FODEM - FRANCE - le 03/01/2006

SUR LA QUESTION DES SALAIRES IMPAYÉS.

LE PACTE DE REFORME POUR LA MODERNITE

Saturnin NDOMBY

3ème Vice-président

Lorsqu'on prend connaissance du nombre de mois travaillés et non payés de la fonction publique, force est de constater que ceux qui, depuis des années ne font que réclamer leur dû, ont consentis beaucoup d'efforts.

Accepter de travailler des années durant et dans des conditions parfois épouvantables, sans être payés, constitue un sacrifice énorme pour des hommes et des femmes qui vivent pour la plupart, des conditions de vie indescriptibles.

Que diraient les tribunaux si les salariés les saisissaient pour réclamer réparation ?

L'employeur qui serait confronté à cette crise n'est autre que l'état puisqu'il s'agit de la fonction publique.

Dans une entreprise quelconque, soucieuse des principes, avec des autorités chargées de veiller au bon fonctionnement de la vie économique, le tout dans une République dotée de lois et règlements, il y a longtemps que la faillite aurait été déclarée et que cette entreprise aurait cessé d'exister. 

La brutalité avec laquelle j'aborde cette question est à la hauteur des drames humains qu'elle cause. L'employeur connaissant ces difficultés étant l'état centrafricain, l'idée même de sa faillite devrait réveiller la conscience et la rage du peuple centrafricain d'abord et de tous ceux qui militent pour la souveraineté nationale.

Après l'indignation, il ne doit pas être interdit de réfléchir et de poser les bonnes questions tant au niveau de la gestion de cette éternelle crise qu'au niveau des ébauches de solutions. Devant une telle crise, il est indispensable, voire obligatoire d'établir un dialogue permanent entre les parties et avec elles.

D'ABORD L'ÉTAT.

Il ne doit plus être permis d'exonérer l'état de ses responsabilités. Il a une lourde responsabilité puisque c'est justement lui l'employeur.

Mais où se situent les responsabilités de l'état ?

1) Sur le plan politique.

L'ampleur de la crise et l'étroitesse des moyens financiers de l'état ne lui permettent plus de gérer la question des salaires impayés sans associer la nation toute entière. La nation est représentée politiquement par ses élus. Il serait donc normal que le pouvoir qui a la charge de conduire la nation associe les élus de la nation à toute recherche de solutions pour essayer de sortir de cette crise. Concrètement, une mission parlementaire devrait être mise en place. Elle doit réunir les députés de tous les bords politiques. Elle devra entendre tous les acteurs sociaux et économiques, les associations et organisations non gouvernementales centrafricaines. Les responsables politiques devront être entendus et cela sans distinction d'appartenance politique. Les conclusions de cette mission parlementaire devront être remises au gouvernement. Au gouvernement ensuite d'engager des actions politiques et économiques pour garantir la réalisation des objectifs à atteindre dans le court, moyen et long terme. Cette méthode aura pour avantage d'être consensuelle et de tenir réellement compte des capacités financières de l'état. L'opération recensement-paiement a été en ce sens une très bonne chose et c'est sans doute pour cette raison que le Cameroun s'y intéresse.

2) Sur le plan de la gestion des ressources humaines.

Le Centrafrique comme tous les pays africains n'est pas propriétaire de sa politique économique puisque sous injonctions et recommandations permanentes des institutions financières internationales. Cette situation nous oblige à reposer la question centrale de l'utilisation des ressources humaines. Avec des hommes et des femmes qu'il faut et les méthodes de travail, des réformes sont possibles. La conséquence en sera l'amélioration de la situation financière de l'état. Il en découlera en ce qui concerne l'état, la capacité de faire face à ses dépenses de souveraineté.

LES SYNDICATS.

Ce sont des organisations qui ont pour but la défense des intérêts communs des salariés. Leur rôle est infiniment grand dans la recherche des solutions lors des conflits qui opposent salariés et employeurs. Les syndicats ont un grand rôle à jouer lorsque des réformes sont indispensables.

L'équilibre des forces politiques, syndicales et associatives est indispensable parce qu'il permet au pouvoir d'avoir un tableau de bord cohérent. Ces différentes forces ont besoin de se nourrir de réflexions diverses et variées pour se renouveler dans le temps et procéder aux réformes s'il le faut. Lorsque les syndicats centrafricains réclament le règlement des arriérés de salaires, ils sont dans leur rôle. Quand ils organisent des marches de protestation pour réclamer le respect de l'accord signé avec le gouvernement, ils sont dans leur rôle. Il n'y a pas d'incompatibilité entre ces actions syndicales et le rôle de ceux-ci. Ils ne font que veiller au respect de l'accord obtenu avec le gouvernement et réclamer son application.

Devant l'impossibilité pour le gouvernement de respecter l'accord qu'il a lui-même signé après négociations, on serait tenté de penser que :

- soit les accords signés ne sont pas bons, auquel cas il faut tout reprendre en commençant par la mise en place de la commission parlementaire,

- soit que les syndicats doivent avoir une réflexion citoyenne en tenant compte de la situation financière réelle du Pays.

Mais, dans ce dernier cas, l'état ne pourra pas s'exonérer de sa responsabilité d'apporter toute la clarté sur la santé financière du Pays. Pour cela, il doit inciter à un véritable dialogue social et poser des actes symboliques forts tels que la diminution du train de vie de l'état et la disparition des affichages ostentatoires de richesses de ceux qui sont chargés d'expliquer aux autres qu'il faut continuer à serrer les ceintures.

Les syndicats doivent aussi être des aiguillons, des excitateurs et des stimulateurs de l'action gouvernementale. Ils peuvent non seulement contester l'action gouvernementale mais également l'inspirer et veiller à son aboutissement.

LES ASSOCIATIONS ET LES ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES.

Les salaires impayés de la fonction publique ne sont pas sans conséquences pour la population toute entière. Les associations et organisations non gouvernementales ont dû combler le vide en apportant des solutions là où l'état devait jouer son rôle. C'est dire qu'elles ont désormais du pouvoir et que plus rien de durablement efficace socialement ne pourra se faire sans elles. Comment imaginer un instant que l'état pourrait se passer d'elles dans la recherche des solutions à la difficile question des arriérés de salaires. Leur contribution, indispensable dans le cadre de la mission parlementaire, permettra de donner une dimension nationale aux résolutions qui seront arrêtées. Cette contribution ne sera que reconnaissance pour tous ceux qui n'ont jamais cessé de militer pour soulager les souffrances de la population à travers les actions de solidarité.

LE SECTEUR PRIVE.

Le secteur privé et le secteur publique sont intimement liés, tant les difficultés de l'un entraînent des difficultés chez l'autre. Le tissu économique national est confronté à d'énormes difficultés parce que la fonction publique connaît des difficultés :

- c'est la relation de cause à effet entre débiteur et créancier.
- c'est la relation de cause à effet entre consommation et croissance.
- c'est toute la question du développement économique.

Les acteurs du secteur privé ont toute leur place dans le cadre de la mission parlementaire qui aura pour rôle de remettre au gouvernement les conclusions relatives au règlement de la question salariale.

Le non paiement des salaires des fonctionnaires est une question qui doit interpeller toute la nation. Il s'agit de la crédibilité nationale, de la capacité de la nation à faire face ou non à ses dépenses de souveraineté. Le peuple tout entier ne peut pas se contenter de rester observateur et de distribuer des bons ou des mauvais points. Chacun, là où il se trouve, chaque institution selon ses attributions doit prendre conscience de la nécessité de se retrouver et de chercher ensemble des solutions dans le cadre de la République.

Grâce à un un dialogue social nouveau, avec des acteurs sociaux, économiques et politiques qui devront prendre toute la mesure de leurs responsabilités respectives, dans le cadre d'une action citoyenne, nous devons faire le pari de réussir ce challenge social qui sera un indicateur sur l'échelle de notre capacité à résoudre nos problèmes par le dialogue et en tenant compte de nos réelles capacités à la fois humaines et financières.

Il nous faut construire ensemble une démocratie sociale qui soit une démocratie apaisée.

VIVE LE CENTRAFRIQUE MODERNE AVEC LE FODEM !

                                                                                         FODEM FRANCE
                                                                                         NDOMBY Saturnin
                                                                                         3ème Vice-président
                                                                                        
satndomby@hotmail.com

VOIR AUSSI :
SUR LA QUESTION DES SALAIRES IMPAYÉS.
ET SI LA QUESTION CENTRAFRICAINE ÉTAIT AUSSI GÉNÉRATIONNELLE ?
LE TEMPS DU DEVOIR.
DE LA DÉMOCRATIE ÉLECTORALE A LA RESPONSABILITÉ POLITIQUE COLLECTIVE.