FODEM - FRANCE - le 08/11/2005

ET SI LA QUESTION CENTRAFRICAINE ÉTAIT AUSSI GÉNÉRATIONNELLE ?

LE PACTE DE REFORME POUR LA MODERNITE

Saturnin NDOMBY

3ème Vice-président

Permettez qu'au nom de la conscience, le centrafricain que je suis pose la question suivante à tous ceux qui se disent encore centrafricains :

QUE DOIT SIGNIFIER POUR NOUS, ÊTRE CENTRAFRICAIN AUJOURD'HUI ?

Cette question sur notre centrafricanité doit transcender tous les clivages politiques et faire appel à notre sens du patriotisme si nous voulons y apporter des réponses à la hauteur des préoccupations du peuple et de la nation. Le peuple a besoin de paix et de prospérité. La nation a besoin de cohésion, d'identité et de stabilité.

Sur le plan politique, est-il normal qu'à chaque fois que les choses vont mal, toute la population y compris ceux d'entre nous qui sont plus éclairés attendent tout des politiques ?
         Nous avons la classe politique que nous méritons car elle est à notre image. La très faible participation des centrafricains informés des choses politiques et capables de faire des choix conscients, cohérents et responsables entraîne des conséquences visibles à court terme qu'il est facile de dénoncer à posteriori.

La marche vers la démocratisation sera longue et nous avons le devoir de baliser notre trajectoire. L'équilibre des forces politiques, syndicales et associatives est indispensable parce qu'il permet au pouvoir d'avoir un tableau de bord cohérent. Mais les différentes forces ont besoin de se nourrir de reflexions diverses et variées pour se renouvelerdans le temps et procéder pourquoi pas aux réformes s'il le faut.

ARISTOTE disait : " le rêve est l'espoir de l'homme éveillé ".
L'espoir de paix et prospérité est le rêve de tous les centrafricains. Mais est ce que la conscience nationale est en phase avec cette préoccupation qui doit hanter nos nuits depuis des décennies ? La conscience centrafricaine est-elle encore une réalité de nos jours ? Devrait-on continuer à incriminer les politiques, rien que les politiques lorsque la nation est en danger ? Il est du devoir de tous ceux qui aiment la nation de voler à son secours lorsqu'elle va mal.
Est-il normal de continuer à se demander ce que la nation peut faire pour nous quand on lui doit l'essentiel, l'accession aux savoirs ( pour un certain nombres d'entre nous) ? Que pouvons-nous apporter ou faire pour la nation aujourd'hui ? C'est une question que nous ne nous posons pas toujours ou pas assez.

Et si le problème centrafricain était aussi un problème de génération ?
Et s'il s'agissait d'une question de rapport de force entre deux visions principales du monde et de la manière de faire la politique dans un monde globalisé ? Lorsqu'on sait que les états ne sont plus propriétaires de leurs politiques économiques à cause des recommandations et injonctions des institutions financières internationales, on n'a pas le droit de sous estimer la question centrale de l'utilisation des ressources humaines.

L'histoire nous apprend que le peuple centrafricain est hospitalier et pacifique. Elle nous apprend aussi qu'à chaque fois que ce même peuple est bafoué dans ses droits les plus élémentaires, il n'hésite pas à se soulever. Le guerre de Kongo Wara organisée par le chef KARINOU et ses partisans témoigne de la détermination de peuple centrafricain à se soulever quand il faut. Aujourd'hui, le camp contre lequel le peuple pourrait se soulever n'est plus celui du colon. Il s'agira d'une lutte fraternelle entre une certaine idée claniste, clientéliste d'une part et d'une certaine idée nationale, pragmatique et moderne de le politique d'autre part.

La question sécuritaire doit mobiliser toutes les énergies et nous devons dépasser toutes nos différences politiques pour y apporter toutes les solutions nécessaires.
Quel que soit le pouvoir en place, la sécurité est un préalable à tout et doit être pour l'état une question d'autorité républicaine. L'autorité républicaine doit s'imposer à tous. Dans la république, force doit rester à la loi.
L'insécurité liée au banditisme doit être réprimée de la manière la plus forte et sans concession.
Mais dans un conflit politique, il nous parait que les solutions ne peuvent qu'être politiques.
Il nous faudra véritablement travailler pour ré instaurer la paix et rompre avec les pratiques du passée.
La nomination du médiateur de la république est de ce point de vue une très bonne chose. Il faut maintenant espérer qu'il se mette au travail sans tarder avec tous les moyens nécessaires à la réussite de ses missions.

Être centrafricain aujourd'hui doit signifier ce qu'il a toujours signifié.
Pourquoi ce qui était possible hier avec nos parents ne l'est plus de nos jours alors que paradoxalement nous sommes plus instruits, avons plusieurs modèles que nous pouvons imiter, que nous sommes même capables d'inventions nouvelles en matière de gestion politique ?

Le père fondateur de la république Barthélemy BOGANDA, lui qui a incarné le plus l'esprit oubanguien avant l'indépendance ne faisait pas toujours l'unanimité quant à ses idées politiques. 
       De nombreux combats politiques qu'il a dû mener montrent qu'il y avait aussi d'autres illustres oubanguiens grâce auxquels le débat politique pouvait avoir tout son sens jusqu'à l'accession à l'indépendance.
       Un seul esprit guidait tous ces aînés et parents: c'est la préservation de l'unité nationale et la lutte collective pour la liberté et le bien être. C'est sans doute notre centrafricanité qui se définissait déjà à cette époque. Qu'avons-nous fait de cet héritage ?

Dire qu'il s'agirait d'une question générationnelle n'est pas exagérée. Une prise de conscience nationale sur cette question précisément devient urgente. A vouloir rester aux manettes jusqu'au bout, on ne pense pas à construire pour laisser en héritage. Plus le temps passe et plus je me dis que nous ne ferons pas l'économie du débat qui consistera à dire si oui ou non, il nous faudra procéder à une révolution au sens de la rupture avec tout le système établi depuis l'indépendance.
       Il est désormais question de lutter pour la survie de la nation pour laquelle beaucoup ont perdu la vie. Certains ont peut être le droit de jouir paisiblement et de manière ostentatoire du fruit de leurs efforts mais collectivement, nous n'avons pas le droit de laisser la majorité de la population descendre aux enfers dans l'indifférence.

A force de s'agrandir, l'enfer se retrouvera un jour devant toutes les portes. Il sera alors trop tard de le faire reculer.
       Ceux qui aujourd'hui n'arrivent plus à vivre de leurs pensions de retraités sont ceux là qui, hier nous payaient nos bourses d'études et les différents impôts qui alimentaient les caisses de l'état. La solidarité entre les générations, même si elle est inexistante, ne doit pas se limiter dans sa conception à un versement aléatoire de pension et uniquement de cela.

La génération active actuelle doit être audacieuse, volontaire et entreprenante.
       Audacieuse, parce qu'elle doit s'interroger, pointer du doigt les maux de notre société et proposer des réflexions et des pistes pour sortir de la crise et entrer dans un vrai processus de développement.
       Volontaire, parce qu'elle doit être sur tous les fronts à commencer par celui des luttes pour la conquête des libertés et de l'épanouissement personnel, politique et économique.
       Entreprenante, parce qu'elle doit s'organiser pour aider à la transformation des revendications et préoccupations en principes reconnus par les pouvoirs publics pour une application dans le cadre de la loi.

Rappelons-nous les combats de Bernard KOUCHNER avec Médecins sans frontières qui ont conduit à la mise en place du droit d'ingérence désormais en vigueur. Greenpeace et ses émules n'ont fait que capitaliser les préoccupations des populations pour que le respect de l'environnement devienne une obsession aujourd'hui.

Que ceux qui ont aujourd'hui la charge de le conduire lui offrent de belles pages sur lesquelles il n'aura pas à écrire son histoire car " les peuples heureux n'ont pas d'histoire ".

VIVE LE CENTRAFRIQUE MODERNE AVEC LE FODEM !

                                                                                         FODEM FRANCE
                                                                                         NDOMBY Saturnin
                                                                                         3ème Vice-président
                                                                                        
satndomby@hotmail.com