BOZIZE SUR LES TRACES DE DEBY ET BYA
Le Confident, du 04 mars 2008

Centrafrique : les maîtres de Bangui lisent-ils la constitution ? 
Cette question a le mérite d'être soulevée. Nous vous l'annoncions la semaine dernière : François Bozizé entend « toiletter » la constitution de décembre 2004. Il n'a pas hésité à le faire savoir au chef de partis membres de la mouvance présidentielle au cours d'une réunion vendredi 29 février au palais de la Renaissance.

Quelles sont les dispositions constitutionnelles qui posent problème et dont-on envisage gommer ? Telle est la question que nous avions posée à certains acteurs majeurs de la vie politique nationale. Pour Charles Massi, président du Forum Démocratique pour la Modernité (FODEM) l'un des partis membres de la mouvance présidentielle, il subsiste encore un flou dans les intentions de François Bozizé. « Bozizé n'a pas dit formellement qu'il allait modifier la constitution. Il a en revanche parlé d'un toilettage. A l'heure actuelle je ne pense pas qu'on puisse comme ça du but en blanc vouloir modifier les textes fondamentaux. Il faut quand même vous adresser au principal intéressé », lâche-t-il avant de conclure sur une mise en garde à peine voilée « j'ai été l'un des principaux artisans de cette constitution. Avec toutes les forces vives de la nation qui étaient au sein du Conseil National de Transition, nous avions battu compagne pour cela. Je ne vois pas actuellement ce qui pose problème. Jusqu'au aujourd'hui je ne sais pas ce qu'on peut changer par voie parlementaire. Le président a jeté cette proposition comme ça, et je l'ai lu dans la presse. Ce qui prouve qu'il n y a pas de discrétion dans nos réunions de la majorité. Pourquoi modifierait-il la constitution maintenant ? C'est donc dire qu'il se voit déjà vainqueur des élections de 2010. Parce que ces homologues le font toujours pendant le deuxième mandat. Etre ensemble ne signifie pas unanimité. Nous allons rester très vigilant sur cette question », a-t-il déclaré.

Du côté de l'opposition dite démocratique, c'est l'expectative. L'on se dit très préoccuper par cette nouvelle temporalité mais on attend voir un peu plus clair. Interrogé à ce sujet, Martin Ziguélé, président du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain, principal parti d'opposition, se dit suivre de près l'évolution des intentions de Bozizé. « C'est un sujet extrêmement préoccupant qui nous exige de procéder avec rigueur. Tant que l'on ne saura pas exactement ce que Bozizé veut ôter de la constitution, on n'en dira rien. Compte tenu de l'importance du sujet, la réaction du MLPC sera connu au moment opportun et certainement par le biais d'un communiqué de presse », nous a-t-il affirmé.

Que dit la constitution elle-même ? Le titre XIII de la constitution de décembre 2004 dans ses articles 106 et suivants portant sur la révision dit ceci nous citons : Art.106 :L'initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République et à l'Assemblée Nationale statuant à la majorité des deux tiers (2/3) des membres qui la composent. Art.107 : la révision intervient lorsque le projet présenté en l'état a été voté par l'Assemblée Nationale à la majorité des trois quarts (3/4) des membres qui la composent ou a été adopté par référendum. Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie en cas de vacance de la Présidence de la République ou lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire. Art.108 : Sont expressément exclus de la révision : la forme républicaine et laïque de l'Etat ; le nombre et la durée des mandats présidentiels ; les conditions d'éligibilité ; les incompatibilités aux fonctions de Chef de l'Etat ; les droits fondamentaux du citoyen. Interrogeons-nous alors de savoir si François Bozizé, ses thuriféraires et autres poisons politiques lisent-ils la constitution de la république ? Sinon, comment expliquer et comprendre qu'à l'heure où les véritables préoccupations du peuple centrafricain sont ailleurs, ceux qui sont censés les aider à s'en sortir ne pensent qu'à leurs propres intérêts bassement égoïstes ? Ne savent-ils pas qu'en voulant trop gagner l'on perd ?

Le moins que l'on puisse dire c'est que dans sa course pour la présidence à vie, François Bozizé s'en fiche éperdument des nombreuses souffrances et désolations du peuple centrafricain qu'il prétendait « libérer » en 2003 !

Mercredi 12 Mars 2008 Adrien Serge Poussou

Source : http://www.lindependant-cf.com

CONSTITUTION 
Constitution et code électoral: Bozizé se couche devant MASSI et TIANGAYE
AFP, 22 octobre 2004.