| CENTRAFRIQUE
Une
sale
petite
guerre
Rétablir
l'ordre
et
construire
la
paix
en
République
centrafricaine
s'apparente
à
un
travail
de
Sisyphe.
En
procédant,
le
5
juillet,
au
limogeage
pour
«
indiscipline
»
et
«
manque
de
courage
»
de
sept
officiers
supérieurs
dont
le
patron
de
l'armée
et
celui
de
la
gendarmerie,
tous
deux
généraux,
trois
colonels
de
l'état-major
et
le
chef
du
renseignement
militaire
le
président
François
Bozizé
ne
pouvait
mieux
souligner
la
gravité
de
la
situation
qui
prévaut
aux
frontières
avec
le
Tchad
(au
Nord)
et
le
Soudan
(à
l'Est).
Depuis
le
début
de
l'année,
une
sale
petite
guerre
oubliée
des
médias
a
pour
théâtre
cette
immense
zone
de
savane
parsemée
de
parcs
nationaux
à
l'abandon.
D'un
côté,
les
Forces
armées
centrafricaines
(Faca),
appuyées
par
des
éléments
du
contingent
de
la
Cemac
et,
un
moment,
par
des
hélicoptères
français.
De
l'autre,
les
rebelles
tchadiens
du
Front
uni
pour
le
changement
(FUC),
soutenus
par
le
Soudan,
qui
ont
fait
de
cette
partie
de
la
Centrafrique
une
base
arrière
et
un
itinéraire
de
passage
vers
N'Djamena.
Une
petite
guerre
de
pauvres,
dont
les
civils
font
les
frais
et
où
chaque
camp
compte
ses
supplétifs:
éléments
tchadiens
pro
Déby
Itno,
côté
gouvernemental;
groupes
de
dissidents
centrafricains
proches
d'Abdoulaye
Miskine,
ancien
warlord
d'Ange
Félix
Patassé,
côté
FUC.
Mal
encadrées,
mal
armées
et
mal
payées,
les
Faca
ont
subi
plusieurs
revers
au
cours
des
dernières
semaines
et
ont
été
incapables
de
défendre
des
localités
pillées
par
les
rebelles
tchadiens.
Des
cas
de
reddition
sans
combat,
d'insubordination
voire
de
désertion
ont
été
signalés.
D'où
le
coup
de
sang
du
général
président
Bozizé.
Pour
nombre
d'observateurs
à
Bangui,
cette
déstabilisation
collatérale
de
la
Centrafrique
est
une
conséquence
directe
du
conflit
du
Darfour.
Les
rebelles
du
FUC
étant
instrumentalisés
par
Khartoum,
il
n'est
pas
exclu
en
effet
que
les
autorités
soudanaises
cherchent
à
faire
sauter
le
maillon
faible
centrafricain
afin
d'ouvrir
un
front
anti
Déby
Itno
au
Sud
et
de
prendre
en
tenaille
le
Tchad
«
utile
»
et
pétrolier.
Le
régime
Bozizé
est-il
pour
autant
directement
menacé?
Ce
n'est
pas
sûr.
Les
accrochages
demeurent
très
localisés,
à
quelque
800
km
au
nord
de
la
capitale.
Et
l'actuel
président,
contrairement
à
son
prédécesseur,
bénéficie
du
soutien
appuyé
de
ses
pairs
d'Afrique
centrale
très
inquiets
des
velléités
soudanaises
et
de
la
France.
Surtout,
le
seul
parti
d'opposition
qui
aurait
pu
profiter,
en
termes
d'alternative
politique
immédiate,
de
l'insécurité,
traverse
une
profonde
crise.
Depuis
la
fin
juin,
en
effet,
le
Mouvement
de
libération
du
peuple
centrafricain
(MLPC)
s'est
defacto
scindé
en
deux
:
le
MLPC
«
originel
»
de
l'ancien
président
Patassé,
en
exil
au
Togo;
et
le
MLPC
«
rénové
»
de
Martin
Ziguélé,
ex-Premier
ministre
du
précédent
et
ancien
candidat
à
la
présidentielle
contre
Bozizé.
Les
factions
rivales
ne
cessent
d'échanger
invectives,
anathèmes
et
exclusions.
Ziguélé,
qui
reconnaît
avoir
«
commis
un
parricide
pour
que
le
parti
survive
»,
se
rendra
à
Bangui
début
août
(depuis
Paris,
où
il
vit).
Il
prône
le
«
dialogue
démocratique
»
avec
le
pouvoir
et
refuse
«
toute
tentative
de
prise
du
pouvoir
par
les
armes
».
Patassé,
lui,
est
à
la
fois
plus
radical
et
plus
ambigu.
Dans
un
message
daté
du
17
juin,
il
annonce
pour
bientôt
son
«
retour
triomphal
pour
rebâtir
ensemble
la
Centrafrique
»
et
s'abstient
de
prendre
ses
distances
avec
les
rebelles
de
son
ex-lieutenant
Abdoulaye
Miskine.
Même
si
la
réapparition
dans
son
pays
de
l'ancien
chef
de
l'Etat
que
l'on
dit
financièrement
exsangue
semble
pour
l'instant
très
hypothétique,
tout
démontre
qu'il
n'a
pas
renoncé...
François
Soudan
©
JEUNE
AFRIQUE
N°
2374
–
DU
9
AU
15
JUILLET
2006 |