La répression
par l'armée centrafricaine d'un raid mené fin janvier sur la ville de
Paoua (nord) continue à nourrir la polémique à Bangui, même si les
accusations répétées de "tueries" lancées par trois députés
de l'opposition suscitent de nombreuses interrogations.
Dix jours après une première lettre faisant état de "tueries
à grande échelle", ces trois élus du Mouvement de libération du
peuple centrafricain (MLPC), le parti de l'ex-président Ange-Félix
Patassé, ont publié cette semaine un nouveau courrier imputant à la
Garde présidentielle des "assassinats" qui auraient fait,
selon leur "bilan provisoire", 104 morts.
Sur la foi de "témoins" et d'un bilan de la
"Croix-Rouge locale", ils y détaillent une série de
"massacres" commis, selon eux, par un "escadron de la
mort" de la sécurité présidentielle autour de Paoua, à 500 km
au nord de Bangui, en représailles à une attaque lancée le 29 janvier
contre la ville par des "groupes armés" non identifiés.
"Sur l'axe Paoua-Beboura, 57 élèves ont été abattus par les
éléments de la Garde républicaine commandés par le capitaine Eugène
Ngaïkosset alors qu'ils rentraient dans leurs villages
respectifs", affirment-ils ainsi.
En conclusion de leur macabre inventaire, les trois députés livrent
une explication politique, qui met en cause le président François
Bozizé.
"Ce génocide gratuit vise à exterminer les populations de l'Ouham-Pendé,
fief du MLPC, avant les futures consultations électorales", écrivent-ils
en dénonçant la faillite du régime Bozizé.
Des accusations reprises intégralement par un autre opposant, Joseph
Bendounga, qui a dénoncé "l'épuration ethnique" en cours
dans la région de Paoua et réclamé la démission du chef de l'Etat.
Directement mis en cause, le pouvoir a démenti en bloc, mais
timidement. Après s'être rendu sur place, le ministre de l'Intérieur
Michel Sallé a réitéré jeudi le bilan d'"une dizaine de morts
parmi les assaillants".
"L'armée n'a pas du tout tiré sur la population", a-t-il
déclaré à la radio nationale, dénonçant la "désinformation".
"Le chiffre d'une centaine de morts est complètement
faux", s'emporte en privé un proche conseiller du chef de l'Etat.
"Il est possible qu'il y ait eu, indépendamment de la riposte des
Faca, quelques villages brûlés. Mais rien de comparable aux mensonges
de ces députés".
De fait, le bilan des exactions reprochées aux hommes du capitaine
Ngaïkosset, considéré comme un proche du président Bozizé, n'a
jusque là pas été confirmé de sources indépendantes.
Abondamment citée par les députés du MLPC, la Croix-Rouge s'est
jusque-là gardée de livrer le moindre chiffre. "Je ne peux
confirmer ni infirmer le bilan de ce qui s'est passé à Paoua", répond
pour sa part un membre de Médecins sans frontières (MSF), dont une équipe
se trouve dans cette ville.
De même, les ONG de défense des droits de l'Homme et les partis
politiques du pays, même d'opposition, sont restés retranchés, du
moins publiquement, dans un prudent silence.
Comme le suggèrent de nombreux témoins et les mouvements de
populations recensés tout au long de la semaine par le
Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les
"dérapages" de l'armée, suggérés du bout des lèvres au
sein-même du pouvoir, ne font toutefois plus guère de doute.
"La riposte de l'armée à l'attaque de Paoua a fait des
victimes civiles, c'est sûr", souligne un diplomate. "Mais le
bilan terrifiant avancé par les députés du MLPC sans témoignages
fiables et leurs propos outranciers suggèrent une bonne dose de
manipulation politique dans leurs accusations".
Dans ce climat, s'interrogeait mardi le quotidien privé Le Peuple,
"du gouvernement et des députés, qui dit la vérité ?"