fonctionner sans les institutions appelées à les concrétiser.
Nous devons apprendre à rendre
publique les actions de l'état afin de le contraindre à respecter la
neutralité qu'il doit s'imposer.
L'état
peut être issu de la nation qu'il peut en retour façonner. Il serait
douteux de croire que la nation puisse être artificiellement créée par
la seule volonté de l'état.
Dans la
République, les hommes sont supposés être des citoyens conscients,
rationnels et suffisamment informés des problèmes politiques pour
pouvoir effectuer leurs choix en connaissance de cause.
Pourtant, on sait que cette
connaissance n'est pas également partagée. C'est pourquoi, il revient à
l'état d'instruire les individus, non seulement pour favoriser leur
trajectoire individuelle, mais aussi pour en faire des citoyens libres et
responsables.
Le peuple
centrafricain est prêt comme depuis toujours à se mettre au travail avec
enthousiasme et efficacité. L'état doit jouer son rôle, et le citoyen
le sien :
A l'état, l'ordre public et à la
société civile d'organiser l'harmonie sociale et la prospérité.
L'état ne doit pas continuer à
être simplement comptable de la nation. Il doit être aussi et surtout
Gestionnaire.
La
majorité actuelle a encore du temps devant elle et par conséquent, elle
doit oser, elle doit prendre des initiatives politiques et économiques.
La démocratie que nous avons acquise
n'est qu'un instrument grâce auquel nous devons opérer des progrès
politique, économique et social.
Mais rien ne peut se faire sans les
citoyens. Ce sont les hommes qui pratiquent les institutions, ceux sont
eux qui créent la richesse.
C'est pourquoi, l'instauration de la
démocratie et la mise en place des institutions ne constituent pas des
résultats finaux. Il s'agit d'un point de départ qui doit permettre aux
citoyens d'œuvrer pour la prospérité.
Sur le
plan des institutions politiques, la majorité doit gouverner et cela va
de soi mais l'opposition ne doit pas disparaître. Elle doit s'opposer
dès lors qu'elle le juge nécessaire et faire des propositions
alternatives. La majorité parlementaire, par devoir, soutient le
gouvernement. Mais elle doit aussi contrôler l'action gouvernementale à
travers des débats démocratiques internes.
Ce serait incompréhensible pour les
citoyens que nous sommes qu'il n'y ait pas de débats à l'intérieur
d'une majorité qui est plurielle.
Le temps
est venu pour le peuple centrafricain de se lever comme un seul homme et
accompagner le changement. C'est le temps du devoir.
Par sa seule volonté et uni dans la
communauté de destin, le peuple a su traverser son histoire.
Que ceux qui ont aujourd'hui la
charge de le conduire lui offrent de belles pages sur lesquelles il n'aura
pas à écrire son histoire car " les peuples heureux n'ont pas
d'histoire ".
VIVE
LE CENTRAFRIQUE MODERNE AVEC LE FODEM !
FODEM FRANCE
NDOMBY Saturnin
3ème Vice-président
satndomby@hotmail.com