Permettez
qu'au nom de la conscience, le centrafricain que je suis pose la question
suivante à tous ceux qui se disent encore centrafricains :
QUE
DOIT SIGNIFIER POUR NOUS, ÊTRE CENTRAFRICAIN AUJOURD'HUI ?
Cette
question sur notre centrafricanité doit transcender tous les clivages
politiques et faire appel à notre sens du patriotisme si nous voulons y
apporter des réponses à la hauteur des préoccupations du peuple et de
la nation. Le peuple a besoin de paix et de prospérité. La nation a
besoin de cohésion, d'identité et de stabilité.
Sur le
plan politique, est-il normal qu'à chaque fois que les choses vont mal,
toute la population y compris ceux d'entre nous qui sont plus éclairés
attendent tout des politiques ?
Nous
avons la classe politique que nous méritons car elle est à notre image.
La très faible participation des centrafricains informés des choses
politiques et capables de faire des choix conscients, cohérents et
responsables entraîne des conséquences visibles à court terme qu'il est
facile de dénoncer à posteriori.
La marche
vers la démocratisation sera longue et nous avons le devoir de baliser
notre trajectoire. L'équilibre des forces politiques, syndicales et
associatives est indispensable parce qu'il permet au pouvoir d'avoir un
tableau de bord cohérent. Mais les différentes forces ont besoin de se
nourrir de reflexions diverses et variées pour se renouvelerdans le temps
et procéder pourquoi pas aux réformes s'il le faut.
ARISTOTE
disait : " le rêve est l'espoir de l'homme éveillé ".
L'espoir de paix et prospérité est le rêve de tous les centrafricains.
Mais est ce que la conscience nationale est en phase avec cette
préoccupation qui doit hanter nos nuits depuis des décennies ? La
conscience centrafricaine est-elle encore une réalité de nos jours ?
Devrait-on continuer à incriminer les politiques, rien que les politiques
lorsque la nation est en danger ? Il est du devoir de tous ceux qui aiment
la nation de voler à son secours lorsqu'elle va mal.
Est-il normal de continuer à se demander ce que la nation peut faire pour
nous quand on lui doit l'essentiel, l'accession aux savoirs ( pour un
certain nombres d'entre nous) ? Que pouvons-nous apporter ou faire pour la
nation aujourd'hui ? C'est une question que nous ne nous posons pas
toujours ou pas assez.
Et si le
problème centrafricain était aussi un problème de génération ?
Et s'il s'agissait d'une question de rapport de force entre deux visions
principales du monde et de la manière de faire la politique dans un monde
globalisé ? Lorsqu'on sait que les états ne sont plus propriétaires de
leurs politiques économiques à cause des recommandations et injonctions
des institutions financières internationales, on n'a pas le droit de sous
estimer la question centrale de l'utilisation des ressources humaines.
L'histoire
nous apprend que le peuple centrafricain est hospitalier et pacifique.
Elle nous apprend aussi qu'à chaque fois que ce même peuple est bafoué
dans ses droits les plus élémentaires, il n'hésite pas à se soulever.
Le guerre de Kongo Wara organisée par le chef KARINOU et ses partisans
témoigne de la détermination de peuple centrafricain à se soulever
quand il faut. Aujourd'hui, le camp contre lequel le peuple pourrait se
soulever n'est plus celui du colon. Il s'agira d'une lutte fraternelle
entre une certaine idée claniste, clientéliste d'une part et d'une
certaine idée nationale, pragmatique et moderne de le politique d'autre
part.
La
question sécuritaire doit mobiliser toutes les énergies et nous devons
dépasser toutes nos différences politiques pour y apporter toutes les
solutions nécessaires.
Quel que soit le pouvoir en place, la sécurité est un préalable à tout
et doit être pour l'état une question d'autorité républicaine.
L'autorité républicaine doit s'imposer à tous. Dans la république,
force doit rester à la loi.
L'insécurité liée au banditisme doit être réprimée de la manière la
plus forte et sans concession.
Mais dans un conflit politique, il nous parait que les solutions ne
peuvent qu'être politiques.
Il nous faudra véritablement travailler pour ré instaurer la paix et
rompre avec les pratiques du passée.
La nomination du médiateur de la république est de ce point de vue une
très bonne chose. Il faut maintenant espérer qu'il se mette au travail
sans tarder avec tous les moyens nécessaires à la réussite de ses
missions.
Être
centrafricain aujourd'hui doit signifier ce qu'il a toujours signifié.
Pourquoi ce qui était possible hier avec nos parents ne l'est plus de nos
jours alors que paradoxalement nous sommes plus instruits, avons plusieurs
modèles que nous pouvons imiter, que nous sommes même capables
d'inventions nouvelles en matière de gestion politique ?
Le père
fondateur de la république Barthélemy BOGANDA, lui qui a incarné le
plus l'esprit oubanguien avant l'indépendance ne faisait pas toujours
l'unanimité quant à ses idées politiques.
De nombreux combats politiques qu'il
a dû mener montrent qu'il y avait aussi d'autres illustres oubanguiens
grâce auxquels le débat politique pouvait avoir tout son sens jusqu'à
l'accession à l'indépendance.
Un seul esprit guidait tous ces
aînés et parents: c'est la préservation de l'unité nationale et la
lutte collective pour la liberté et le bien être. C'est sans doute notre
centrafricanité qui se définissait déjà à cette époque.
Qu'avons-nous fait de cet héritage ?
Dire qu'il
s'agirait d'une question générationnelle n'est pas exagérée. Une prise
de conscience nationale sur cette question précisément devient urgente.
A vouloir rester aux manettes jusqu'au bout, on ne pense pas à construire
pour laisser en héritage. Plus le temps passe et plus je me dis que nous
ne ferons pas l'économie du débat qui consistera à dire si oui ou non,
il nous faudra procéder à une révolution au sens de la rupture avec
tout le système établi depuis l'indépendance.
Il est désormais question de lutter
pour la survie de la nation pour laquelle beaucoup ont perdu la vie.
Certains ont peut être le droit de jouir paisiblement et de manière
ostentatoire du fruit de leurs efforts mais collectivement, nous n'avons
pas le droit de laisser la majorité de la population descendre aux enfers
dans l'indifférence.
A force de
s'agrandir, l'enfer se retrouvera un jour devant toutes les portes. Il
sera alors trop tard de le faire reculer.
Ceux qui aujourd'hui n'arrivent plus
à vivre de leurs pensions de retraités sont ceux là qui, hier nous
payaient nos bourses d'études et les différents impôts qui alimentaient
les caisses de l'état. La solidarité entre les générations, même si
elle est inexistante, ne doit pas se limiter dans sa conception à un
versement aléatoire de pension et uniquement de cela.
La
génération active actuelle doit être audacieuse, volontaire et
entreprenante.
Audacieuse,
parce qu'elle doit s'interroger, pointer du doigt les maux de notre
société et proposer des réflexions et des pistes pour sortir de la
crise et entrer dans un vrai processus de développement.
Volontaire, parce qu'elle doit être
sur tous les fronts à commencer par celui des luttes pour la conquête
des libertés et de l'épanouissement personnel, politique et économique.
Entreprenante, parce qu'elle doit
s'organiser pour aider à la transformation des revendications et
préoccupations en principes reconnus par les pouvoirs publics pour une
application dans le cadre de la loi.
Rappelons-nous
les combats de Bernard KOUCHNER avec Médecins sans frontières qui ont
conduit à la mise en place du droit d'ingérence désormais en vigueur.
Greenpeace et ses émules n'ont fait que capitaliser les préoccupations
des populations pour que le respect de l'environnement devienne une obsession
aujourd'hui.
Que ceux
qui ont aujourd'hui la charge de le conduire lui offrent de belles pages
sur lesquelles il n'aura pas à écrire son histoire car " les
peuples heureux n'ont pas d'histoire ".
VIVE
LE CENTRAFRIQUE MODERNE AVEC LE FODEM !
FODEM FRANCE
NDOMBY Saturnin
3ème Vice-président
satndomby@hotmail.com