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Les violences de Kaga-Bandoro replongent la Centrafrique dans l'insécurité
BANGUI (AFP) - samedi 14
octobre 2006 - 12h02 - Qu'ils soient rebelles
ou simples bandits, comme l'affirment les autorités,
des hommes armés ont récemment pris pour cible la
ville de Kaga-Bandoro, dans le nord de la
Centrafrique qui sombre à nouveau dans l'insécurité
après une phase d'accalmie relative.
Tout a démarré avec un incident
mal élucidé. Le 19 août, des éléments des
Forces armées centrafricaines (Faca) tuaient par
balles trois civils lors d'une "dispute"
avec "un groupe de jeunes" à Kaga-Bandoro,
à environ 400 km au nord de Bangui. La
"dispute", dont le motif et les
circonstances n'ont pas été éclaircies, a servi
selon les observateurs de détonateur.
Fin août, des attaques d'hommes armés
ont commencé à viser des positions des Faca dans
la région. Des violences attribuées aux
"coupeurs de route" se sont multipliées
pendant le mois de septembre.
Puis, "des rumeurs d'attaque de
la ville ont entraîné, fin septembre, l'envoi de
renforts", explique-t-on de source proche de la
présidence.
C'est à ce moment-là que les
accrochages se sont intensifiés. Tombée dans une
embuscade, une unité des Faca venue en renfort a
ainsi perdu deux hommes le 3 octobre à Ouandago, à
quelque 50 km au nord-ouest de Kaga-Bandoro.
Selon des témoignages de militaires
recueillis par l'AFP, la riposte de l'armée a fait
"de nombreux morts et blessés" parmi les
assaillants.
Le lendemain de cette embuscade, un
véhicule qui acheminait des vivres à Kaga-Bandoro
a été contraint de faire demi-tour par la
gendarmerie, au motif qu'il constituait une cible
trop voyante, a rapporté à l'AFP un responsable du
Programme alimentaire mondial (Pam), évoquant la
"tension" gagnant les habitants de cette région,
qui tentent de s'en "éloigner".
La population "continue de
fuir" et "plusieurs fonctionnaires ont mis
leur famille à l'abri à Bangui",
confirme-t-on de source religieuse, tandis qu'à la
direction générale de la gendarmerie, on déplore
que des hommes affectés à Kaga-Bandoro "se
trouvent en ce moment dans la capitale" malgré
les injonctions à regagner leur poste.
"Kaga-Bandoro est en train de
se vider de ses habitants", résume Rigobert
Vondo, dirigeant d'une formation de la majorité présidentielle,
le Parti de l'unité du peuple (PUP).
Officiellement, les assaillants sont
de simples bandits ou des "coupeurs de
route". Mais la presse suggère plutôt qu'ils
appartiennent à l'Armée pour la restauration de la
République et la démocratie (APRD), un groupuscule
rebelle apparu en 2005. Une hypothèse étayée par
plusieurs éléments.
Selon des militaires qui ont
participé aux accrochages, des assaillants capturés
par l'armée ont "avoué" qu'ils
entendaient, "en cas de succès (...),
progresser vers Bangui pour prendre le
pouvoir".
Quant à la classe politique
banguissoise, elle voit comme une évidence dans ces
violences l'implication de la rébellion, qu'elle
affirme téléguidée par l'ancien président Ange-Félix
Patassé, réfugié au Togo après son renversement
en 2003 par l'actuel chef de l'Etat François Bozizé.
Le ministre de l'Intérieur Michel
Sallé a lancé samedi un appel à la
"vigilance" aux habitants de Bangui face
aux "rumeurs très alarmantes" sur l'arrivée
d'hommes armés qui "ont reçu l'ordre de
donner du fil à retordre
au gouvernement sur un plan sécuritaire".
Bangui a dépêché à Kaga-Bandoro
un détachement de la sécurité présidentielle
conduit par le lieutenant Eugène Ngaïkosset.
Cet officier avait été envoyé à
Paoua, à 500 km au nord de Bangui, après une
attaque fin janvier. Quelques semaines plus tard, le
pouvoir reconnaissait l'existence d'une rébellion
dans le nord de la Centrafrique. |