La polémique sur des exactions présumées de l'armée continue en Centrafrique

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Membres de la Garde républicaine du président centrafricain François Bozizé, le 15 mars 2005
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BANGUI (AFP) -
jeudi 23 février 2006 - 17h50 - La répression par l'armée centrafricaine d'un raid mené fin janvier sur la ville de Paoua (nord) continue à nourrir la polémique à Bangui, même si les accusations répétées de "tueries" lancées par trois députés de l'opposition suscitent de nombreuses interrogations.

Dix jours après une première lettre faisant état de "tueries à grande échelle", ces trois élus du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), le parti de l'ex-président Ange-Félix Patassé, ont publié cette semaine un nouveau courrier imputant à la Garde présidentielle des "assassinats" qui auraient fait, selon leur "bilan provisoire", 104 morts.

Sur la foi de "témoins" et d'un bilan de la "Croix-Rouge locale", ils y détaillent une série de "massacres" commis, selon eux, par un "escadron de la mort" de la sécurité présidentielle autour de Paoua, à 500 km au nord de Bangui, en représailles à une attaque lancée le 29 janvier contre la ville par des "groupes armés" non identifiés.

"Sur l'axe Paoua-Beboura, 57 élèves ont été abattus par les éléments de la Garde républicaine commandés par le capitaine Eugène Ngaïkosset alors qu'ils rentraient dans leurs villages respectifs", affirment-ils ainsi.

En conclusion de leur macabre inventaire, les trois députés livrent une explication politique, qui met en cause le président François Bozizé.

"Ce génocide gratuit vise à exterminer les populations de l'Ouham-Pendé, fief du MLPC, avant les futures consultations électorales", écrivent-ils en dénonçant la faillite du régime Bozizé.

Des accusations reprises intégralement par un autre opposant, Joseph Bendounga, qui a dénoncé "l'épuration ethnique" en cours dans la région de Paoua et réclamé la démission du chef de l'Etat.

Directement mis en cause, le pouvoir a démenti en bloc, mais timidement. Après s'être rendu sur place, le ministre de l'Intérieur Michel Sallé a réitéré jeudi le bilan d'"une dizaine de morts parmi les assaillants".

"L'armée n'a pas du tout tiré sur la population", a-t-il déclaré à la radio nationale, dénonçant la "désinformation".

"Le chiffre d'une centaine de morts est complètement faux", s'emporte en privé un proche conseiller du chef de l'Etat. "Il est possible qu'il y ait eu, indépendamment de la riposte des Faca, quelques villages brûlés. Mais rien de comparable aux mensonges de ces députés".

De fait, le bilan des exactions reprochées aux hommes du capitaine Ngaïkosset, considéré comme un proche du président Bozizé, n'a jusque là pas été confirmé de sources indépendantes.

Abondamment citée par les députés du MLPC, la Croix-Rouge s'est jusque-là gardée de livrer le moindre chiffre. "Je ne peux confirmer ni infirmer le bilan de ce qui s'est passé à Paoua", répond pour sa part un membre de Médecins sans frontières (MSF), dont une équipe se trouve dans cette ville.

De même, les ONG de défense des droits de l'Homme et les partis politiques du pays, même d'opposition, sont restés retranchés, du moins publiquement, dans un prudent silence.

Comme le suggèrent de nombreux témoins et les mouvements de populations recensés tout au long de la semaine par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les "dérapages" de l'armée, suggérés du bout des lèvres au sein-même du pouvoir, ne font toutefois plus guère de doute.

"La riposte de l'armée à l'attaque de Paoua a fait des victimes civiles, c'est sûr", souligne un diplomate. "Mais le bilan terrifiant avancé par les députés du MLPC sans témoignages fiables et leurs propos outranciers suggèrent une bonne dose de manipulation politique dans leurs accusations".

Dans ce climat, s'interrogeait mardi le quotidien privé Le Peuple, "du gouvernement et des députés, qui dit la vérité ?"

Centrafrique: 
l'armée accusée d'exactions dans le nord du pays

BANGUI (AFP) - samedi 18 février 2006 - 11h00 - Engagée sur le front de la lutte contre les "coupeurs de route" qui sévissent dans le nord du pays, l'armée centrafricaine se retrouve prise dans une sérieuse polémique, accusée de s'être livrée à des représailles sauvages après une récente attaque contre la ville de Paoua.

D'abord cités dans la presse, les témoignages faisant état d'exactions après l'attaque le 29 janvier de Paoua (500 km au nord de Bangui) ont été repris cette semaine par trois députés de l'opposition, qui ont dénoncé des "tueries à grande échelle" et avancé le chiffre d'une centaine de victimes.

"Depuis une dizaine de jours, toutes les informations concordent sur des tueries qui sont perpétrées à grande échelle dans la ville de Paoua et ses communes, sous le prétexte de lutter contre les responsables de l'insécurité dans le nord", ont-ils affirmé dans une lettre ouverte. Selon les trois élus du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), le parti de l'ex-président Ange-Félix Patassé, ces "massacres" seraient l'oeuvre d'une unité du Bataillon spécial de protection (BSP), chargée de la sécurité présidentielle, qualifiée d'"escadron de la mort".

Ces graves accusations n'ont pas été confirmées de sources indépendantes et l'armée est pour l'heure restée muette. Seul le conseiller en communication de la présidence est monté au créneau pour les démentir. "L'armée a été déployée à l'intérieur du pays pour protéger la population", a déclaré Guy-Roger Moskit, "je vois donc très mal comment elle pourrait déroger à cette mission pour se livrer à des massacres". Officiellement, le raid sur Paoua, attribué à des "bandits armés" non identifiés, s'est soldé par la mort de neuf personnes.

Toutes faisaient partie d'un groupe d'"assaillants" armés qui a pris pour cible l'aérodrome, la gendarmerie et le commissariat de la ville, avant d'être mis en fuite par des éléments des Forces armées centrafricaines (Faca), selon les autorités militaires. La riposte des Faca est toutefois loin d'avoir mis un terme aux violences. Fuyant les affrontements, de nombreux habitants ont, selon de nombreux témoins interrogés, été attaqués par un détachement du BSP basé à Bossangoa (à une centaine de kilomètres au sud-est) commandé par un certain lieutenant Ngaïkosset, un proche du général Bozizé.

"Ces éléments venus en renfort ont croisé les habitants qui fuyaient la ville", a raconté un de ces témoins sous couvert de l'anonymat, "et ils n'ont pas fait dans la dentelle". Une source proche de la Croix-Rouge a affirmé que son antenne de Paoua avait à elle seule enterré 27 civils dans les jours qui ont suivi. "Ce bilan est lourd parce que les éléments de l'armée basés à Bossangoa ont confondu la population avec les bandits", a-t-elle ajouté.

"Nous manquons d'informations recoupées mais il semble bien que des soldats ont joué les +Rambo+ en tirant sur tout ce qui bouge", affirme un diplomate banguissois. "Leurs actes ont tout de représailles contre une population qu'ils accusent de soutenir les assaillants". Même si le pouvoir de Bangui continue de qualifier leurs auteurs de "coupeurs de route", plusieurs raids récents menés dans la région ont été revendiqués par des "rebelles" hostiles au président Bozizé.

Jusque-là très prudente, la Ligue centrafricaine des droits de l'Homme (LCDH) a confirmé recevoir des "informations très préoccupantes" de Paoua. Et rappelle avoir dénoncé dès le mois dernier des cas d'exécutions sommaires attribuées aux hommes du lieutenant Ngaïkosset. "La situation sécuritaire s'est améliorée dans le nord, c'est indéniable", commente un bailleur de fonds, "mais ces exactions répétées commencent à créer dans la population un climat malsain et préoccupant".