Centrafrique
: les maîtres de Bangui lisent-ils la
constitution ?
Cette question a le mérite d'être soulevée.
Nous vous l'annoncions la semaine dernière :
François Bozizé entend « toiletter » la
constitution de décembre 2004. Il n'a pas
hésité à le faire savoir au chef de partis
membres de la mouvance présidentielle au cours
d'une réunion vendredi 29 février au palais de
la Renaissance.
Quelles sont les dispositions
constitutionnelles qui posent problème et dont-on
envisage gommer ? Telle est la question que nous
avions posée à certains acteurs majeurs de la
vie politique nationale. Pour Charles Massi,
président du Forum Démocratique pour la
Modernité (FODEM) l'un des partis membres de la
mouvance présidentielle, il subsiste encore un
flou dans les intentions de François Bozizé. «
Bozizé n'a pas dit formellement qu'il allait
modifier la constitution. Il a en revanche parlé
d'un toilettage. A l'heure actuelle je ne pense
pas qu'on puisse comme ça du but en blanc vouloir
modifier les textes fondamentaux. Il faut quand
même vous adresser au principal intéressé »,
lâche-t-il avant de conclure sur une mise en
garde à peine voilée « j'ai été l'un des
principaux artisans de cette constitution. Avec
toutes les forces vives de la nation qui étaient
au sein du Conseil National de Transition, nous
avions battu compagne pour cela. Je ne vois pas
actuellement ce qui pose problème. Jusqu'au
aujourd'hui je ne sais pas ce qu'on peut changer
par voie parlementaire. Le président a jeté
cette proposition comme ça, et je l'ai lu dans la
presse. Ce qui prouve qu'il n y a pas de
discrétion dans nos réunions de la majorité.
Pourquoi modifierait-il la constitution maintenant
? C'est donc dire qu'il se voit déjà vainqueur
des élections de 2010. Parce que ces homologues
le font toujours pendant le deuxième mandat. Etre
ensemble ne signifie pas unanimité. Nous allons
rester très vigilant sur cette question »,
a-t-il déclaré.
Du côté de l'opposition dite
démocratique, c'est l'expectative. L'on se dit
très préoccuper par cette nouvelle temporalité
mais on attend voir un peu plus clair. Interrogé
à ce sujet, Martin Ziguélé, président du
Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain,
principal parti d'opposition, se dit suivre de
près l'évolution des intentions de Bozizé. «
C'est un sujet extrêmement préoccupant qui nous
exige de procéder avec rigueur. Tant que l'on ne
saura pas exactement ce que Bozizé veut ôter de
la constitution, on n'en dira rien. Compte tenu de
l'importance du sujet, la réaction du MLPC sera
connu au moment opportun et certainement par le
biais d'un communiqué de presse », nous a-t-il
affirmé.
Que dit la constitution
elle-même ? Le titre XIII de la constitution
de décembre 2004 dans ses articles 106 et
suivants portant sur la révision dit ceci nous
citons : Art.106 :L'initiative de la révision de
la Constitution appartient concurremment au
Président de la République et à l'Assemblée
Nationale statuant à la majorité des deux tiers
(2/3) des membres qui la composent. Art.107 : la
révision intervient lorsque le projet présenté
en l'état a été voté par l'Assemblée
Nationale à la majorité des trois quarts (3/4)
des membres qui la composent ou a été adopté
par référendum. Aucune procédure de révision
ne peut être engagée ou poursuivie en cas de
vacance de la Présidence de la République ou
lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du
territoire. Art.108 : Sont expressément exclus de
la révision : la forme républicaine et laïque
de l'Etat ; le nombre et la durée des mandats
présidentiels ; les conditions d'éligibilité ;
les incompatibilités aux fonctions de Chef de l'Etat
; les droits fondamentaux du citoyen.
Interrogeons-nous alors de savoir si François
Bozizé, ses thuriféraires et autres poisons
politiques lisent-ils la constitution de la
république ? Sinon, comment expliquer et
comprendre qu'à l'heure où les véritables
préoccupations du peuple centrafricain sont
ailleurs, ceux qui sont censés les aider à s'en
sortir ne pensent qu'à leurs propres intérêts
bassement égoïstes ? Ne savent-ils pas qu'en
voulant trop gagner l'on perd ?
Le moins que l'on puisse dire
c'est que dans sa course pour la présidence à
vie, François Bozizé s'en fiche éperdument des
nombreuses souffrances et désolations du peuple
centrafricain qu'il prétendait « libérer » en
2003 !
Mercredi 12 Mars 2008 Adrien Serge
Poussou
Source : http://www.lindependant-cf.com