Lorsqu'on prend connaissance du nombre de mois
travaillés et non payés de la fonction publique, force est de constater
que ceux qui, depuis des années ne font que réclamer leur dû, ont
consentis beaucoup d'efforts.
Accepter de travailler des années durant et dans
des conditions parfois épouvantables, sans être payés, constitue un
sacrifice énorme pour des hommes et des femmes qui vivent pour la
plupart, des conditions de vie indescriptibles.
Que diraient les tribunaux si les salariés les
saisissaient pour réclamer réparation ?
L'employeur qui serait confronté à cette crise
n'est autre que l'état puisqu'il s'agit de la fonction publique.
Dans une entreprise quelconque, soucieuse des
principes, avec des autorités chargées de veiller au bon fonctionnement
de la vie économique, le tout dans une République dotée de lois et
règlements, il y a longtemps que la faillite aurait été déclarée et
que cette entreprise aurait cessé d'exister.
La brutalité avec laquelle j'aborde cette question
est à la hauteur des drames humains qu'elle cause. L'employeur
connaissant ces difficultés étant l'état centrafricain, l'idée même
de sa faillite devrait réveiller la conscience et la rage du peuple
centrafricain d'abord et de tous ceux qui militent pour la souveraineté
nationale.
Après l'indignation, il ne doit pas être interdit
de réfléchir et de poser les bonnes questions tant au niveau de la
gestion de cette éternelle crise qu'au niveau des ébauches de solutions.
Devant une telle crise, il est indispensable, voire obligatoire d'établir
un dialogue permanent entre les parties et avec elles.
D'ABORD L'ÉTAT.
Il ne doit plus être permis d'exonérer l'état de
ses responsabilités. Il a une lourde responsabilité puisque c'est
justement lui l'employeur.
Mais où se situent les responsabilités de l'état
?
1) Sur le plan politique.
L'ampleur de la crise et l'étroitesse des moyens
financiers de l'état ne lui permettent plus de gérer la question des
salaires impayés sans associer la nation toute entière. La nation est
représentée politiquement par ses élus. Il serait donc normal que le
pouvoir qui a la charge de conduire la nation associe les élus de la
nation à toute recherche de solutions pour essayer de sortir de cette
crise. Concrètement, une mission parlementaire devrait être mise en
place. Elle doit réunir les députés de tous les bords politiques. Elle
devra entendre tous les acteurs sociaux et économiques, les associations
et organisations non gouvernementales centrafricaines. Les responsables
politiques devront être entendus et cela sans distinction d'appartenance
politique. Les conclusions de cette mission parlementaire devront être
remises au gouvernement. Au gouvernement ensuite d'engager des actions
politiques et économiques pour garantir la réalisation des objectifs à
atteindre dans le court, moyen et long terme. Cette méthode aura pour
avantage d'être consensuelle et de tenir réellement compte des
capacités financières de l'état. L'opération recensement-paiement a
été en ce sens une très bonne chose et c'est sans doute pour cette
raison que le Cameroun s'y intéresse.
2) Sur le plan de la gestion des ressources
humaines.
Le Centrafrique comme tous les pays africains n'est
pas propriétaire de sa politique économique puisque sous injonctions et
recommandations permanentes des institutions financières internationales.
Cette situation nous oblige à reposer la question centrale de
l'utilisation des ressources humaines. Avec des hommes et des femmes qu'il
faut et les méthodes de travail, des réformes sont possibles. La
conséquence en sera l'amélioration de la situation financière de
l'état. Il en découlera en ce qui concerne l'état, la capacité de
faire face à ses dépenses de souveraineté.
LES SYNDICATS.
Ce sont des organisations qui ont pour but la
défense des intérêts communs des salariés. Leur rôle est infiniment
grand dans la recherche des solutions lors des conflits qui opposent
salariés et employeurs. Les syndicats ont un grand rôle à jouer lorsque
des réformes sont indispensables.
L'équilibre des forces politiques, syndicales et
associatives est indispensable parce qu'il permet au pouvoir d'avoir un
tableau de bord cohérent. Ces différentes forces ont besoin de se
nourrir de réflexions diverses et variées pour se renouveler dans le
temps et procéder aux réformes s'il le faut. Lorsque les syndicats
centrafricains réclament le règlement des arriérés de salaires, ils
sont dans leur rôle. Quand ils organisent des marches de protestation
pour réclamer le respect de l'accord signé avec le gouvernement, ils
sont dans leur rôle. Il n'y a pas d'incompatibilité entre ces actions
syndicales et le rôle de ceux-ci. Ils ne font que veiller au respect de
l'accord obtenu avec le gouvernement et réclamer son application.
Devant l'impossibilité pour le gouvernement de
respecter l'accord qu'il a lui-même signé après négociations, on
serait tenté de penser que :
- soit les accords signés ne sont pas bons, auquel
cas il faut tout reprendre en commençant par la mise en place de la commission
parlementaire,
- soit que les syndicats doivent avoir une
réflexion citoyenne en tenant compte de la situation financière réelle
du Pays.
Mais, dans ce dernier cas, l'état ne pourra pas
s'exonérer de sa responsabilité d'apporter toute la clarté sur la
santé financière du Pays. Pour cela, il doit inciter à un véritable
dialogue social et poser des actes symboliques forts tels que la
diminution du train de vie de l'état et la disparition des affichages
ostentatoires de richesses de ceux qui sont chargés d'expliquer aux
autres qu'il faut continuer à serrer les ceintures.
Les syndicats doivent aussi être des aiguillons,
des excitateurs et des stimulateurs de l'action gouvernementale. Ils
peuvent non seulement contester l'action gouvernementale mais également
l'inspirer et veiller à son aboutissement.
LES ASSOCIATIONS ET LES ORGANISATIONS NON
GOUVERNEMENTALES.
Les salaires impayés de la fonction publique ne
sont pas sans conséquences pour la population toute entière. Les
associations et organisations non gouvernementales ont dû combler le vide
en apportant des solutions là où l'état devait jouer son rôle. C'est
dire qu'elles ont désormais du pouvoir et que plus rien de durablement
efficace socialement ne pourra se faire sans elles. Comment imaginer un
instant que l'état pourrait se passer d'elles dans la recherche des
solutions à la difficile question des arriérés de salaires. Leur
contribution, indispensable dans le cadre de la mission parlementaire,
permettra de donner une dimension nationale aux résolutions qui seront
arrêtées. Cette contribution ne sera que reconnaissance pour tous ceux
qui n'ont jamais cessé de militer pour soulager les souffrances de la
population à travers les actions de solidarité.
LE SECTEUR PRIVE.
Le secteur privé et le secteur publique sont
intimement liés, tant les difficultés de l'un entraînent des
difficultés chez l'autre. Le tissu économique national est confronté à
d'énormes difficultés parce que la fonction publique connaît des
difficultés :
- c'est la relation de cause à effet entre
débiteur et créancier.
- c'est la relation de cause à effet entre consommation et croissance.
- c'est toute la question du développement économique.
Les acteurs du secteur privé ont toute leur place
dans le cadre de la mission parlementaire qui aura pour rôle de remettre
au gouvernement les conclusions relatives au règlement de la question
salariale.
Le non paiement des salaires des fonctionnaires est
une question qui doit interpeller toute la nation. Il s'agit de la
crédibilité nationale, de la capacité de la nation à faire face ou non
à ses dépenses de souveraineté. Le peuple tout entier ne peut pas se
contenter de rester observateur et de distribuer des bons ou des mauvais
points. Chacun, là où il se trouve, chaque institution selon ses
attributions doit prendre conscience de la nécessité de se retrouver et
de chercher ensemble des solutions dans le cadre de la République.
Grâce à un un dialogue social nouveau, avec des
acteurs sociaux, économiques et politiques qui devront prendre toute la
mesure de leurs responsabilités respectives, dans le cadre d'une action
citoyenne, nous devons faire le pari de réussir ce challenge social qui
sera un indicateur sur l'échelle de notre capacité à résoudre nos
problèmes par le dialogue et en tenant compte de nos réelles capacités
à la fois humaines et financières.
Il nous faut construire ensemble une démocratie
sociale qui soit une démocratie apaisée.
VIVE
LE CENTRAFRIQUE MODERNE AVEC LE FODEM !
FODEM FRANCE
NDOMBY Saturnin
3ème Vice-président
satndomby@hotmail.com