LE CITOYEN N°2383 DU 21/03/2006

Conférence de presse du Ministre d'État à l'Équipement aux transports et à l'Aviation Civile

Exposé Introductif

Mesdames et Messieurs les Journalistes ;

Monsieur le Premier Ministre a voulu que chaque Membre du Gouvernement puisse informer la population des activités de son Ministère, à travers une présentation devant la Presse.

C’est le but de l’exercice de ce matin. Car, d’ordinaire, le Ministère de l’Équipement, des Transports et de l’Aviation Civile a toujours tenu informée la presse, tant publique que privée, des différentes activités du Département.

Pas plus tard qu’en début de l’année 2006, le Ministre Délégué en Charge de l’Équipement et moi-même avons réuni la Presse Centrafricaine, dans la Salle de Conférences de l’ASECNA, pour faire le bilan de nos activités pour l’année 2005 et présenter les projections pour l’année 2006.

Les journalistes présents ce jour nous ont longuement interrogé sur les différentes questions d’intérêt national : les infrastructures routières, le transport de surface (voies routière et fluviale) et le transport aérien.

Avec une superficie de 622.000 km2, la République Centrafricaine ne dispose que de 24.500 kms de réseau routier, dont 4.000 kms de routes nationales, régionales et de pistes rurales très dégradées, et seulement de 692 kms de route bitumées en très mauvais état.

En comparaison, le Burkina-Faso, avec moins de 300.000 km2 de superficie, dispose d’une vaste réseau routier, avec près de 2.500 kms de routes bitumées en bon état.

Les alternatives au réseau routier que sont les voies aérienne et fluviale souffrent de la faiblesse de la desserte aérienne de notre pays, en raison de la succession de nombreuses crises politico-militaires ayant contribué à réduire les activités justifiant les transports aériens de personnes et de marchandises.

 Le coût élevé du dragage du fleuve Oubangui et le comportement peu citoyen de nos Forces de Défense et de Sécurité sont des freins, sans commune mesure, au trafic fluvial.

La plus grande contrainte au développement économique de notre pays réside dans l’insuffisance de ses infrastructures de transport qui pénalise la mobilité des personnes et des biens et l’accès aux services sociaux essentiels.

Nous parlerons brièvement de trois points :

-         les infrastructures routières,

-         le transport de surface : route et fleuve

-         le transport aérien.

 I – LES INFRASTRUCTURES ROUTIÈRES

Le Plan d’Action du Gouvernement de 2005 à 2008 prévoit la réhabilitation de 4.000 kms de routes nationales, de  pistes rurales et 800 kms de voies bitumées, la mise aux normes OACI de deux aérodromes de l’intérieur, Berbérati, Bria, et la réfection de neuf aérodromes secondaires.

Retenons, pour l’année 2005 :

-         la construction de deux Ouvrages d’Art financés par l’Agence Française de Développement (A.F.D.), à Siki sur la Lobaye et à Bambio sur la Mbaéré, rendant fluide la circulation automobile sur la route du 4ème Parallèle, allant de Bangui à Nola,

-         la réhabilitation de la route Bangui-Bangassou et ses voiries urbaines, mettant la ville de Bangassou de 12 à 15 heures de Bangui contre 48 heures auparavant pour des véhicules en très bon état,

-         la réhabilitation de l’axe Baoro-Bouar et de celui de Berbérati-Gamboula, avec le concours des opérateurs économiques de la région.

Pour l’année 2006 :

-         Un budget de 2,6 milliards F. CFA a été adopté par le Comité de Gestion du Fonds d’Entretien Routier (F.E.R.) pour l’entretien des routes et des Ouvrages d’Art en régie ou en entreprises, et la réparation de nombreux bacs.,

-         Le 21 janvier 2006, le Chef de l’Etat a présidé à Bambari, la cérémonie du lancement officiel de la réhabilitation de l’axe lourd Bambari-Ippy-Bria, financée à hauteur de 1 milliard CFA par l’Union Européenne.

-         En février 2006, ont débuté les travaux de réhabilitation du pont sur la Mambéré, à Bania, pour 328 millions de F. CFA, financés par l’A.F.D.

-         Le 11 mars 2006, les travaux sur l’axe Damara-Bogangolo-Bouca-Batangafo-Kabo et frontière du Tchad ont été officiellement inaugurés.

-         En juin 2006, débuteront les travaux de bitumage de la voirie urbaine de Bangui, sur les avenues Barthélémy Boganda, Koudoukou, Indépendance, sur la tranche ferme allant de l’Institut Pasteur au Centre Ville et la rue Béorot en direction de Cattin, pour un montant de 4,3 milliards F. CFA, sur financement de l’Union Européenne.

Le projet le plus important, le bitumage de la route Bouar – Garoua-Boulaï et l’appui institutionnel financé par l’Union Européenne, pour un montant total de 55 millions d’euros, soit 36 milliards de F. CFA, ont été confirmés par la dernière Mission de l’Union Européenne à Bangui.

Le bitumage de la route Bouar – Garoua-Boulaï débutera en janvier 2007.

L’appui institutionnel de 15 millions d’euros, soit près de 10 milliards de F. CFA servira à l’assistance technique, la formation et l’acquisition de trois brigades mécanisées par l’Office National du Matériel (O.N.M.), appelée à devenir l’instrument du Gouvernement Centrafricain pour l’entretien des routes, des Ouvrages d’Art et des bacs.

La Direction Générale de l’Equipement devant désormais se concentrer sur l’étude et la programmation des travaux. Le Département prévoit, pour l’année 2006, d’engager cette année l’externalisation des travaux d’entretien routier, en confiant des tronçons de route à des P.M.E. centrafricaines pour les aider à devenir de grandes entreprises de Travaux Publics.

II – TRANSPORT DE SURFACE

1. - Transport Fluvial

En octobre 2004 et août 2005, le fleuve Oubangui a été le théâtre de dramatiques naufrages de baleinières et de petites embarcations ayant endeuillé de nombreuses familles et provoqué un vif émoi dans l’opinion publique nationale et internationale.

Des mesures conservatoires de suspension provisoire de la navigation des baleinières et  des petites embarcations pour leur mise aux normes de sécurité avaient été prises.

Les baleinières sont aujourd’hui identifiées, immatriculées, avec des lignes de flottaison pour surveiller la surcharge en passagers et en marchandises.

Nous tenons à préciser que, si le Ministère des Transports est habilité à faire des réglementations dans le domaine de la sécurité des transports, la responsabilité de leur respect et la sanction des infractions revient aux Ministères de l’Intérieur et de la Défense Nationale, à travers la Police, la Gendarmerie et les Forces Fluviales.

Les informations qui nous parviennent nous laissent à penser que certaines de nos Forces de l’Ordre continuent à encourager les violations de la réglementation en fermant les yeux sur les surcharges, jusqu’au prochain naufrage où l’opinion publique et la Presse adresseront leurs récriminations au Ministre en Charge des Transports.

S’agissant de la SOCATRAF, nous signalons que l’Union Européenne et l’A.F.D. ont financé pour 9 millions d’euros, soit 6 milliards de F. CFA la construction de barges passagers et la réhabilitation des infrastructures portuaires.

2. - Transport Routier

Les années 2005 et 2006 ont été émaillées par de nombreux accidents mortels sur les routes centrafricaines. Le dernier en date a eu lieu à Gambo, dans le Mbomou. Un véhicule excessivement chargé, dépourvu d’organes de sécurité, les freins, a provoqué la mort de 17 personnes et fait de nombreux blessés.

Les causes de ces accidents sur nos routes sont multiples et tiennent, en grande partie, aux surcharges du véhicule, leur mauvais état physique (freins défaillants, absence de phares, mauvaise suspension et état des pneumatiques), les excès de vitesse et la conduite en état d’ivresse, souvent avec des faux titres autorisant la conduite.

Pour endiguer cette insécurité sur les routes et la voie fluviale, le Gouvernement a adopté le Décret n° 06.068 du 22 février 2006 instituant le Comité Interministériel de Sécurité de Transport de Surface (routes et fleuve), placé sous l’Autorité du Premier Ministre, impliquant tous les Ministères concernés par les problèmes de sécurité des transports.

Pour se faire une idée de l’état d’insécurité sur nos routes, il suffit de se placer à la sortie de Bangui, au PK 12, en direction de Damara ou de Boali, et au PK9 vers Mbaïki, pour voir les voitures Renault 12 ou les Peugeot 404, configurées pour transporter de 5 à 8 personnes au grand maximum, surchargées de 30 à 40 passagers et lourdement chargées de marchandises, passer, sans contrôle, les barrages des Forces de l’Ordre, sinon le paiement de la quote part de surcharge.

Des Brigades Spécialisées de Sécurité Routière et Fluviale, dotées de moyens appropriés, seront mises en place pour réprimer tous ces manquements, aussi bien contre les automobilistes que les Forces chargées de faire respecter la réglementation.

S’agissant des moto-taxis, le Ministère des Transports avait marqué sa réserve pour leur mise en activité dans la ville de Bangui. Nous savons, par ailleurs, que les propriétaires se livrent à des trafics clandestins.

Un Projet de Décret réglementant ce mode de transport ainsi que celui des pousse-pousses pour le bois de chauffe, qui sont des véritables dangers mortels pour la circulation, sera prochainement présenté en Conseil des Ministres.

L’objectif final n’est pas de faire de la réglementation pour de la réglementation mais, d’endiguer des dérives qui coûtent des vies humaines. Le Département entreprend des initiatives pour la mise en place de transport collectif, sur le modèle de l’ancienne SOTRECA ou C.N.T.R., ou celui du Cameroun, avec CENTRAL VOYAGE ou GARANTIE EXPRESS.

Nous n’oublions pas, non plus, qu’en janvier 2006, le Ministère des Transports a fait face à la mauvaise humeur des conducteurs et receveurs des taxis et bus.

Nos discussions ont abouti à des accords contractuels, comportant certains engagements dont la mise en œuvre avait été confiée au Comité de Réflexion sur les effets induits par l’augmentation des hydrocarbures. Nous attendons la conclusion de ses travaux.

Dans les prochains jours, la République Centrafricaine passera aux immatriculations et titres de transport sécurisés aux normes CEMAC.

Le marché a été attribué. Il reste les dernières mises au point. La presse sera largement informée avant le lancement des documents CEMAC, notamment les dispositions de  l’Arrêté instituant la Commission de Contrôle de Délivrance des Titres de Transport CEMAC.

III – TRANSPORT AÉRIEN

Notre pays souffre chroniquement de la faiblesse de la desserte aérienne, avec en moyenne 49.000 passagers par an, contre 1.000.000 au Gabon et au Congo Brazzaville. Le Tchad, pétrole oblige, est passé de 50.000 à plus de 100.000 passagers l’an, en l’espace de deux ans.

AIR France, CAMAIR, avec tous les aléas de vol que nous connaissons, et TOUMAÏ Air Tchad, entreprennent de nous désenclaver.

Le 26 mars 2006, la Compagnie Libyenne AFRIQYIA devrait commencer son vol inaugural, avec des tarifs attractifs : 381.000 F. CFA pour un aller-retour Bangui-Paris, en classe économique.

A partir de Tripoli, on peut rallier les aéroports de Cotonou, Accra, Dakar et Ouagadougou, ou poursuivre le voyage en direction de Londres et certains pays asiatiques.

Tout dernièrement, nous avons convenu, avec mon Collègue Ministre Congolais des Transports, d’autoriser la desserte Brazzaville – Bangui – Douala - Pointe-Noire - Brazzaville, par la Compagnie Aérienne TRANS AIR CONGO (T.A.C.), qui entend créer, plus tard, une compagnie aérienne de droit centrafricain.

AIR CEMAC :

Ce projet sous-régional dont la République Centrafricaine assurait la Présidence du Comité de Pilotage dès Février 2005, à Libreville, au Gabon, peut être aujourd’hui considérée comme un projet mort-né.

Il reste à la République Centrafricaine à conclure des Accords séparés avec la ROYAL AIR MAROC (R.A.M.), avec des conditions moins contraignantes.

IV – DES INNOVATIONS

1.      Elaboration du Schéma Directeur National d’Infrastructures de Transport, incluant les services de transport sur le mode participatif, associant les communautés de base, les élus de la Nation, les usagers de la route, les différentes administrations utilisatrices des infrastructures et des services de transport, en vue de dresser une cartographie exacte du réseau routier national, de fixer les priorités dans la construction, la réhabilitation et l’équipement des infrastructures routières, aéroportuaires et fluviales.

2.      Loi d’Orientation des Transports Intérieurs : en cours de préparation pour être présentée à l’Assemblée Nationale. Elle définit la mission de service public de transport de personnes et de marchandises, dévolue à l’Etat, aux collectivités territoriales et leurs établissements publics, fixe les conditions de création et de fonctionnement des entreprises de transports et le financement des infrastructures et services de transport sur la base d’une Loi de Programmation Quinquennale.

V – COÛT DES INFRASTRUCTURES DE TRANSPORT

L’ensemble du programme dont le coût total s’élève à 52,772 milliards F. CFA est financé, en grande partie, par les partenaires extérieurs : l’Union Européenne, l’A.F.D., la Coopération Allemande, KFW, 4 milliards F. CFA pour le Pont de Lim à Ngaoundaye.

La part revenant à l’Etat est de 2,6 milliards F. CFA, constitués de la Redevance d’Usage Routier, les péages et les ponts-bascules encaissés et gérés par le Fonds d’Entretien Routier.

Le Ministre d’Etat,

Charles MASSI